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Bulletin Quotidien Europe N° 10516
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) prÉsidence polonaise

Donald Tusk plaide pour plus d'Europe

Strasbourg, 14/12/2011 (Agence Europe) - Le Premier ministre polonais a défendu une plus grande intégration européenne lors de son bilan de fin de présidence, au Parlement européen, mercredi 14 décembre. Après avoir très rapidement parlé des défis sur lesquels les Polonais ont travaillé, tel que le 6 pack, le traité d'adhésion de la Croatie, la sécurité énergétique ou encore le brevet unique, le ministre, devant un hémicycle acquis à sa cause, a défendu pendant de longues minutes la méthode communautaire.

Soulignant que la crise actuelle de l'Europe n'est pas seulement économique et financière mais aussi « une crise du système et politique », Donald Tusk a précisé que face à ce qui est « sûrement la plus grave crise de l'Europe unie », l'Europe « au bord du précipice » est confrontée à des choix difficiles. « Allons-nous prendre la voix communautaire avec une sortie de crise de l'euro ou choisir le chemin intergouvernemental avec des choix égoïstes, le chacun pour soi, où la communauté est considérée comme un fardeau et non comme un moyen de sortir de la crise ?», a-t-il demandé.

Il a ajouté que la « principale raison » de la crise ne réside pas dans les institutions européennes. « Ces 6 mois nous ont montré que c'est justement l'inverse. La crise se nourrit de la menace du délitement de l'UE. Si on ne peut pas dire que nous en avons fini avec la crise c'est parce que l'UE ne se comporte pas toujours comme une communauté », a-t-il ajouté. Rappelant que, pour certains, la façon de sortir de la crise est de s'éloigner du communautaire, le Premier ministre a précisé que ces réactions montrent que la crise a touché l'Europe en plein cœur et lancé un débat sur l'avenir de l'UE. « Quand j'entends des commentaires plein de satisfaction disant que le Royaume-Uni est de nouveau une île et que la Manche est plus large qu'il y a quelque mois, je ne comprends pas cette satisfaction. On peut accepter la décision mais on ne peut pas de manière publique accepter la distance qui se créé entre le Royaume-Uni et l'UE », a-t-il lancé.

Leadership européen

Le Premier ministre polonais a lancé un appel à ses homologues européens pour « renforcer l'UE en commençant par eux-mêmes et non pour diviser l'Europe, pour exclure l'Europe. Nous sommes pour l'intégration, contre la désintégration, pour la responsabilité commune contre l'irresponsabilité égoïste, l'Europe doit se baser sur la solidarité. Il faut un leadership européen, pour l'avenir ». Réfutant un leadership de quelques États membres ou technocratique non élu, il a mis en avant un leadership démocratique, qui s'appuie sur les institutions européennes. Il a appelé ceux qui sont pour une « Europe intégrée », à faire preuve de davantage de détermination pour protéger les fondamentaux européens

Rôle européen

« Nous avons besoin de débats sur l'ordre approfondi de l'Europe. (…) Il ne faut pas que vous vous laissiez retirer le mandat que vous avez », a-t-il lancé au Parlement européen. « Plus rien ne sera comme avant la crise. L'Europe sera sans doute différente, ce sera une Europe battue ou une Europe plus forte », a-t-il ajouté. Il a appelé les députés européens à s'atteler à la tâche et à relever le défi de cette nouvelle Europe. Le Parlement doit être une « chambre nouvelle pour une nouvelle Europe qui se crée qui doit être unie et non pas divisée ». « Si on ne parvient pas à le faire, les générations suivantes vont souffrir de la crise et nous accuser de cela. Sinon demain nous allons pleurer en regrettant notre Europe », a-t-il précisé.

