login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10413
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Présidence polonaise: optimisme mérité et encouragements opportuns

Un tournant avec des limites. Ces remarques supplémentaires sur la présidence polonaise sont parallèles au débat du Parlement européen, amplement résumé dans les pages suivantes. Les considérations développées hier et avant-hier dans cette rubrique visaient à préciser trois aspects: a) être à la tête du Conseil ne signifie pas présider l'UE. Le Conseil est une des institutions et, lorsqu'il se réunit au sommet (Conseil européen) ou en tant que Conseil « Relations extérieures», il a ses présidents stables, M. Van Rompuy et Mme Ashton ; sans oublier que le Parlement est colégislateur à égalité avec le Conseil ; b) la tâche prioritaire de la présidence est de concilier les positions nationales, sans imposer les siennes; c) le programme futur de l'UE comporte des innovations et transformations fondamentales qui demanderont des négociations longues et difficiles que la présidence polonaise va ouvrir, mais certes pas conclure. Malgré ces limites résultant de la mécanique institutionnelle de l'UE, la présidence polonaise représente un tournant, car elle signifie le retour de l'optimisme et de l'élan, non seulement au niveau des responsables politiques, mais aussi de l'opinion publique, qui en Pologne est favorable à la construction européenne dans la proportion de 80%.

Objectifs immédiats. Il faut ajouter que le dynamisme polonais rend possibles aussi des résultats rapides dont l'Europe a besoin. Les dossiers à débloquer comportent en priorité les six règlements relatifs à la gouvernance économique européenne, textes dont le contenu a été longuement et âprement discuté entre Conseil et Parlement et qui auraient dû être approuvés cette semaine à Strasbourg, le commissaire Olli Rehn ayant considéré que les divergences avaient été surmontées à 99,9%. En fait, des divergences subsistent au sein du Parlement lui-même, notamment à propos du respect des limites consenties des déficits publics ; les points en discussion détermineront en pratique la rigueur des sanctions et leur caractère plus ou moins automatique. Le résultat est que le vote parlementaire est renvoyé à septembre, alors que l'urgence est évidente. Le Parlement a entre-temps approuvé deux autres textes importants (sur l'encadrement des produits dérivés et certains aspects de la dette souveraine, voir notre bulletin d'hier). Il reviendra à la présidence polonaise de négocier les compromis définitifs entre Parlement et Conseil. Lourde tâche, mais urgente.

Prudence nécessaire. Dans les relations extérieures, le Sommet du Partenariat Oriental, annoncé pour septembre à Varsovie, devrait clarifier et relancer un domaine auquel la Pologne attribue beaucoup d'importance pour des raisons géographiques évidentes. Mais la présidence devra en même temps être prudente, parce que les six pays invités - Moldova, Ukraine, Géorgie, Bélarus, Azerbaïdjan et Arménie - posent chacun des problèmes spécifiques, différents mais délicats. On parle même de la Moldova comme candidat possible à l'adhésion ! Quant à l'Ukraine, les services de la Commission ont été clairs: elle ne pourra pas obtenir la libération des échanges si elle conclut un accord de libre-échange avec la Russie. La situation du Bélarus est suffisamment connue pour qu'il soit nécessaire d'insister. Ce Sommet du Partenariat Oriental sera sans doute utile, mais il ne faut pas attendre des résultats dépassant les orientations générales.

Adjoint de Mme Ashton ? Une initiative intéressante: l'offre du ministre polonais Radek Sikorski d'être l'adjoint de Catherine Ashton, ce qui est en même temps un souhait, compte tenu du rôle effacé attribué juridiquement au ministre des Affaires étrangères du pays de la présidence. M. Sikorski estime que Mme Ashton ne peut pas gérer à elle seule la politique étrangère européenne et il est disponible chaque fois qu'elle le souhaite. Il serait prévu (voir notre bulletin n° 10411) que M. Sikorski préside le Conseil de coopération avec le Kazakhstan et qu'il représente Mme Ashton dans les prochains voyages en Inde, Pakistan et Afghanistan. C'est une évolution à suivre de près et qui a déjà eu d'ailleurs quelques anticipations partielles.

Un mélange que je partage. Je vais citer pour conclure l'évaluation de Daniel Cohn-Bendit sur les perspectives de la présidence polonaise, parce qu'il se considère désormais comme un cosmopolite (sa rubrique dans le Nouvel Observateur que je vais citer s'appelle « Chronique d'un cosmopolite »). À son avis,
« la vitalité actuelle de la Pologne peut devenir une chance pour une Union qui doute ». Il estime qu'elle a raison d'avancer vers l'euro sans se presser: « La Pologne construit patiemment les conditions de son intégration dans la zone euro, quand d'autres ont choisi la marche forcée ou la triche comptable pour y parvenir.» Il invite en même temps la Pologne « à se doter de la politique écologique et énergétique qui lui fait encore défaut après des décennies de surexploitation de ses ressources naturelles, sans se laisser tenter par le défi faustien du nucléaire et de l'exploitation des gaz de schiste ».

Optimisme et encouragements: un mélange que je partage. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES