Bruxelles, 20/10/2011 (Agence Europe) - Alors que le mécanisme pour connecter l'Europe et les fonds est largement salué, les nouvelles orientations pour le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) (EUROPE n° 10477) laissent certains perplexes lorsqu'ils découvrent les nouvelles cartes et budgets. Les inquiétudes portent avant tout sur les investissements financiers, estimés à hauteur de 500 milliards d'ici 2020, et l'exercice environnemental.
La Commission a adopté, mercredi 19 octobre, un mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe, débloquant 50 milliards pour mieux relier les infrastructures dans l'Union. Les 31,7 milliards promis aux réseaux de transport, couplés aux 9,1 et 9,2 milliards pour respectivement l'énergie et les télécommunications sont bien entendus plébiscités. Pourtant, bien que le transport bénéficie de l'enveloppe la plus avantageuse, cet apport d'argent européen pourra à peine soulager les budgets nationaux qui devront mettre en place le RTE-T révisé dont la nouvelle stratégie a été annoncée, le même jour, par le commissaire européen au Transport, Siim Kallas. La nouvelle stratégie revoit le concept du transport en Europe sous forme d'un réseau central, quadrillant l'Europe de 10 corridors, supporté par un réseau global couvrant toutes les régions de l'Union. Le premier devrait être complété pour 2030, le second pour 2050, tous deux donnant une large préférence au rail et au maritime pour des raisons d'efficacité énergétique et d'adaptation au changement climatique.
31,7 milliards, c'est faible. Les socialistes du Parlement européen, annoncent déjà que les 31,7 milliards alloués via le mécanisme pour interconnecter l'Europe seront de peu de secours pour réaliser les ambitions de la Commission: « Il est temps d'investir nos ressources dans le renforcement de nos infrastructures. Mais j'ai bien peur que cette proposition n'aille pas assez loin. Les investissements requis pour compléter et moderniser un véritable réseau transeuropéen dans une Europe élargie s'élèvent à 500 milliards de 2007 à 2020 », s'inquiète l'eurodéputée Marita Ulvskog (suédoise), vice-présidente S&D. Un point de vue partagé par le directeur de la Communauté des chemins de fer européens (CER), Johannes Ludewig, qui lui avance des solutions: « Le futur réseau RTE-T va demander des investissements nationaux significatifs, au-delà du budget européen proposé de 31,7 milliards. Les instruments financiers proposés par la Commission peuvent soulager la pression mise sur les gouvernements nationaux, mais des instruments financiers plus efficaces, comme l'internationalisation des coûts externes et le principe d'utilisateur-payeur, seront nécessaires à l'Europe pour réaliser le futur réseau RTE-T proposé d'ici 2050 ».
Le rail, pourtant grand gagnant des cartes révisés, craint que les corridors définis par la Commission mènent à plus de confusion dans le trafic en définitive. Toujours par la voix de la CER, le rail met aussi un bémol à la volonté de la Commission de rendre les différents systèmes ferroviaires européens interopérables en imposant une standardisation technique. Pour la CER, cela risque aussi de peser lourd dans les budgets nationaux, plus que nécessaire.
Apport environnemental sous question. Là où le bât blesse également, c'est dans la capacité des nouvelles orientations pour le RTE-T de rencontrer les objectifs européens en matière d'environnement, même si la volonté de la Commission est bien de réaliser un réseau multimodal, encourageant l'abandon de la route pour le rail. Un point qui reçoit l'appui des verts du Parlement européen, lesquels craignent toutefois un saupoudrage inadéquat des fonds: « Étendre de façon significative le transport ferroviaire sera crucial si nous l'UE veut atteindre ses objectifs climatiques et environnementaux, et nous saluons qu'une place proéminente ai été donné à ce mode dans le réseau central. Cependant, les couloirs proposés risquent de ne pas être complétés à cause de l'attention donnée à de grands projets prestigieux sur le long terme, avec les procédures de gestion et de financement sans fin que cela suppose », explique Eva Lichtenberger (Verts, autrichienne). Elle déplore aussi que « les propositions ne parviennent pas à établir des critères d'éligibilité clairs, combinés à des mécanismes de mise en œuvre efficaces, et des sanctions, afin de s'assurer que les projets de transport s'alignent sur les objectifs européens en matière de climat et d'environnement ». Un travers souligné également par l'ONG Transport & Environment qui souhaite purement et simplement faire coïncider les niveaux de financement européens au degré de « propreté » des projets.
Appels régionaux. Après les critiques générales sur les nouvelles orientations proposées pour le RTE-T, viennent les commentaires plus ciblés sur le tracé des corridors. Comme celui d'Alain Cadec (PPE, français) qui regrette qu'un pan entier de l'Atlantique soit mal desservi: « Dans les propositions, seule la moitié de la façade Atlantique fait l'objet d'un axe prioritaire d'investissement, alors que la façade Atlantique de l'Union européenne ne va pas uniquement du Portugal à Bordeaux. Oublier toute la moitié nord de la façade, de Bordeaux à l'Écosse, est inadmissible ». Un appel qui fait écho à d'autres insatisfactions que les nouvelles cartes pourraient soulever à l'avenir. (MD)