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Bulletin Quotidien Europe N° 10532
Sommaire Publication complète Par article 34 / 34
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 941

*** SYLVAIN SCHIRMANN (sous la dir. de): Quelles architectures pour quelle Europe ? Des projets d'une Europe unie à l'Union européenne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Publications de la Maison de Robert Schuman », n° 2. 2011, 342 p., 20 €. ISBN 978-90-5201-742-6.

A l'occasion du soixantième anniversaire de la déclaration fondatrice prononcée par Robert Schuman le 9 mai 1950, la Maison de Robert Schuman a organisé un colloque dont cet ouvrage rend compte très fidèlement. A travers quinze contributions scientifiques (écrites en allemand ou en français, chacune faisant l'objet d'un résumé dans l'autre langue ainsi qu'en anglais) sont ainsi explorées les représentations et les visions d'hommes d'État, de responsables de partis politiques, de personnalités de premier plan des institutions européennes qui ont, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à l'effondrement du Mur de Berlin et au lancement de l'Union européenne par le traité de Maastricht de 1992, dessiné des voies possibles pour le projet européen et contribué à la construction du meccano institutionnel grâce auquel les politiques européennes se sont développées au fil des décennies.

Les actes de ces journées d'étude de mai 2010 s'ouvrent sur la transcription des propos tenus par Jacques Delors et Paul Collowald, ancien journaliste et ex-directeur général de l'information au Parlement européen qui préside aujourd'hui l'Association Robert Schuman, lors d'une « table ronde » intitulée « État des lieux et perspectives européennes ». L'ouvrage est ensuite structuré en quatre parties. La première revisite le « temps des premières initiatives communautaires » à la lumière de la vision européenne du parlementaire et diplomate hongrois Pál Auer, contraint à l'exil en France dès 1947 et devenu militant actif du Mouvement européen, de différents dirigeants français au sortir de la guerre, de Robert Schuman envisagé comme possible « apôtre oublié de l'Eurafrique » et, finalement, de l'action menée par Jacques Chaban-Delmas et Umberto Serafini au service de l'Europe des communes et des régions. « Au temps de l'Europe des Six », sont présentés les projets et actions européistes de l'ancien président du Conseil italien Amintore Fanfani, les efforts déployés par le beau-fils de Churchill, Duncan Sandys, à la tête du Mouvement européen, la politique européenne du Grand-Duché de Luxembourg sous les Premiers ministres Pierre Werner et Gaston Thorn, l'action menée par Willy Brandt afin d'ancrer « une Allemagne démocratique dans une Europe unie ». Intitulée « construire l'Europe au temps des crises », la troisième partie s'intéresse tour à tour à la pensée et à l'action du fédéraliste italien Mario Albertini qui voulait « unir l'Europe pour unir le monde », à l'action européenne menée par le chancelier Helmut Schmidt avec la complicité du président Giscard d'Estaing, à la relance enregistrée lors des Conseils européens de Fontainebleau et de Milan, enfin à la politique européenne du chancelier chrétien-démocrate Helmut Kohl. La dernière partie du livre présente enfin l'architecture européenne privilégiée par le Premier ministre espagnol Felipe González et le regard que portait le médiéviste polonais Bronislaw Geremek sur une « unification européenne » qu'il voyait avant tout comme « une solution à la douleur, la souffrance, l'humiliation des hommes et le manque d'épanouissement vécu dans la société ».

L'historienne Marie-Thérèse Bitsch tire les conclusions de ces regards scientifiques qui illustrent « la très grande diversité des architectures européennes envisagées » au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle pointe notamment le fait que, en 1984, Mitterrand et Kohl ont laissé « planer la menace d'une Europe à géométrie variable pour faire comprendre à Margaret Thatcher que son pays pourrait être, pour le moins, marginalisé si elle s'entêtait à refuser un accord raisonnable sur la question de la contribution financière des Britanniques ». D'une certaine manière, l'histoire se répète - et, en tout cas, se répétera à coup sûr sur le même sujet - avec Cameron… Le professeur émérite de l'Université de Strasbourg observe aussi que les dirigeants, la plupart plutôt fédéralistes hormis en France, ont cultivé « la religion des résultats concrets qui peuvent faire avancer l'intégration et, en même temps, préserver ou promouvoir leurs intérêts nationaux ». Sur ce point aussi, rien de nouveau sous le soleil ! La plupart des contributions mettent aussi en lumière les tentatives très régulières de l'Allemagne et de la France de s'entendre « pour orienter ou dynamiser le processus de la construction européenne », ce qui ne va jamais sans susciter l'ire de l'immense majorité de leurs partenaires qui « acceptent mal l'idée d'un directoire dont ils sont exclus ». Une fois encore, l'histoire bégaie donc. A ce propos, Jacques Delors, invité à se prononcer sur la réalité du couple franco-allemand, observe qu'il est un peu « la messe de onze heures sans la foi », tant il est vrai que, si « la liturgie franco-allemande n'a pas changé », rien n'indique vraiment que les officiants Merkel et Sarkozy y croient encore vraiment. L'ancien président de la Commission fustige aussi le Conseil européen où « on va comme on allait à la réunion du moment du traité de Westphalie, c'est-à-dire le concert des nations, comme si nous n'avions rien appris ». Et Jacques Delors, avant d'inviter Herman Van Rompuy à « faire vivre la méthode communautaire » en veillant à ne pas réunir le Conseil européen tous les mois, de lancer ce rappel à l'ordre: « (…) le concert des nations est aveugle, myope, et ne peut pas nous permettre de dépasser nos petites vues à court terme pour le projet qui nous unit et qui embrasse chaque pays ». À méditer impérativement, par les temps qui courent…

