J'ai essayé ces derniers jours de rendre compte des efforts de l'Italie pour rétablir les conditions de son maintien dans la zone euro. Pendant qu'à Rome le gouvernement chargé de cette entreprise se prépare à prendre ses fonctions, quelques aspects des péripéties de l'euro méritent d'être rappelés ou clarifiés.
Répétition. Mon premier point n'est que la répétition d'une remarque ancienne ; les historiens et les intellectuels (qui sont les bienvenus dans les débats européens) devraient apprendre à distinguer la participation à l'UE de la participation à l'euro, qui sont deux situations radicalement différentes. On lit souvent des prises de position savantes et passionnées à propos de la honte que serait pour l'Europe le rejet de la Grèce, berceau de notre civilisation à tous. Or, il n'a jamais été question que la Grèce sorte de l'UE ; au contraire, en cas de difficulté le soutien communautaire est renforcé et élargi. C'est la présence dans la zone euro qui pose problème, pour la Grèce comme pour d'autres pays, car l'euro ne peut pas fonctionner si ses règles ne sont pas respectées par tous. Les défaillances d'un seul pays, fût-il le plus petit, se répercutent dans toute la zone et bien au-delà, on l'a amplement constaté ces derniers temps. Mais ni la Grèce ni aucun autre État membre ne sera jamais invité à quitter l'UE, sauf s'il le demande.
Sens civique. En Italie, à côté d'une classe politique vivement critiquée et contestée (et qui ne semble pas prête à corriger ses coûts abusifs et ses avantages) et en marge de ceux qui profitent de privilèges abusifs (et refusent de les perdre), on a constaté aussi un mouvement spontané de soutien à l'économie nationale. Un certain M. Melani, inconnu au-delà de sa famille et de ses amis, a acheté une page du principal quotidien du pays pour inviter les citoyens à acheter des bons du trésor nationaux. L'accueil de son appel a dépassé toute prévision: des milliers de réponses positives et la décision de quatre banques de renoncer à la commission qu'elles prélèvent normalement pour de telles opérations. L'organisme national antitrust a indiqué qu'un éventuel accord entre les banques pour généraliser ce comportement serait compatible avec les règles de concurrence (européennes et nationales), car il apporte un avantage substantiel aux consommateurs. Certes, les acheteurs bénéficient des taux d'intérêt élevés actuels, mais la dette publique reste dans le pays.
D'ailleurs, certaines analyses de la situation italienne sont plutôt positives: base économique solide, citoyens en bonne partie propriétaires de la maison qu'ils habitent, détention nationale d'un pourcentage élevé de la dette. Le directeur exécutif du FMI Arrigo Sadun a déclaré cette semaine à Rome que l'effort que l'UE demande à l'Italie, tout en étant considérable (réduire la dette publique de 100 milliards d'euros en trois ans), ne dépasse pas les capacités de l'économie du pays.
Démolition londonienne. Une partie très significative de la société britannique continue un travail plus ou moins sournois de démolition de l'euro et de son avenir. Il serait ridicule d'y voir une réminiscence d'un passé lointain ou une attitude historique ou intellectuelle. En fait, des intérêts bien concrets sont en jeu, concernant en premier lieu un des éléments essentiels de la richesse britannique: la place financière de Londres. Il faut avoir le courage de le dire: dans le domaine de la finance, il n'est pas question de méthodes différentes ou de concurrence, mais d'un conflit entre intérêts et objectif opposés. La livre britannique s'oppose à l'euro, Londres rejette des initiatives communautaires essentielles comme la taxe sur les transactions financières.
Ces antagonismes provoquent des attitudes tout autant opposées sur l'avenir de la construction européenne dans son ensemble, sur l'évolution qui est en cours et que les deux parties voient de manière différente: à Londres on se bat pour l'assouplissement des liens et le renforcement des autonomies nationales ; sur le continent subsiste et même se renforce (en partie à cause des exigences du fonctionnement de l'euro) l'orientation favorable à l'intégration politique, traditionnelle pour certains États membres et au sein des institutions communautaires. Le Premier ministre britannique David Cameron a même inventé un terme nouveau pour l'UE qu'il souhaite: un réseau d'États, pas un bloc. En fin de semaine, Mme Merkel, de plus en plus explicite en faveur de l'intégration européenne, et M. Cameron se rencontrent: entretien de façade ou vraie confrontation entre deux visions incompatibles ?
Préparation ? Selon plusieurs organes d'information, les autorités de certains États membres seraient en train d'examiner des voix de sortie dans le cas où certains pays de la zone euro devraient en définitive la quitter. Il existe toutefois une grande confusion entre différentes hypothèses. C'est un sujet à traiter avec précaution, sur lequel cette rubrique reviendra en détail.
(FR)