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Bulletin Quotidien Europe N° 10413
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (ae) ue/portugal

Laisser une chance à Lisbonne d'appliquer le programme

Bruxelles, 06/07/2011 (Agence Europe) - Une fois n'est pas coutume, la Commission européenne a vivement critiqué, mercredi 6 juillet, la dégradation de la notation attribuée à la dette souveraine portugaise par l'agence de rating américaine Moody's, faisant de ce pays le deuxième à être placé en catégorie spéculative après la Grèce. Le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso a « profondément regretté » le « timing » et l'« ampleur » de cette décision. « Le Portugal vient juste de commencer à mettre en œuvre un programme d'ajustement économique à moyen terme » négocié avec la troïka (Commission, BCE, FMI) et approuvé par tous les pays de la zone euro, a-t-il ajouté, en se demandant ce qui peut justifier une telle initiative « en l'absence de nouvelles données sur l'économie portugaise ». Le Premier ministre portugais Pedro Passos Coelho a qualifié la dégradation de la notation portugaise, qui renchérira les opérations de refinancement des entreprises portugaises, de « coup de poing dans le ventre », rapporte l'agence Lusa.

Le porte-parole du commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn a fait part d'un sentiment de « déjà vu » dans la dégradation de la notation portugaise, en référence aux déboires qu'a connus Athènes dans ce domaine. Selon lui, « cet épisode malheureux soulève une fois de plus la question du comportement des agences de notation financière et de leur soi-disant clairvoyance ». Il a rappelé que le nouveau gouvernement portugais, en place depuis fin juin, commence tout juste à appliquer le programme d'austérité en échange d'une aide financière internationale de 78 milliards d'euros (EUROPE n°10380). La première mission de suivi de la troïka n'est attendue qu'à partir de fin août. Et celui-ci ira même plus loin que les termes du programme approuvé, notamment en matière de privatisation.

L'agence Moody's est d'avis que le Portugal ne respectera pas ses engagements budgétaires à moyen terme (réduction du déficit public de 5,9% par rapport au PIB en 2011 pour revenir sous la barre des 3% en 2013). Le pays devrait alors se résoudre à un 2ème sauvetage financier, qui inclut une participation du secteur privé, comme celui que la Grèce est en train de négocier avec ses partenaires.

Alors que le nouveau ministre français des Finances François Baroin s'est contenté d'exprimer sa confiance aux autorités portugaises, l'Allemagne s'est jointe, mercredi, aux critiques de la Commission. Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a déclaré qu'il fallait « briser l'oligopole des agences de notation » et « limiter leur influence ». La veille, la chancelière allemande Angela Merkel avait prévenu que les pays de la zone euro ne se laisseraient pas priver de leur liberté de jugement après les déclarations de l'agence de rating américaine Standard and Poor's selon laquelle les options françaises relatives à la contribution du secteur privé au 2ème plan d'aide à la Grèce étaient de nature à entraîner un défaut du pays (EUROPE n°10411). Mercredi, l'Institut international de la Finance (IIF) s'est d'ailleurs réuni pour progresser dans ce domaine.

Une initiative législative en novembre. La Commission élabore une nouvelle initiative législative afin de renforcer l'encadrement des agences de rating établies dans l'UE. « Les évolutions observées depuis la crise de la dette souveraine montrent que nous devons revoir nos règles en vue de les renforcer », a considéré M. Barroso. Figurent parmi le champ d'investigation « la prévention d'éventuels conflits d'intérêts » issus du modèle de rémunération ('issuer pays') des agences de rating, l'amélioration de « la méthodologie » et de « la transparence » de la notation des dettes souveraines, la stimulation de la concurrence sur un marché oligopolistique dominé par trois entités (Moody's, S&P, Fitch). Quant à la création d'une agence européenne de notation, M. Barroso a estimé qu'une telle décision revient aux marchés, tout en qualifiant d'« étrange » l'absence d'une telle agence en Europe. Attendue pour novembre, la proposition de la Commission devrait aussi retirer les références au rating inscrites dans la législation financière européenne. Chargé du dossier, le commissaire Michel Barnier voit d'un bon œil la suspension de la notation des pays mis sous tutelle, une idée qu'a suggérée l'ancienne ministre française de l'Économie Christine Lagarde. (M.B.)

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