Bruxelles, 07/02/2012 (Agence Europe) - « Nous n'arrivons toujours pas à combler l'écart avec les autres ». Cette affirmation, prononcée par la commissaire Maire Geoghegan-Quinn (Recherche, Innovation et Science), mardi 7 février, reflète la principale conclusion du dernier tableau de bord de l'Union de l'innovation 2011, l'outil utilisé pour mesurer notamment les avancées réalisées dans le cadre de la stratégie EUROPE 2020. Ce que la commissaire désigne par les autres, ce sont les principaux concurrents de l'UE en matière d'innovation. Ainsi, malgré des investissements plus importants réalisés au sein de l'UE par rapport aux années précédentes, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, leaders mondiaux dans ce domaine, maintiennent un écart conséquent, selon la Commission européenne. Et si les États membres de l'UE gardent une avance sur les pays émergents, comme la Russie, le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud, la Chine comble progressivement son retard.
Le tableau de bord, présenté par Mme Geoghegan-Quinn et le vice-président de la Commission Antonio Tajani (Iindustrie et Entrepreunariat), mardi 7 février, recourt à une classification des États membres sous la forme de quatre catégories, regroupant ainsi les États selon leur performance en matière d'innovation. Le groupe des « leaders » est composé du Danemark, de la Finlande, de l'Allemagne et de la Suède. Leur point commun est la forte présence des activités d'entreprises privées dans les systèmes nationaux de recherche et d'innovation, ainsi que l'existence d'une coopération entre les secteurs privé et public qui est institutionnalisée et bien ancrée dans la structure de l'économie.
Par contre, les groupes suivants, déclinés comme étant des « suiveurs » (Belgique, Royaume-Uni, Pays-Bas, Autriche, Luxembourg, Irlande, France, Slovénie, Chypre et Estonie), « innovateurs modérés » (Italie, Portugal, République Tchèque, Espagne, Hongrie, Grèce, Malte, Slovaquie et Pologne) et « innovateurs modestes » (Roumanie, Lituanie, Bulgarie et Lettonie), se caractérisent par des systèmes de recherche et d'innovation qui ne sont pas suffisamment équilibrés. Un équilibre d'autant plus faible, avec des écarts croissants entre les différents indicateurs, lorsqu'on descend dans le classement. La faible activité des PME en matière d'innovation et d'investissement dans la recherche en est un des indicateurs les plus fiables. Toutefois, ce tableau est plus contrasté que ne le suggère les chiffres bruts pour l'année 2011. En effet, des États dont l'innovation qualifiée de « modeste » ou de « modérée » font pourtant partie des États qui progressent le plus rapidement. Les exemples de la Bulgarie, de la Roumanie et de l'Estonie suggèrent ainsi qu'un processus de convergence entre les États membres a lieu.
S'il n'y a pas de solution miracle qui puisse être appliquée par tous les États, les différents indicateurs du tableau de bord montrent avant tout que favoriser l'innovation, c'est appliquer une stratégie pluridimensionnelle. Les ingrédients sont multiples et ils doivent être favorisés simultanément. L'investissement public doit être conjugué avec les investissements privés, par le moyen de clusters et d'une coopération étroite entre les entreprises, tout en assurant, à travers une politique de l'éducation, l'éclosion d'une base intellectuelle capable d'apporter des idées innovantes. Ce savoureux mélange doit finalement pouvoir être transposé en un produit fini et, dans les meilleurs des cas, être exporté ou vendu par l'octroi de licences. Selon l'étude de la Commission, les meilleurs exemples en la matière, comme l'Allemagne, parviennent à trouver un équilibre entre tous ces ingrédients. La recette finale ne permet pas seulement de mieux se placer dans le classement mondial des meilleurs élèves, les bénéfices que peut potentiellement en retirer un pays se traduisent aussi par la création d'emplois et peuvent constituer un moteur de croissance.
Si les résultats de cette enquête offrent un instantané de la situation des politiques européennes en matière de recherche et développement, ils ont également l'avantage d'indiquer certaines tendances de fond. Toutefois, cette image est partiellement faussée par le recours à des données dont certaines datent de 2007, c'est-à-dire avant les effets de la crise financière et économique. D'autre part, le choix de comparer l'UE dans son ensemble vis-à-vis des États-Unis ou de la Corée du Sud porte en lui la faiblesse de considérer l'espace européen comme un acteur unique. Ce point a été souligné par M. Tajani, lors de la présentation du tableau de bord. Pour le vice-président de la Commission, cet état des lieux de l'innovation est un test fondamental de la convergence entre les États membres de l'UE. Il montre les avancées accomplies, tout en mettant en lumière la nécessité de procéder à des réformes, simultanément à l'augmentation des investissements dans la recherche et développement.
Le besoin de faciliter le crédit, c'est-à-dire d'assurer une plus grande part de risque par les banques en injectant de la liquidité dans des projets innovants, est un exemple parmi d'autres qui témoigne de la pluralité des approches nécessaires pour favoriser l'innovation au sein de l'UE et combler ainsi le retard avec les leaders mondiaux. (JK)