Bruxelles, 13/09/2011 (Agence Europe) - Les ministres européens de l'Agriculture ont pour la plupart partagé l'idée qu'il faut plus d'ambition pour la politique communautaire de promotion des produits agricoles de l'UE, lors d'une réunion informelle, mardi 13 septembre à Wroclaw, en Pologne. Sous la présidence de Marek Sawicki, le ministre polonais de l'Agriculture et du développement rural, les ministres de l'Agriculture ont été nombreux à demander aussi une simplification de la mise en œuvre de cette politique destinée à vanter, sur le marché intérieur et sur les marchés de pays tiers, la consommation des produits européens.
Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'Agriculture, a indiqué qu'il souhaitait « au moins doubler, voire tripler » le budget communautaire consacré à la promotion des produits. Le budget actuel annuel de l'UE pour la promotion des produits agricoles de l'UE est de l'ordre de 53 millions d'euros (hors fruits et légumes et vins). Le budget des États-Unis consacré à de telles actions s'élèverait à 200 millions de dollars.
La consultation publique sur le Livre vert sur la promotion des produits se terminera le 29 septembre. La Commission européenne fera des propositions en 2012 sur le renforcement de la promotion des produits. « On doit être prêt, en 2014, à avoir de nouveaux instruments pour une politique de promotion renforcée sur le marché communautaire mais surtout sur le marché extérieur (pays tiers) », a déclaré le commissaire lors de la conférence de presse après la réunion informelle du Conseil Agriculture. Une politique publique, comme la politique agricole commune (PAC), « a un rôle à jouer dans la promotion des spécificités du secteur agricole et agroalimentaire européen, à savoir la qualité, la diversité et toutes les normes à respecter pour rassurer les consommateurs », a ajouté le commissaire.
Sur le partage des rôles entre la Commission et les États membres, la plupart des États membres au Conseil Agriculture se sont prononcés en faveur de cette dualité (les pays qui présélectionnent les programmes et la Commission qui finalise et valide les projets) et en faveur du respect de la subsidiarité (impliquer les États membres). Certains pays, comme l'Autriche, ont cependant jugé nécessaire de réfléchir à un nouveau partage des rôles, avec une implication plus large de l'État membre dans l'évaluation des programmes. Ceci permettrait à l'État membre de traiter seul certains dossiers au niveau local et régional. De nombreux pays ont insisté sur le besoin de simplifier les procédures de sélection et de mise en œuvre des programmes. L'Italie a évoqué la possibilité d'avoir une procédure spécifique d'urgence pour promouvoir des produits en crise (comme les fruits et légumes).
Sur le taux de cofinancement (actuellement 50% pour l'UE, jusqu'à 30% pour le pays et jusqu'à 20% pour les opérateurs), les ministres européens de l'Agriculture se sont montrés généralement satisfaits des règles actuelles. Certains États membres ont demandé une hausse du taux de la participation communautaire. C'est le cas, par exemple, de la France, lorsqu'il s'agit de produits très spécifiques (produits de qualité ou produits biologiques) ou de programmes présentés par plusieurs pays, de la Roumanie, ou encore de la Grèce (en cas de promotion dans les îles à handicap naturel).
Sur les activités de promotion à mettre en place pour renforcer la position de l'agriculture européenne sur le marché mondial, le Royaume-Uni a préconisé une politique de promotion plus active auprès des pays émergents. L'Espagne a demandé que des études de marché ciblées soient réalisées. Beaucoup de pays ont insisté sur l'importance de valoriser l'échelon local et régional. Certains pays ont demandé que les actions de promotion couvrent d'autres produits: - les herbes médicinales (demande de la Roumanie) ; - produits transformés de viande (plusieurs pays de l'Est, comme la Lettonie) ; - les roses (Bulgarie).
Selon le Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE et la COGECA (Confédération générale des coopératives agricoles de l'UE), les produits européens perdent « rapidement du terrain » sur le marché intérieur. Il est donc vital « d'encourager la promotion des produits agricoles et de veiller à ce qu'elle devienne une politique clé de la prochaine PAC ». Paolo Bruni, le président de la COGECA, a souligné devant les ministres européens de l'Agriculture qu'il est « plus important que jamais de promouvoir les produits agricoles sur les marchés intérieurs et extérieurs ». Il a indiqué qu'il fallait accroître nos parts de marché dans les économies émergentes, comme la Chine et l'Inde. Il a cependant lancé un avertissement, rappelant que les campagnes de promotion qui ciblaient les pays non-européens étaient souvent sous-utilisées et qu'il était donc primordial d'améliorer la cohérence avec d'autres politiques, de mener des études d'impact et de rendre plus flexibles les conditions de gestion des programmes. « Les coopératives agricoles contribuent de plus en plus aux exportations de produits transformés. Voilà pourquoi une approche innovante par rapport à l'étiquetage de l'origine du produit est nécessaire et pourquoi les marques devraient pouvoir être utilisées dans certains cas », a-t-il expliqué. Il a toutefois insisté sur le fait que la politique de promotion ne doit pas remplacer les autres outils de la PAC comme ceux réclamés pour répondre à la crise traversée par le secteur européen des fruits et légumes.
Le président du Conseil européen des jeunes agriculteurs (CEJA), Joris Baecke, a préconisé lors de l'informelle: - une politique forte de promotion des produits, y compris un budget fort pour la promotion sur les marchés internes et externes ; - que la réforme de la PAC accorde une place importante au renouvellement des générations (actuellement seulement 6% des agriculteurs européens ont moins de 35 ans et 4,5 millions d'agriculteurs vont partir à la retraite au cours des dix prochaines années) ; - la combinaison d'instruments du premier et du deuxième pilier de la PAC ; - une aide directe supplémentaire pour les jeunes agriculteurs (au titre du premier pilier). (L.C.)