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Bulletin Quotidien Europe N° 10537
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 942

*** SÉBASTIEN BOUSSOIS, CHRISTOPHE WASINSKI (sous la dir. de): Armement et désarmement nucléaires. Perspectives euro-atlantiques. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Regards sur l'International", n° 11. 2011, 199 p., 31,50 €. ISBN 978-90-5201-698-6.

Cet ouvrage prolonge un colloque organisé conjointement, en avril 2010, par l'Université libre de Bruxelles et l'Université de Montréal en vue de mesurer l'importance acquise, ces derniers temps, par l'arme nucléaire - et, partant, par la question d'une éventuelle dénucléarisation du monde, apparemment réclamée par de plus en plus de personnes - dans l'agenda international. Rassemblant les contributions - en français le plus souvent, en anglais parfois - de chercheurs, de responsables politiques et de fonctionnaires internationaux à l'instar de Hans Blix, longtemps directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique de Vienne puis président exécutif de la Commission onusienne ayant effectué les inspections dans l'Irak de Saddam Hussein, le livre montre de manière édifiante combien cette problématique est complexe et n'autorise aucune prédiction sûre à courte ou moyenne échéance.

La première partie du livre aborde quelques-unes des grandes dynamiques qui, sur la scène mondiale, interagissent avec l'ordre nucléaire euro-atlantique. Après que le Pr. David Haglund (Queen's University) eut répertorié les principales données structurant le paysage stratégique international, Michel Fortmann (Université de Montréal) décrypte ainsi l'agenda du président Obama en matière de désarmement, Nina K. Rozhanovskaya (Université d'État de Tomsk) analysant, pour sa part, la perception russe de la question nucléaire militaires. D'autres regards sont encore portés sur la dissuasion nucléaire et son évolution (Venance Journé, du Centre national de la recherche scientifique) et sur les fameuses zones exemptes d'armes nucléaires (Luc Mampaey, du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité). Avec la deuxième partie, le regard se focalise sur la manière dont l'Alliance atlantique se positionne par rapport à l'arme nucléaire. Dans un premier temps, Chritophe Wasinski (Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur et Université libre de Bruxelles) se penche ainsi sur la façon dont une culture stratégique a normalisé les armes nucléaires dans l'espace euro-atlantique, Guy Roberts, secrétaire général adjoint chargé de la politique en matière d'armements nucléaires à l'Otan, lui emboîtant le pas en présentant ensuite la politique et les concepts de l'Alliance en ce qui concerne les armements nucléaires. Cette contribution est utilement complétée par une analyse conjointe d'Élise de Garie (Université de Montréal) et Michel Fortmann sur les tiraillements permanents qui prévalent au sein de l'Alliance entre armement et désarmement, ce dont témoigne à sa manière Philippe Mahoux en rendant compte du travail mené par le Sénat de Belgique en faveur du désarmement nucléaire.

Bien évidemment, la frontière entre l'Alliance et l'Union européenne est, en ces matières, plus que poreuse, mais c'est pourtant au positionnement du « club » des Vingt-sept par rapport à l'arme nucléaire qu'est consacrée la troisième partie du livre. Celle-ci débute par une analyse d'André Dumoulin, de l'École royale militaire de Belgique, sur la politique nucléaire française et la Politique européenne de sécurité et de défense commune. Il y observe notamment qu'il est « de plus en plus difficile d'imaginer une politique nucléaire gesticulatoire indépendante » de Paris qui « refuserait une sorte d'approbation européenne et de concertation minimale, même si le nucléaire ne pourra sortir complètement, à horizon prévisible, des prérogatives de défense nationale ». Pour sa part, Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen, rend compte du compte du combat mené par les Verts afin d'obtenir le désarmement et la non-prolifération nucléaires et se réjouit du fait que cette « contamination culturelle » ne cesse de gagner du terrain. Pour leur part, Frédéric Mérand (Universités de Montréal et Guido Carli de Rome) et Grégoire Mallard (Université North-Western d'Evanston dans l'Illinois), après avoir relevé que l'Otan était une des seules organisations internationales dans lesquelles l'Union s'avérait incapable de parler d'une seule voix, défendent l'idée qu'un « modèle nucléaire européen » pourrait voir le jour, par exemple si les États membres se faisaient les chantres de la création d'un « Eurasiatom » dans les pays de sud de la Méditerranée, notamment afin d'y promouvoir au plan régional un « véritable système de traçabilité des matières fissiles ». Mais, précisent-ils, encore faut-il que les membres de l'Union admettent que celle-ci ne pourra devenir un acteur stratégique majeur que s'ils acceptent « de parler ouvertement des questions nucléaires en son sein ». Ce qui est loin d'être gagné entre des « Européens déchirés entre nucléarisme et abolitionnisme », expliquent Eric Remacle et Sébastien Boussois (tous deux notamment actifs au sein du Pôle Bernheim d'études sur la paix et la citoyenneté), même si les lignes bougent au sein de l'Union.

