L'UE sauvera la Grèce, à condition que... Dans cette période où les vicissitudes financières et économiques de l'UE préoccupent le monde entier, les jugements foisonnent, mais ils sont en partie erronés ou approximatifs. Un exemple: on continue à mélanger l'hypothèse d'une sortie (momentanée ou définitive) de la Grèce de la zone euro avec sa sortie de l'UE elle-même. Or, cette deuxième hypothèse n'existe pas, elle n'a jamais était prise en considération ! C'est le contraire qui est vrai: les institutions communautaires multiplient les soutiens à la Grèce, en particulier les dérogations aux règles sur l'octroi des soutiens ; la dernière, approuvée il y a une semaine par le Parlement et le Conseil, porte à 95% la part communautaire des financements destinés au développement rural (mesure applicable aussi à la Roumanie, la Lettonie, l'Irlande et le Portugal). Elle s'ajoute aux facilitations qui étaient déjà en vigueur dans la politique de cohésion (financement presque totalement européens des projets retenus) et dans d'autres domaines comme le contrôle de l'afflux de clandestins en provenance de Turquie. On pourrait en citer d'autres.
La réalité est que seule la solidarité européenne peut redresser l'économie grecque. À condition, bien entendu, que les Grecs coopèrent en prenant l'habitude de payer les impôts, en réduisant la bureaucratie, en réduisant les dépenses militaires, etc. Et pourtant, l'idée que l'Europe abandonne l'un des berceaux de sa civilisation continue à inspirer des commentateurs superficiels.
À propos de l'arme nucléaire iranienne. Et si les efforts de l'Iran visant la mise au point de la bombe atomique n'étaient qu'une mystification ? Il est normal que les pays voisins et les grandes puissances s'en préoccupent, ainsi que l'Agence internationale de l'énergie atomique. Mais on pourrait se demander si pour Téhéran il n'est pas plus efficace de laisser croire que le pays est sur le point de disposer de l'arme absolue, plutôt que d'assumer tout le poids qu'elle implique ; les spécialistes et les savants expliquent que maîtriser la technologie n'est pas la charge la plus lourde, par rapport par exemple à la précision des missiles ou à l'entretien et à la disponibilité permanente (il est connu que France et Royaume-Uni s'efforcent de partager ces coûts tellement ils sont lourds).
En outre et surtout, les autorités iraniennes savent qu'elles ne pourraient jamais utiliser une telle arme: une demi-heure après, leur pays serait détruit. Il est plus simple, moins onéreux et politiquement plus utile d'entretenir le suspens et de négocier au moment opportun la renonciation à tout armement nucléaire. Je crois qu'une telle évolution serait plus conforme aux aspirations de la majorité de la population et aux traditions d'une civilisation ancienne et glorieuse.
Souffrances d'un parlementaire. Les drames récents provoqués dans l'UE par l'incompréhension entre les races, avec l'implication de citoyens européens (auteur en Italie, victimes en Belgique), m'amènent à évoquer un dossier que le mois dernier j'avais laissé de côté, tellement il me paraissait insignifiant. C'est l'aventure d'un parlementaire européen qui était resté prisonnier de la police israélienne pendant une semaine. Paul Murphy (groupe GUE/NGL, irlandais) avait participé à l'opération maritime de soutien à la population de Gaza en embarquant dans l'un des deux bateaux de la flottille qui avaient été bloqués par la marine israélienne et empêchés d'atteindre les rivages palestiniens.
De retour en Europe après quelques jours de détention en Israël, il a tenu une conférence de presse à Strasbourg ; notre bulletin n° 10496 en a rendu compte en détail. Nous avons ainsi appris par lui que les autorités israéliennes, après lui avoir promis, ainsi qu'aux autres prisonniers, un retour rapide en Europe, ont « volontairement et à plusieurs reprises fait rater leur avion aux membres de la flottille» ; que l'ordinateur et le téléphone portables lui ont été confisqués et pas rendus ; qu'il n'a pu donner qu'un seul coup de téléphone en sept jours, et sous surveillance ; qu'il a été victime d'une privation de sommeil. Seule la mobilisation internationale et l'action de l'ambassade d'Irlande lui ont permis d'obtenir « le statut de prisonnier politique, y compris l'accès à du matériel de lecture ». M. Murphy a alors demandé la suspension de l'accord d'association UE-Israël et la révocation des accréditations du personnel de l'ambassade d'Israël au Parlement européen. J'ignore le résultat de sa démarche. Même si certains observateurs (dont je fais partie) se demandent si, face à ce qui arrive à l'intérieur de l'UE, au Moyen-Orient, dans la rive sud de la Méditerranée et ailleurs, les souffrances décrites par M. Murphy nécessitent effectivement la suspension de l'accord d'association entre l'UE et Israël. (FR)