Bruxelles, 20/10/2011 (Agence Europe) - Si la situation des jeunes qui cherchent aujourd'hui un emploi au sein de l'UE est particulièrement difficile, voire dramatique dans des États comme l'Espagne (taux de chômage chez les 15-24 ans de 46,2% en août 2011) ou la Grèce (42,9%), les données statistiques ne refléteraient en réalité qu'une partie de la situation de cette catégorie de la population active, prévient l'Organisation internationale du travail (OIT) dans son rapport « Les tendances mondiales de l'emploi des jeunes: édition 2011 », publié mercredi 19 octobre.
Le rapport de l'OIT va jusqu'à parler d'une « génération traumatisée » des jeunes travailleurs en Europe et dans les pays développés, car c'est elle qui est la plus touchée par les conséquences de la crise financières. Bien que le pic dans le chômage chez les jeunes de 15-24 ans ait été atteint en avril 2010 avec près de 21,3% (données Eurostat) en moyenne pour l'UE, le marché de l'emploi continue d'être inaccessible pour plus de 20% des jeunes européens à l'heure actuelle. Et cette légère amélioration ne serait pas en fait due à une offre plus conséquente d'emplois, mais à une dissimulation des chiffres du chômage, révèle le rapport. Un phénomène qui prend aujourd'hui des proportions considérables, comme le montre le cas de l'Irlande. Selon l'OIT, le taux de chômage des jeunes irlandais, qui s'était établi à 27,5 % en 2010, ne prendrait pas en compte un nombre important de personnes qui sont retournées dans le système éducatif ou attendent tout simplement une meilleure conjoncture économique. Ainsi, en incluant ce chômage dissimulé, jusqu'à 19,3% points de pourcentage pourraient être ajoutés aux données officielles. L'Irlande est également le pays qui voit une des plus fortes progressions dans ce domaine, le taux de chômage des jeunes au mois d'août 2011 y était de 31,9%.
Le premier visage de cette « génération traumatisée » est peut-être le mouvement des indignés qui se propage en Europe et aux États-Unis. La « colère et la frustration » de ces jeunes, selon les termes du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, exprimés à l'issue du Sommet social tripartite, lundi 17 octobre, découlent aussi d'une perspective à long terme qui semble inquiétante. Le fondement de ce sentiment est démontré dans le rapport de l'OIT par la différence significative quant au chômage de longue durée dans la population active entre le groupe des 15-24 ans et les autres. C'est le premier qui a la plus grande probabilité de ne pas trouver un emploi au bout d'un an et cette différence peut être multipliée par trois dans le cas de certains pays, comme l'Italie. Par ailleurs, les jeunes qui réussissent à trouver un emploi effectuent de plus en plus souvent un travail à mi-temps ou intérimaire. La progression de cette catégorie a fait un bond substantiel entre 2007 et 2010 dans l'UE et particulièrement en Irlande (+17%), Luxembourg (10,5%) Islande (+9,2%) et Espagne (+8,8%). Finalement, deux tendances se croisent: la rareté des offres d'emploi pour les jeunes et une précarité du travail qui ne laisse guère de place aux meilleures perspectives. (JK)