Pierre Bouvier

*** FRANCK ORBAN: La France et la puissance. Perspectives et stratégies de politique étrangère (1945-1995). Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Publications Universitaires Européennes / European University Studies », n° 602. 2011, 455 p., 67,10 €. ISBN 978-3-631-61795-3.

Prolongement d'une thèse de doctorat soutenue à l'Université d'Oslo, cet ouvrage voit un historien étudier la relation que la France entre tient avec sa puissance depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à l'achèvement du second septennat de François Mitterrand, ainsi que les stratégies que les chefs d'Etat et de gouvernement français ont mis en œuvre en matière de politique étrangère pour conserver cette puissance, voire l'accroître. S'inspirant de l'approche réaliste, l'auteur commence par analyser le concept de puissance à travers ce prisme, tel qu'il fut notamment développé par Raymond Aron. Il aborde ensuite la critique de la pensée réaliste par le courant de pensée libéral et transnational, le troisième chapitre rendant compte, lui, du débat sur le déclin supposé de la France. Désormais chercheur à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire de Norvège et maître de conférences à l'Université d'Oslo, le Français Franck Orban présente enfin les projets de puissance conçus par les chefs d'Etat et de gouvernement français entre 1945 et 1995. Dans un premier temps, sous le titre « La puissance enrayée ? », l'auteur prend comme point de départ l'idée d'un déclassement international de la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour analyser comment le gouvernement provisoire du général de Gaulle puis ceux de la IVème République ont entendu enrayer et renverser l'apparente spirale du déclin. Il analyse ensuite la période gaullienne, cherchant à voir quel rôle le fondateur de la Vème République a voulu faire jouer à la France dans le monde bipolaire en cette époque de « puissance proclamée ». La troisième période étudiée va du début du septennat amputé de Georges Pompidou en 1969 à la fin de celui de Valéry Giscard d'Estaing en 1981, soit le temps d'une « configuration géopolitique gelée par la Guerre froide ». Enfin, les deux septennats de François Mitterrand sont ceux de « la puissance refondée », l'auteur s'intéressant tout particulièrement au projet de puissance mitterrandien qu'a été l'Europe communautaire et cherchant à discerner les raisons de la « conversion » de l'opposant farouche à la politique de grandeur du général de Gaulle à l'idée d'édification de l'Europe. En guise de conclusion, l'auteur réfléchit notamment à la notion de pérennité de volonté de puissance.

(MT)

*** ROMAIN YAKEMTCHOUK: La France et la Russie. Alliances et discordances. Editions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2011, 262 p., 24 €. ISBN 978-2-296-56222-6.

Professeur émérite de l'Université catholique de Louvain et ex-rédacteur en chef de la revue "Studia Diplomatica", Romain Yakemtchouk conte et analyse, dans cet ouvrage, la longue histoire des relations entre la France et la Russie. Longue car l'auteur part du mariage d'Anne de Kiev avec le roi Henri Ier le 14 mai… 1051 à Reims, jour la nouvelle reine « signa de son nom le contrat de mariage » alors que son époux ne put « y tracer qu'une croix ». Toutes les étapes de la relation franco-russe sont passées en revue, de la position des tsars russes face à la France aux relations de la Russie de Poutine et Medvedev avec la France de Sarkozy en passant par l'épopée napoléonienne, l'alliance nouée par les deux puissances en 1891 en vue de contrer l'hégémonisme allemand, le traité d'assistance mutuelle signé en 1935, le traité d'alliance conclu en décembre 1944 à Moscou sous l'égide de Charles de Gaulle, le voyage du général à Moscou en 1966 qui, en pleine guerre froide, confirma la politique de rapprochement franco-français… Pour l'auteur, tout indique que, dans un monde en perpétuel changement, les deux nations gardent une vocation à se rapprocher, ainsi que le démontre la visite du président Sarkozy à Moscou en octobre 2007 qui a conduit au renforcement de la coopération franco-russe dans tous les domaines, y compris sur le plan culturel.

(MT)

*** IRNERIO SEMINATORE: Essais sur l'Europe et le système international. Crise, multilatéralisme et sécurité. Editions L'Harmattan (voir coordonnées supra). Collection "Questions contemporaines". 2011, 492 p., 43 €. ISBN 978-2-296-54628-8.