En conclusion du débat, répondant à l'ECR Tomasz Piotr Poreba, qui avait précisé qu'il fallait du courage et un sentiment de fierté pour dire non a l'UE, M. Tusk a répondu qu'il faut « du courage et un sentiment de fierté pour dire tous les jours 'oui' à l'UE ». Rappelant que le président du Parlement européen est lui aussi polonais, M. Tusk a souligné que ces six derniers mois ont été « six mois de Pologne dans l'UE ». « Cet optimisme polonais pro-euro s'est fait sentir. J'espère que nous pourrons conserver cet optimisme, et c'est peut être la l'outil le plus important en période de crise. Pour renforcer l'Europe, vous pourrez toujours compter sur la Pologne », a-t-il conclu.

Présidence efficace

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a félicité la présidence polonaise qui, dans des circonstances difficiles, a su travailler avec « un grand professionnalisme » et être « efficace ». « Trente ans après la loi martiale, vous avez montré votre engagement en faveur de l'Europe et de nos valeurs communes », a précisé M. Barroso. Il a rappelé que la Pologne avait toujours insisté pour « plus d'Europe » dans la crise économique. « Les propos de Donald Tusk sont une source d'inspiration », a-t-il ajouté. « Nous voulons exploiter pleinement le potentiel du marché unique, nous avons besoin de plus d'union et pas de moins d'union et c'est ce que garantit l'Union communautaire. Il y a eu un important renforcement pendant la présidence polonaise », a-t-il précisé.

Soutien du Parlement

Le président du groupe PPE, Joseph Daul (France), a souligné qu'il aurait pu signer le discours du Premier ministre. Il a rappelé les efforts de la présidence polonaise sur le 6 pack, sur la bonne gestion des finances publiques avec le Parlement européen, sur la supervision du marché financier, sur la politique de voisinage ou encore sur les brevets uniques ou le droit des contrats.

Pour son homologue du S&D, Martin Schulz (Allemagne), la présidence polonaise est « sans aucun doute une des meilleure de ces dernières années ». « Vous avez été tellement bons que vous pourriez être social démocrate ! » a-t-il lancé au Premier ministre polonais, précisant « le haut niveau de professionnalisme » du gouvernement et des fonctionnaires polonais.

« Tous vos collaborateurs ont effectué un très bon travail, la présidence polonaise a dû relever de grands défis et difficultés mais elle a réussi à maintenir la cohésion de l'euro et de l'Europe sans perdre de vue les difficultés », a souligné Olle Schmidt (ADLE, Suède). La Pologne est « un des pays dans le leadership de l'Europe », a-t-il ajouté. Son collègue EFD Nikolaos Salavrakos (Grèce) a précisé que « l'euro existe et que l'Europe doit continuer après la crise ».

« La présidence s'est faite dans un climat difficile où l'aspiration politique ne peut pas s'épanouir, malgré tout, cette présidence est couronnée de succès », a souligné la non inscrite Angelika Werthmann (Autriche), soulignant le travail de la Pologne sur le budget 2011.

Le Vert Bas Eickhout (Pays-Bas) a été plus nuancé que ses collègues. Il a précisé que si Varsovie a joué un « excellent rôle » dans le cadre de la crise de l'euro, les Verts sont plus critiques sur son rôle dans la lutte contre le climat. « La Pologne a joué un moins bon rôle », a-t-il expliqué, précisant que son action a été « insuffisante » sur le climat.

Dénonçant les « mesures capitalistes » prises par la présidence polonaise face à la crise « capitaliste », Georgio Toussas (GUE, Grèce) a considéré que « les activités de la présidence montrent à quel point les gouvernements ont peur du peuple ».

Tomasz Piotr Poreba (Pologne) de l'ECR a considéré que la présidence polonaise a été « faible, peu ambitieuse » et regretté que la Pologne n'ait pas eu « le courage et la détermination » de dire non à l'UE et de protéger les États membres. Il aurait aimé que la Pologne s'attaque au paiement des agriculteurs ou se penche plus sur le printemps arabe. (CG)

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