Bruxelles, 14/07/2011 (Agence Europe) - En dépit de plusieurs avancées (régionalisation de certaines mesures de gestion, nouvelle gouvernance pour l'aquaculture), les professionnels du secteur de la pêche jugent avec sévérité le contenu du premier paquet de propositions de réforme de la politique commune de la pêche (PCP) présenté mercredi 13 juillet par la commissaire Maria Damanaki (EUROPE n° 10418).
Les présidents d'Europêche (Association des organisations nationales d'entreprises de pêche de l'UE), Javier Garat, et du groupe de travail pêche du COPA-COGECA, Giampaolo Buonfiglio, soulignent en effet que « la Commission n'a pas tenu compte des revendications essentielles du secteur exprimées à maintes occasions au cours des deux années écoulées et elle n'a prévu aucun accompagnement socio-économique des mesures préconisées ». Et pourtant, soulignent les deux présidents, malgré la dramatisation par la Commission de la situation du secteur de la pêche en Europe et la présentation préoccupante généralisée qu'elle fait de l'état des ressources halieutiques, « l'état des stocks dans les eaux de l'UE s'améliore », selon une des récentes communications de la Commission.
Ils demandent de ne pas s'écarter des objectifs fondamentaux de la PCP figurant dans le traité et rappellent que l'objectif de rendement maximum durable devrait être atteint « graduellement et avec souplesse, en fonction de la situation des différents stocks de poissons en Europe ». La Commission demande que tous les stocks de poissons soient gérés selon ce principe en 2015 au plus tard.
Europêche et le COPA-COGECA préconisent une « réduction maximale progressive » des rejets et non une élimination pure et simple de ceux-ci (comme le propose la Commission) « qui n'est tout simplement pas réaliste », selon les patrons-pêcheurs européens. Le secteur réclame en outre des projets pilotes pour identifier les difficultés techniques et les coûts que ne manquera pas d'engendrer une interdiction éventuelle des rejets.
Sur la question des concessions de pêche transférables, les organisations signalent qu'elles peuvent s'avérer « inappropriées pour la petite pêche côtière et qu'elles sont de toute façon inadaptées à la pêche en Méditerranée ». Elles ajoutent: « Toute décision concernant l'établissement et l'allocation de ces concessions doit de ce fait relever des prérogatives des États membres ».
Il est reproché à la Commission de n'avoir pas réussi à proposer une définition, acceptable pour le secteur, de la petite pêche côtière. Selon Europêche et COPA-COGECA, la définition devrait garantir la non-discrimination entre les segments de flottes et régions de l'UE. Retenir le seul critère des « navires de pêche dont la longueur hors tout est inférieure à 12 mètres et qui n'utilisent aucun engin remorqué (…) » n'est, selon ces organisations, pas approprié car ce critère est trop simpliste et mal adapté aux situations régionales.
La suppression des aides à la flotte aura un impact « fortement négatif » sur le secteur de la pêche. En effet, l'élimination des aides à la démolition des navires constituera un frein à la réduction de la flotte et celles en faveur de leur modernisation les condamnera à un processus de vieillissement qui aura une incidence néfaste sur la sécurité des personnes embarquées, font valoir les professionnels. Un soutien financier à la modernisation des navires peut du reste s'avérer nécessaire dans le cadre de l'efficacité énergétique (moteurs moins gourmands en carburant).
Enfin, les présidents Javier Garat et Giampaolo Buonfiglio se disent stupéfaits qu'une proposition de réforme de la PCP, aussi radicale que celle présentée, passe sous silence ses conséquences économiques et sociales, « compte tenu de la forte réduction attendue du nombre d'emplois à court terme, particulièrement dans le secteur de la capture ». Europêche et le COPA-COGECA demandent la mise en place d'un volet socio-économique d'accompagnement de la PCP. Ils rappellent, dans ce contexte, l'existence d'un vaste plan d'action pour l'emploi, la formation et la sécurité des pêcheurs, récemment soumis par les partenaires sociaux du secteur, en réponse aux priorités de la Commission contenues dans sa communication « EUROPE 2020 » et sont prêts à collaborer avec les différentes instances communautaires pour faire en sorte que la future PCP soit économiquement viable, tant dans l'intérêt des pêcheurs que de la société européenne. (L.C.)