Bruxelles, 06/07/2011 (Agence Europe) - Mauvaise nouvelle pour ceux qui espéraient voir le Parlement européen préconiser des mesures pour donner corps au rehaussement de l'ambition climatique de l'UE à l'horizon 2020. Le Parlement européen, qui devait adopter mardi 5 juillet, une résolution sur les modalités de passage d'un objectif de 20% à 30 % et sur les fuites de carbone, ne l'a finalement pas fait.
Alors que le projet de résolution initial était ambitieux, une majorité d'eurodéputés - Verts/ALE en tête - ont refusé d'adopter un texte amendé, jugé beaucoup trop faiblard puisqu'il remettait en cause les 30% jusqu'ici préconisés par le Parlement comme l'objectif unilatéral à viser par l'UE. Ironie du sort, c'est Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais), rapporteur, qui a donné l'impulsion pour le rejet du texte. Un moindre mal, à ses yeux, car dans ces conditions, la résolution de l'an dernier représente toujours la position du Parlement européen. « C'est à grand regret que j'ai été contraint de recommander aux eurodéputés de rejeter mon propre rapport après avoir été pris en otage par les amendements des conservateurs et du centre droit. Ces amendements qui sont passés par les majorités les plus serrées auraient conduit à ce que la résolution finale marque un recul par rapport aux positions adoptées précédemment par le Parlement. Empêcher l'adoption de la résolution représentait le résultat le moins mauvais », a commenté le rapporteur.
Sa frustration est grande car, souligne-t-il, « il est clair que l'objectif actuel de 20% à l'horizon 2020 est complètement obsolète, et que l'UE doit passer à un objectif de 30% ». Ne pas le faire c'est « faire prendre du retard à l'Europe, saper l'ETS et mettre des barrières à des efforts de réductions d'émissions proactifs, aux investissements dans les technologies vertes, et donc à la création d'emplois ». Rappelant que dans sa communication sur les modalités de passage de 20 à 30%, la Commission européenne avait fait elle-même la démonstration de la faisabilité de l'objectif 30% et de ses bénéfices pour l'UE, le rapporteur s'est lamenté de l'existence de « dinosaures climatiques » au sein du Parlement « refusant de reconnaître qu'il faut des objectifs de réduction plus draconiens et retardant l'économie verte dans l'UE ».
Le groupe S&D est exactement sur la même ligne. Son porte-parole, Dan Jorgensen, a jugé « inacceptable » que la droite ait assorti l'objectif de l'UE de conditions et « cédé à la pression forte du lobbying de BusinessEurope », quitte à saper tant la crédibilité de l'UE dans les négociations internationales que la reprise économique de l'UE. Selon lui, les conservateurs « n'ont toujours pas compris que notre lutte contre le changement climatique n'est pas seulement bonne pour l'environnement, mais qu'elle constitue aussi un stimulant efficace pour l'économie et la création d'emplois ».
À l'opposé, Salvatore Tatarella (PPE, italien), rapporteur fictif dont les amendements avaient été approuvés par la plénière et visaient notamment un objectif de réduction de 25% à l'horizon 2020, s'est plutôt réjoui que le Parlement ait rejeté le rapport Eickhout qui aurait rehaussé l'objectif à 30% à l'horizon 2020. « Ce n'est pas le moment de recommander une augmentation du seuil de réduction des émissions », a-t-il commenté. Selon lui, « c'est l'inflexibilité déraisonnable des verts et des socialistes qui a empêché le vote de la plénière ». Il espère que cet incident conduira la gauche à s'orienter vers « une approche plus prudente et réaliste ».
Chez l'ONG environnementale Friends of the Earth Europe, c'est la consternation. Que le Parlement ait refusé le passage au 30%, en pleine négociations internationales, est jugé incompréhensible. « Les politiques européens se démènent pour surmonter l'impasse sur les questions climatiques et cèdent une fois de plus au lobby de l'industrie », dénonce Esther Bollendorf, membre de la campagne pour la justice climatique et l'énergie. L'ONG prend cela comme un revers, d'autant qu'il intervient deux semaines seulement après le refus de la Pologne d'accepter, dans les conclusions du dernier Conseil Environnement sur la feuille de route vers une économie à faible teneur en carbone à l'horizon 2050, toute mention, d'un chiffre qui aille au-delà de 20%. (A.N.)