Bruxelles, 16/01/2012 (Agence Europe) - À l'heure où la France accuse le coup d'une dégradation de sa note par l'agence de notation Standard & Poor's, le commissaire européen chargé de la politique régionale joue la carte de la politique d'investissement pour défendre les mécanismes de cohésion à Paris. Johannes Hahn s'est en effet adressé, lundi 16 janvier, aux ministres français chargés de l'agriculture et de la pêche, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, et du budget. Il a mis l'accent sur le rôle que peut jouer la politique de cohésion pour sortir de la crise. Un argument qui devrait faire mouche alors que les cartes ont été redistribuées pour la France.
Adoucir le scepticisme français à l'égard de la cohésion. Ces derniers mois, la République s'est montrée « sceptique », selon le qualificatif choisi par le commissaire, dans les négociations qui concernent la révision de la politique de cohésion proposée l'automne dernier par M. Hahn pour la période de programmation 2014-2020. Alors que Paris s'est montré en faveur d'une réduction du budget, d'une conditionnalité macro-économique, et de plus de flexibilité dans les thématiques prioritaires, l'enjeu de la visite de M. Hahn dans la capitale française était de taille: il devait convaincre du bien-fondé de la cohésion aussi pour les grandes économies, dont celles qui vacillent (il a rappelé à ce propos la réorientation des fonds organisée en Italie et au Portugal).
Investir malgré l'austérité. À coups de phrases fortes, le commissaire a fait la promotion de l'outil européen auprès des ministres français. « Les fonds de la politique régionale sont le bras d'investissement pour l'Union européenne, la ressource la plus importante que nous ayons pour booster les économies qui échouent, et maintenir la compétitivité des autres qui réussissent ». Il s'est montré critique envers l'austérité, rappelant que « l'expérience démontre que couper dans les investissements dans l'infrastructure publique ou la recherche n'aidera pas. On doit faire régime, mais il ne faut pas laisser le patient mourir de faim complètement… ».
Les propos du commissaire semblent avoir fait mouche auprès de Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l'Aménagement du territoire, qui a repris sur son compte Twitter le credo du commissaire: « Nécessité de soutenir en priorité croissance et emploi »…
Spécificités françaises. En jouant sur la corde française, le commissaire assure que l'introduction d'une catégorie intermédiaire de régions jouera particulièrement en faveur de la France, car les régions en transition couvrent un quart de la population du pays. Il a par ailleurs admis que, dans « un pays prospère comme la France », le niveau des fonds est proportionnellement moindre, il faut donc être précautionneux dans la façon dont ils sont utilisés. Il attend de ce fait que la France accepte la concentration thématique des fonds (qui se chiffre en pourcentage précis dans ses propositions, ce qui est sujet à controverse dans la majorité des États membres). Il a ajouté être un fervent défenseur des régions d'outre-mer, et a rappelé que ses propositions maintiennent l'allocation spéciale prévue pour les régions ultra-périphériques. Enfin, il s'est défendu de favoriser les zones urbaines aux dépens des zones rurales, car les deux nécessitent un soutien. Mais, partant du constat que 70% des européens vivent en ville, c'est pour lui une question de « bon sens » que de leur prêter une attention adéquate. (MD)