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Bulletin Quotidien Europe N° 10515
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) recherche

Trois scénarios pour se faire une image de l'Europe en 2050

Bruxelles, 13/12/2011 (Agence Europe) - Pour illustrer à quel point la politique européenne en matière de recherche et d'innovation est déterminante pour l'intégration européenne, une étude de la Commission européenne (DG Recherche et Innovation) combine plusieurs scénarios qui illustrent à quoi pourrait ressembler l'UE en 2050 selon l'importance accordée à cette politique.

Présenté lors d'une conférence le 28 novembre dernier à Bruxelles, le rapport intitulé « Global EUROPE 2050 » présente trois scénarios fort contrastés de ce à quoi pourrait ressembler l'UE en 2050, en fonction de ses choix d'aujourd'hui et des conséquences de la crise de la dette souveraine. Un large éventail de critères a été utilisé, prenant en compte tant le développement au sein de l'UE que celui du monde extérieur. De l'évolution démographique aux ressources énergétiques, en passant par le cadre géopolitique et celui de la gouvernance, en y incluant des variables macro-économiques, les experts qui ont participé durant une année à l'élaboration de cette étude ont établi trois scénarios qui englobent les trajectoires possibles de l'intégration européenne, dont la politique en matière de recherche et d'innovation de l'UE est un marqueur qualitatif.

Scénario 1: « Personne ne s'en soucie ». Dans ce scénario, les auteurs partent du constat que la politique européenne en matière de recherche et d'innovation reste inchangée, les investissements étant ainsi marginaux par rapport aux moyens déployés au niveau national et les fonds européens étant utilisés principalement pour accroître le rang individuel des États membres. L'Union de l'innovation resterait dans ce cas un processus largement inefficace, car il se heurterait aux intérêts des États membres et à l'absence de volonté d'accroître l'harmonisation des politiques dans ce domaine. Un jeu à deux acteurs naît, avec d'une part la Commission qui tente de promouvoir ses initiatives et d'autre part les États qui favorisent les relations extérieures bilatérales. Le résultat d'un tel scénario est l'affaiblissement progressif de l'UE.

Scénario 2: « L'UE sous la menace… chacun pour soi ». Sous le signe de la désillusion, pour cause d'une fragmentation trop importante et une concentration inégale des bénéfices des investissements dans la recherche et l'innovation, les États membres abandonneraient progressivement des programmes, tel qu'Horizon 2020, jugeant que l'approche européenne est trop complexe, trop coûteuse, trop bureaucratique et finalement peu efficace. L'échec du travail en commun sur les grandes questions de société (changement climatique, pandémies, insécurité alimentaire) provoquerait de la sorte un dédoublement des moyens consacrés à la recherche, un accroissement de la compétition entre les États membres et finalement une division de l'UE (Nord-Sud) et le retour du protectionnisme national.

Scénario 3: « Une renaissance de l'UE ». Une des conséquences de la crise de la dette souveraine pourrait mener à une intégration et une coordination plus poussées sur le plan économique et politique de l'UE. Dans ce scénario, l'UE trouverait un nouveau souffle à travers une nouvelle phase de l'intégration économique qui passerait entre autres par l'intégration des marchés publics. Les meilleurs exemples nationaux guideraient le reste, avec la création de réseaux denses afin de coordonner les différents programmes de recherche dans un vaste nombre de domaines. « L'UE réussirait à concevoir d'une manière optimale les politiques technologique et de recherche, en ciblant les domaines et les méthodes adéquates, ce qui mènerait à une accélération du rythme de l'innovation et à un accroissement progressif de la productivité jusqu'en 2050 », indique le rapport. Ce scénario suppose notamment l'adoption d'un nouveau Traité et l'alignement financier entre les fonds privés et publics destinés à la recherche.

Afin d'illustrer d'une manière quantitative les différents scénarios, le point de départ est l'année 2010, où la place de l'UE dans la « redistribution du pouvoir économique » se traduit par une part de 29 % dans le PIB mondial, alors qu'elle est de 26 % pour les États-Unis, 9 % pour le Japon et 8 % pour la Chine. Pour autant, ce n'est pas nécessairement cette redistribution du gâteau en 2050 qui doit focaliser toute l'attention (la part de l'UE se placera au mieux à 17 %, au pire à 15 %), mais l'augmentation nette du PIB, qui montre une différence allant jusqu'à 30% entre les scénarios deux et trois. De même, « une renaissance de l'UE » implique pour le reste du monde, et particulièrement pour l'Inde et les États de l'Afrique subsaharienne, une croissance économique élevée, ce qui se traduirait par une diminution de la pauvreté. Toutefois, les limites d'une croissance uniquement axée sur la recherche et l'innovation apparaissent dans les prévisions des émissions de CO2. La technologie ne pourra être ainsi qu'un outil parmi d'autres, car le scénario le plus souhaité (renaissance) n'est pas celui qui suppose la plus forte diminution de ces émissions. Une approche adéquate devrait aussi inclure des politiques qui visent les problèmes d'approvisionnement et de la rareté des ressources.

En conclusion, la crise européenne de la dette souveraine est considérée par les auteurs du rapport comme un événement majeur qui « pourrait bien représenter un tournant pour l'intégration européenne ». L'importance des investissements dans la recherche et l'innovation est peut-être le mieux illustrée par le fait que les auteurs considèrent le scénario d'une renaissance de l'UE comme celui qui correspond le moins aux tendances actuelles.

Un résumé plus complet de l'étude et d'autre information sont disponibles à l'adresse suivante: http://ec.europa.eu/research/social-sciences/events-191_en.html . (JK)

 

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