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Bulletin Quotidien Europe N° 10451
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Politique de l'UE face au drame somalien, critères des aides aux pays pauvres

Les premiers responsables. Aussi longtemps qu'on a eu devant les yeux les images des enfants somaliens qui mouraient de faim et de soif, nous avons évité de dénoncer les premiers responsables de cette horreur. Maintenant que les secours arrivent et que la situation semble s'améliorer, il n'est plus justifié de ne pas dire la vérité: tous les observateurs, envoyés spéciaux de la presse ou autres témoins, l'ont affirmé et démontré: les conflits sur place, les guerres sans fin, la cruauté et l'égoïsme sont la cause principale de ce qui arrive en Somalie, où «les milices font la loi». L'autorité officiellement reconnue est une façade sans pouvoirs ; les agences humanitaires avaient été chassées des zones conquises par les Chebab (groupement en liaison avec Al-Qaïda) ; la piraterie entrave l'arrivée des secours humanitaires par la mer ; les produits, surtout alimentaires, qui d'une manière ou d'une autre parviennent sur place sont pillés par les milices armées et n'arrivent presque jamais aux destinataires. La sécheresse et la famine sont bien réelles, mais les responsabilités humaines en sont la première cause. L'agriculture locale traditionnelle, très limitée d'ailleurs, est toute à reconstruire, alors que l'activité qui continue à se développer est l'ignoble piraterie qui détient ses otages même des années et ne les libère qu'après avoir arraché la rançon réclamée. Un pirate détenu a été jugé en Belgique pour avoir participé à l'attaque d'un navire affrété par le Programme alimentaire mondial et a été condamné à dix ans de prison ; des peines bien plus lourdes paraissent appropriées pour combattre un tel fléau.

Une discipline pour les aides européennes. Mon indignation est-elle excessive face à un pays en difficulté ? Je ne le crois pas ; la sévérité est un signe de respect, elle signifie considérer les Africains comme des populations autonomes et responsables de leur comportement ; il faut les aider, mais elles doivent assumer leur responsabilité. Un document communautaire récent semble d'ailleurs aller dans ce sens: je me réfère à la communication que la Commission européenne a transmise la semaine dernière au Parlement et au Conseil, proposant la position de l'UE en vue du Forum de l'ONU sur l'efficacité de l'aide aux pays en développement ou en difficulté (voir notre bulletin n° 10448). Cette efficacité doit être renforcée et améliorée, indique la Commission, en tenant compte notamment des orientations essentielles suivantes: caractère démocratique des bénéficiaires ; transparence et nature prévisible de l'aide ; moins de fragmentations des interventions européennes ; responsabilité des bénéficiaires quant aux résultats ; contrôle effectif de l'efficacité de l'aide.

Seule la connaissance du document intégral permettra d'évaluer les orientations européennes, mais il est clair que l'UE entend davantage se préoccuper de l'efficacité réelle de son aide et du contrôle de son utilisation par les bénéficiaires. Trop de cas ont été constatés d'aides qui, loin de profiter au développement des pays bénéficiaires, sont détournées au profit des autorités locales ou sont sans effet à cause de l'inefficacité administrative des allocataires, parfois à l'avantage d'intérêts européens. M. Andrew Mitchell, secrétaire d'État britannique chargé du développement international, a précisé l'orientation du R.-U. visant à « prouver au contribuable que le moindre penny d'aide est bien utilisé». Le nombre des pays bénéficiaires sera réduit de 43 à 27, en éliminant en particulier la Chine et la Russie (mais en gardant l'Inde). En revanche, les contributions à certains organismes d'aide multilatéraux comme l'Unicef seront augmentées, alors que d'autres devront prouver l'efficacité de leurs programmes pour être encore soutenus.

Pour un contrôle véritable. Je crois qu'un meilleur contrôle de l'utilisation des aides européennes est pleinement justifié pour au moins trois raisons: a) les difficultés budgétaires de l'UE et de ses États membres, obligés à réduire leurs dépenses publiques de manière parfois drastique ; b) les abus et les gaspillages dans l'utilisation des aides communautaires, abus et gaspillages qui ont pris parfois des formes inadmissibles pour ne pas dire scandaleuses ; c) l'absurdité de financer des pays comme la Chine (qui détient les plus grandes réserves monétaires du monde) et d'autres pays dits «émergents», pour ne pas parler des richesses accumulées par des régimes abusifs et anti-démocratiques comme la Libye ; et aussi parfois les autorités de certains pays qui disposent de pétrole ou d'autres matières premières précieuses .

Il existe aussi une rhétorique qui attribue à l'Europe et à l'indifférence de l'Occident la responsabilité du drame somalien, plutôt qu'aux conflits internes, à la séquestration des aides humanitaires par les sectes bien fournies (par qui ?) en armes très modernes, et au piratage. Il est plus commode de taper sur l'Europe, laquelle a certes ses lacunes et responsabilités indirectes, mais s'est mobilisée face à l'urgence et contribuera à la renaissance somalienne dès que les évolutions internes le permettront. (F.R.)

 

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