Michel Theys

*** JOSEF LANGER (sous la dir. de): Analysis and Visions for Europe. Theories and General Issues. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2011, 235 p., 39,10 €. ISBN 978-3-631-60135-8.

A quoi ressemblera l'Union européenne dans deux ou trois décennies ? C'est à cette question que les auteurs de cet ouvrage, scientifiques patentés pour la plupart, ont apporté des réponses lors d'un symposium organisé par le département de sociologie de l'Université autrichienne de Klagenfurt. Le livre présente huit de ces présentations et cinq articles additionnels, parmi lesquels l'introduction signée par le Pr. Langer. Dans un premier temps, Józef Niznik, de l'Académie des sciences de Pologne, se demande si les théories actuelles de l'intégration européenne peuvent aider à prédire l'avenir de l'Union. Sa réponse est d'autant plus négative qu'il affirme aussi que ces théories sont même « incapables de saisir la pleine spécificité de l'intégration de l'Union européenne ». Dans la foulée, le sociologue Josef Langer revisite certains scénarios européens du passé et ce qu'il en est resté dans la réalité, ce qui lui permet de constater que… tous ne se trompent pas tout à fait et d'avancer que, en tout cas, « les paramètres de base des sociétés de l'Union européenne que sont l'économie de marché, la propriété privée, l'inégalité sociale et le projet technologique (c'est-à-dire le capitalisme) seront toujours en place dans deux ou trois décennies ». La question qui se pose est de savoir si, dans la tourmente économico-financière d'aujourd'hui, le Pr. Langer oserait encore être aussi catégorique qu'il ne l'était en 2009… Hans-Peter Meier-Dallach envisage la question, pour sa part, à la lumière de l'évolution du paysage européen et, en particulier, du développement de grandes villes telles que… Zurich, ce qui l'amène à décrire « une controverse entre l'Europe perçue comme un corps, un organisme et une personnalité historiques, et une Europe vue comme un système utilitaire conduisant à un avenir totalitaire ». La deuxième partie du livre s'intéresse davantage aux aspects institutionnels, Thomas Döring, Eithne Knappitsch et Birgit Aigner (tous trois de l'École de Management de l'Université des sciences appliquées de Carinthie) jugeant notamment que les théories économiques et les pratiques de l'Union ne sont pas vraiment compatibles dans la mesure où la répartition actuelle des tâches entre celle-ci et ses États membres est « partiellement incompatible avec des critères normatifs ». Un point de vue que ne dément absolument pas Lojze Socan (Faculté des sciences sociales de l'Université de Ljubljana), lui qui juge notamment le programme de développement économique 2020 bien trop conventionnel et insuffisamment ambitieux pour contrer la menace concurrentielle des pays émergents. Enfin, Vittorio Olgiati (Faculté de droit de l'Université italienne de Macerata) envisage l'avenir à la lumière de la place reconnue aux avocates. Les trois dernières parties du livre sont consacrées à l'Europe de la connaissance (avec, entre autres, une analyse de l'Espace européen de recherche), à l'élargissement et à la problématique des frontières (avec deux auteurs s'affirmant optimiste s'agissant d'une adhésion de la Turquie), enfin à « la réalité difficile à saisir » qu'est l'Union européenne, l'ambassadeur slovène à Ankara, Milan Jazbec, se demandant même si elle ne devrait pas se transformer en « empire à la recherche d'une blague » pour se faire reconnaître.

(PBo)

*** Shift mag. Tipik Communication (270 av. de Tervuren, B-1150 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2355619 - fax: 2355699 - Courriel: hello@shiftmag.eu - Internet: http://www.shiftmag.eu ). 2011, n° 19, 40 p.. Abonnement annuel: 5 €. Ce numéro du magazine qui voit « l'Europe parler à Bruxelles » consacre un dossier à l'Europe des aînés, l'emblématique Stéphane Hessel en étant le sésame.

(MT)

*** NEIL WALKER, JO SHAW, STEPHEN TIERNEY (sous la dir. de): Europe's Constitutional Mosaic. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). 2011, 395 p., 60 £. ISBN 978-1-84113-979-1.

