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Bulletin Quotidien Europe N° 10516
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques sur trois aspects des évolutions dans le monde de la finance

Le Sommet européen de la semaine dernière continue à faire des vagues et certains aspects justifient quelques remarques supplémentaires à celles publiées les jours précédents dans cette rubrique.

Les « eurobonds » ne sont pas ensevelis. Le texte adopté par les 26 chefs d'État ou de gouvernement (même si deux ou trois parmi eux ont conservé un délai d'attente) ne cite les eurobonds même pas comme hypothèse ; il est évident que Nicolas Sarkozy a voulu par ce silence respecter le compromis avec Mme Merkel. Mais la disparition n'est pas définitive. Dans sa conférence de presse finale, Mario Monti a longuement expliqué que l'hypothèse subsiste: la création d'une Union budgétaire étant l'objectif de tous, « il serait incohérent de renoncer a priori à un instrument d'intégration des marchés financiers. » Pour M. Monti le silence ne signifie aucunement que le projet est abandonné, même si la dénomination pourrait évoluer (la Commission européenne parle de Stability Bonds).

Un réflexe pro-européen au Royaume-Uni ? Les informations en provenance de Londres sont parfois étranges. Depuis pas mal d'années il n'était question que d'une opinion publique anti-communautaire à forte tendance à quitter l'UE ; maintenant que l'opération est mûre, des forces politiques et certains milieux professionnels font marche arrière. Même à Bruxelles on constate quelques appels en ce sens. Or, la sympathie et l'admiration pour les Britanniques, pour leur civilisation et pour leur apport à l'Europe sont définitives et immuables ; ce qu'on discute n'est qu'un aspect: la forme des relations réciproques.

Le R.U. avait refusé en son temps de faire partie de la Communauté européenne. Il avait ensuite changé d'avis, mais depuis son adhésion le nombre de réalisations et d'engagements auxquels il ne participe pas a continué à gonfler ; maintenant il exigerait des conditions inadmissibles (un droit de veto sur un volet essentiel de la construction européenne !). L'UE est en train de défendre, au milieu des difficultés qu'on connaît, sa monnaie et son développement économique ; l'attitude britannique (via la City de Londres) nuit à ces efforts. La semaine dernière, les autorités des deux parties en ont pris acte et tiré des conclusions. M. Cameron a fermement exigé son autonomie de décision fondée sur l'intérêt national et l'UE a décidé d'établir un nouveau traité sans la participation britannique. Les relations et la coopération doivent prendre une forme nouvelle, amicale et réciproquement utile, comme c'était le cas avant l'adhésion ; le libre-échange et bien d'autres liens subsisteront. Mais l'UE a droit à la même autonomie de décision que le RU réclame pour lui.

Les abus des marchés financiers sont loin d'être maîtrisés. C'était prévisible: les premières réactions des marchés financiers aux délibérations du sommet de l'UE ont été plutôt négatives. Les maîtres de ces marchés n'ont pas laissé échapper l'occasion d'opérations juteuses supplémentaires, la spéculation a encore gagné.

Pour le moment il faut se résigner à entendre ceux qui chiffrent d'un air savant les probabilités d'éclatement de l'euro: de 15 à 20%. C'est l'effet du point fragile des décisions européennes de la semaine dernière: l'absence de mesures à effet immédiat. Le nouveau visage de la zone euro est dessiné, les disciplines et leur contrôle sont acquis ; mais pour les spéculateurs c'est l'immédiat qui compte. Il faut espérer que les règles et les contrôles qui régiront et contrôleront le monde de la finance, déjà amplement définies par les institutions communautaires, seront rapidement applicables et efficaces. D'autres mesures sont à l'étude.

En attendant, les agences de notation continuent leurs jeux qui enrichissent les spéculateurs. Mais on a l'impression que les autorités européennes commencent à leur donner moins de poids. La Commission, avec M. Barnier en tête, étudie les voies possibles pour que le système actuel soit modifié et quelques chefs d'État ou de gouvernement expriment leur sérénité face à l'hypothèse d'un A en moins dans leur notation. Les marchés financiers ne feront rien pour que la situation évolue: des notes moins favorables signifient pour eux des taux d'intérêts plus élevés à la charge des États. Et ces jeux sont une raison de plus pour s'émanciper de la City de Londres.

Certes, les remarques qui précèdent ne sont pas l'œuvre d'un expert et ne rentrent pas dans des détails techniques qui me dépassent. Elles ne représentent qu'une tentative de comprendre la signification de l'agitation des marchés financiers et les raisons pour lesquelles les institutions communautaires font tellement d'efforts pour introduire des disciplines et pour mieux maîtriser les comportements du monde de la finance et les profits qu'il accumule dans cette période difficile.

(FR)

 

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