Fondateur de l'Institut européen des relations internationales de Bruxelles, le Pr. Seminatore consacre cet ouvrage à la place et au rôle de l'Europe dans le monde à l'aube du XXIe siècle. Il s'emploie à éclairer les principaux problèmes de la scène internationale d'aujourd'hui et à saisir simultanément les constantes et les implications, que celles-ci soient théoriques, politiques ou philosophiques. Ces exercices de réflexion sur l'Europe et le système international s'inscrivent dans l'école de pensée dite « réaliste » qui « va de Thucydide à Raymond Aron » et selon laquelle « il ne peut y avoir un monde intelligible sans la dignité et la primauté existentielle du politique, sans antagonismes violents, sans ennemis et sans guerre et, donc, sans Hard Power, sans souveraineté et sans unilatéralisme conséquent ». L'auteur présente un tableau « aussi exhaustif que possible » du « cadre inépuisable et mouvant » que constitue l'architecture européenne de sécurité. A la lumière de la crise actuelle, il formule aussi une hypothèse « inhabituelle et abstraite » sur son issue, celle d'une crise économique et financière ayant des implications de caractère politico-stratégique.

(MT)

*** JULIA HARFENSTELLER: The United Nations and Peace. The Evolution of an Organizational Concept. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2011, 335 p., 51,20 €. ISBN 978-3-631-61296-1.

Cet ouvrage reprend la thèse de doctorat que Julia Harfensteller a soutenue à l'Université de Brême en octobre 2010. Cette politologue également diplômée en droit international y triture scientifiquement le concept de paix et ausculte de manière approfondie l'Organisation des Nations unies qui a la mission de veiller à son respect. Elle examine notamment ainsi sur quelle compréhension conceptuelle l'Onu a été fondée en 1945, cherchant aussi à discerner quelle notion de paix est devenue apparente dans la pratique de ses organes. De la sorte, elle s'emploie au passage à mettre en lumière les hypothèses changeantes relatives à ce à quoi devrait ressembler un ordre mondial pacifique. Julia Harfensteller explore aussi la dimension institutionnelle de ce concept organisationnel en vérifiant la façon dont il ancré dans les structures fonctionnelles et normatives de l'organisation, dans ses politiques et dans sa rhétorique.

(PBo)

*** LAHSEN ABDELMALKI, NASSIM OULMANE, GERARDO THIELEN, MUSTAPHA SADNI JALLAB (sous la dir. de): Après la crise, quelles perspectives pour l'intégration commerciale en Méditerranée. Editions Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautetfort.com ). 2011, 340 p., 34 €. ISBN 978-2-36291-015-9.

Quatrième publication issue des rencontres scientifiques de « L'Observatoire de l'émergence en Méditerranée » qui se tiennent chaque année à Rabat, cet ouvrage voit des économistes proposer, à la lumière des effets de la crise, des réflexions pointues sur les déterminants du renforcement de l'intégration régionale en Afrique du Nord et sur les conditions pour s'assurer que cette zone en émergence puisse réussir sa transition économique. Les contributions font notamment apparaître que, si le Sud s'ouvre aux produits du Nord, donc de l'Union européenne, beaucoup des États membres de celle-ci protègent leurs marchés pour de nombreux produits sensibles dans les exportations du Sud. Et les auteurs de constater que ni le processus Euromed, ni l'Union pour la Méditerranée, ni les initiatives de coopérations bilatérales ou multilatérales n'ont créé, jusqu'à présent, la dynamique de convergence tant espérée sur la rive sud…

(MT)

*** Futuribles. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). 2011, n° 378, 98 p., 13 € (France), 14 € (étranger). Abonnement annuel: 115 € (France), 120 € (étranger). ISBN 978-2-84387-391-1.

Ce numéro de la revue mensuelle créée en 1974 par Hugues de Jouvenel pour comprendre les grands enjeux du monde contemporain et ses évolutions possibles confirme la volonté de ceux qui la dirigent de tenir désormais attentivement à l'œil l'avenir de la région méditerranéenne et du Moyen-Orient qui sont le jardin de l'Union européenne. Trois fonctionnaires européens - Domenico Rossetti di Valdalbero, Perla Srour-Gandon et Spela Majcen - y présentent ainsi les principaux enseignements d'une étude prospective sur la région méditerranéenne à l'horizon 2030, ses auteurs ayant identifié quatre scénarios de transition: « Gérer les conflits », « S'engager ensemble dans des projets gagnant-gagnant », « Intégration économique plus approfondie » et « Vers une communauté EuroMed ». Il va de soi que ce dernier scénario serait le plus positif, mais il est aussi sans doute le plus illusoire, Jean-François Drevet, ancien de la Commission, montrant bien, lui, combien l'Union est aujourd'hui « dominée par les aléas d'une coopération intergouvernementale à géométrie variable » qui la conduit dans une impasse.

(MT)

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