Prolongeant pas moins de cinq séminaires organisés à l'École du droit de l'Université d'Édimbourg lors de l'année académique 2008-2009, ce très beau livre propose des analyses pénétrantes du processus de constitutionnalisation qui, envers et contre tout, marque et caractérise l'Europe telle qu'elle se construit. Dans leur propos introductif, les Pr. Neil Walker et Stephen Tierney précisent d'emblée que la mise à mort du traité dit « constitutionnel » par les citoyens français et néerlandais n'a, en réalité, en rien affecté la voie constitutionnelle dans laquelle est engagée l'Europe, expliquant: « L'autorité juridique et politique croissante de l'Union européenne et les formes d'identité culturelle qui se développent en son sein signifient que le constitutionnalisme (…) demeure le discours et la pratiques clés, même s'ils sont controversés, pour ceux qui cherchent à expliquer, justifier et encadrer les progrès de la politie supranationale nouvelle et les défis qu'elle pose au système étatique ». Toutefois, les auteurs du livre sont également partis de la prémisse que se focaliser seulement sur l'Union comme étant « l'acteur-clé de l'activité constitutionnelle non-étatique en Europe » reviendrait à commettre une erreur en ce que cette approche n'offrirait qu'une « image incomplète de la configuration constitutionnelle complexe - ou de la mosaïque - de l'Europe contemporaine ». C'est donc un contexte constitutionnel beaucoup plus large que celui étudié habituellement que les auteurs explorent dans ces pages. Sans négliger les relations qui sont nouées par l'Union avec ses États membres, ils s'intéressent aussi, par exemple, à des dispositions qui prévalent au sein même de ceux-ci, mais encore à l'influence de la Convention européenne des droits de l'homme ou d'organisations internationales telles que l'OMC. Le droit pénal et le droit du travail sont étudiés dans le même esprit.

(PBo)

*** JEAN-FRANCOIS DREVET: Chypre entre l'Europe et la Turquie. Éditions Karthala (22-24 boulevard Arago, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 43311559 - fax: 45352705 - Courriel: karthala@orange.fr - Internet: http://www.karthala.com ). 2011, 252 p., 24 €. ISBN 978-2-8111-0551-8.

Normalien et agrégé de géographie, Jean-François Drevet se base sur sa longue expérience de fonctionnaire à la Commission européenne pour analyser de manière quasiment clinique la situation de Chypre et de ses habitants, ainsi que pour soupeser leur évolution possible par rapport au cadre juridique de l'acquis communautaire et des normes communément admises en droit international. A ses yeux, la recherche d'une solution doit impérativement s'opérer dans le cadre communautaire, cette évidence ayant toutefois à être rappelée tant il est vrai que « certaines puissances », notamment les États-Unis et la Grande-Bretagne, appliquent à Chypre des « concepts géostratégiques qui prévalent au Proche-Orient, en sacrifiant les intérêts de son million d'habitants à des considérations plus globales ». Après avoir brocardé, au passage, tous ceux qui estiment que l'union douanière liant la Turquie à l'Union depuis 1996 a permis à celle-ci d'honorer sa promesse d'intégrer les Turcs dans ce qui n'était encore, du temps de l'accord d'association de 1963, qu'un simple « marché commun » examine méthodiquement les différentes facettes du casse-tête chypriote. Dans ses conclusions, il identifie trois grandes hypothèses d'évolution: un statu quo qui ne serait positif pour personne ; un « scénario belge » qui impliquerait un accord a minima assez proche du plan Annan, mais dont la mise en œuvre serait laborieuse et aléatoire, avec un risque important de retour à la division ; un « scénario suisse » reposant sur un règlement politique plus robuste qui assurerait la mise en œuvre d'un système fédéral fonctionnel en réduisant les écarts de développement entre le nord et le sud de l'île. Pour l'auteur, ce troisième scénario, le plus stable, dépend de trois facteurs essentiels: d'abord, la construction d'une identité chypriote européenne, ce qui lui paraît « en bonne voie » ; ensuite, le désengagement de la Turquie, le rôle de celle-ci restant « le principal obstacle à un règlement équilibré » ; enfin, la relativisation de la fonction stratégique de l'île, « avec une meilleure prise en compte des intérêts des Chypriotes par les puissances anglo-saxonnes ». Il n'est pas sûr que ce dernier point soit audible à Londres…

(PBo)

*** GERARD TAUTIL: Robert Lafont et l'occitanisme politique. Petite contribution à une pensée moderne. Fédérop (Le Pont du Rôle, F-24680 Gardonne. Tél.: (33-5) 53278095 - fax: 53278072 - Courriel: editions.federop@wanadoo.fr - Internet: http://www.federop.com ). Collection "Minorités nationales". 2011, 213 p., 15 €. ISBN 978-2-85792-201-8.

Dans ce petit ouvrage, un professeur de philosophie présente un chantre de l'occitanisme culturel et politique. Écrivain de langue occitane et théoricien d'un occitanisme, Robert Lafont n'a cessé de pourfendre la société française et son idéologie néo-jacobine. Au-delà d'une simple conception décentralisatrice, il n'a cessé de plaider en faveur de l'avènement d'une Europe politique, naturellement fédéraliste.

(MT)

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