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Bulletin Quotidien Europe N° 10494
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour mieux comprendre les trois protagonistes de l'évolution en Italie

Ça bouge beaucoup en Italie et, partout, les moyens d'information suivent les événements d'heure en heure: inutile d'y revenir. Mais quelques rappels ou remarques sur les trois personnalités au centre de l'actualité - Giorgio Napolitano, Mario Monti et Silvio Berlusconi - peuvent être utiles. Cette rubrique a toujours évité de porter des jugements sur les chefs d'État ou de gouvernement des pays communautaires, par respect pour les peuples qui les ont élus ; leur légitimité démocratique étant hors de question, je me suis plutôt efforcé de comprendre leurs comportements en recherchant les aspects positifs (ce qui n'a pas toujours été simple). Et quelques remarques touchant même la vie privée apparaissent comme incontournables.

Impossibilité de gouverner. En laissant de côté son attitude politique, les problèmes personnels de M. Berlusconi avec la justice lui rendaient désormais impossible la conduite du gouvernement, car il était obligé d'organiser son activité politique en fonction de ses procès, sa défense devant les tribunaux occupant une grande partie de son temps. Un peu comme si M. Strauss-Kahn avait gardé son rôle au FMI ou sa candidature à la présidence en France. Alors que Berlusconi restait accroché à ses fonctions publiques au lieu d'y renoncer. Sa situation était de toute manière intenable, ses démissions officielles ayant été précédées par la perte d'influence et de considération au sein du Conseil européen.

Les deux autres protagonistes offrent une tout autre image de l'Italie en Europe.

Le discours de Bruges. Personne n'ignore le rôle européen que Giorgio Napolitano a joué pendant des années, notamment au sein du Parlement européen, et à quel point il a conservé le même état d'esprit à la présidence de la République italienne. Il a ouvert il y a deux semaines à Bruges l'année académique du Collège d'Europe, et son discours a représenté un résumé passionné et clarifiant de l'aventure européenne et une prise de position ferme sur sa vision de la crise actuelle. Je reviendrai sur le premier aspect lorsque je ferai le point sur la réforme institutionnelle de l'UE. Quant au second - l'Italie face à la crise - M. Napolitano a été explicite à propos de « l'impératif catégorique pour l'Italie d'un effort consistant et constant pour abattre sa dette publique » en réalisant « les réformes structurelles rendant possible une nouvelle et plus intense croissance économique et sociale ». Et il avait précisé: « Aucune force politique italienne ne peut continuer à gouverner, ou poser sa candidature à gouverner, sans se montrer consciente des décisions, même impopulaires, qu'il faut prendre maintenant dans l'intérêt national et dans l'intérêt européen (…) Nous ne laisserons pas l'euro céder aux attaques de la spéculation et aux vagues de panique des marchés financiers ; que personne ne se fasse d'illusions à ce propos. » Avant de conclure ce volet de son allocution: « Rien ne saurait nous faire revenir en arrière ; quiconque imagine le contraire doit abandonner ses velléités. »

Passé européen éloquent. C'est dans l'esprit de son discours de Bruges que M. Napolitano, en tant que « chef d'État sans pouvoirs exécutifs », a confié à Mario Monti la tâche de former le nouveau gouvernement. Selon le Financial Times, M. Monti « est un technocrate non élu par le peuple » ; en réalité il est sénateur et s'il obtient la majorité au Parlement national sa légitimité sera incontestable. C'est une fausse querelle ; l'essentiel réside dans son passé et dans ses convictions. Il a été commissaire européen pour deux mandats (de 1994 à 2004) et dans ces fonctions il avait amplement montré sa vision européenne, ainsi que son indépendance face aux puissances économiques et financières et face aux pressions politiques de toute provenance (États-Unis y compris). La condamnation de Microsoft pour infraction aux règles de concurrence (amende de 497 millions d'euros) et l'interdiction de la fusion entre General Electric et Honeywell sont restées célèbres.

Après la fin de son mandat à Bruxelles il a effectué, à la demande de la Commission européenne, des travaux fondamentaux qui dépassent largement le cadre de simples études: il a notamment dessiné les orientations permettant l'intégration effective des économies des États membres (par son rapport sur l'achèvement et la relance du marché unique) et il a prouvé l'importance de la création de bons du Trésor communautaires (eurobonds). M. Berlusconi lui avait proposé à plusieurs reprises d'entrer dans son gouvernement (affaires étrangères en 2001, économie en 2004), mais il avait toujours refusé.

Tout reste à faire. Le projet de Giorgio Napolitano et le nom de Mario Monti ont déjà eu un premier effet sur les marchés financiers. C'est de bon augure, mais tout reste à faire et les obstacles sont impressionnants.

Cette rubrique reviendra demain sur certains éléments essentiels.

(FR)

 

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