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Bulletin Quotidien Europe N° 10403
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'évolution de Mme Ashton renforce les progrès de la politique étrangère UE

Efficacité progressive. Le rôle de Catherine Ashton devient de plus en plus clair et efficace et elle acquiert autorité et désinvolture. Il n'y a pas longtemps, on annonçait ses démissions imminentes et certains parlementaires européens évoquaient l'hypothèse d'une motion de censure. Plusieurs facteurs ont contribué au changement d'atmosphère et il serait vain de débattre si c'est elle qui a évolué, permettant la réévaluation de son rôle, ou si les changements autour d'elle et la concrétisation du service diplomatique européen, qui maîtrise progressivement ses fonctions, lui permettent de s'affirmer. Ce qui importe, ce sont les effets qui en résultent pour la politique étrangère de l'UE, dans le sens de la concrétisation progressive de cet aspect si difficile de la construction européenne. Mme Ashton ne se limite plus à signer des prises de position plus ou moins banales, prévisibles et sans impact sur la réalité: son action devient de plus en plus concrète.

Pendant de longs mois, dans la première phase de son activité, elle était sur la défensive, en raison surtout des aspects peu clairs de ses compétences théoriques. Il lui est impossible d'exercer effectivement et pleinement la tâche de vice-présidente de la Commission européenne, aussi bien pour des raisons pratiques (elle n'a pas le don d'ubiquité) qu'à cause des relations délicates avec ses collègues commissaires responsables de la politique commerciale ou d'autres portefeuilles enchevêtrés avec ses fonctions. D'autre part, les parlementaires européens avaient tendance à réclamer qu'elle s'exprime sur la position de l'UE, dans des dossiers où cette position n'existait pas encore. Elle devait répéter aux parlementaires, à longueur de journée, que sur tel ou tel problème mondial controversé « il ne lui revient pas de prendre position », que « c'est aux États membres de prendre la décision » ; et que sa tâche est parfois de « faire des propositions au Conseil européen » (voir par exemple notre bulletin n° 10332).

Certes, le Parlement maintient sa pression. Le mois dernier encore, le député européen allemand Elmar Brok, du groupe PPE, affirmait que Mme Ashton « doit diriger plutôt que simplement suivre ». Le PE dans son ensemble l'invitait à agir afin que les États membres « surmontent leurs conceptions divergentes des grandes questions de politique étrangère » et à engager elle-même, par exemple, un dialogue avec la Turquie sur la stabilité des Balkans et du Caucase, sur le nucléaire iranien, sur l'énergie (voir notre bulletin n° 10377).

Une politique étrangère ne s'improvise pas. Pierre Vimont, secrétaire général exécutif du service diplomatique européen (SEAE, Service européen d'action extérieure), avec qui j'ai eu l'occasion de m'entretenir brièvement, met en garde contre l'illusion de la rapidité: on n'improvise pas une politique étrangère et de défense européenne ; on la réalise doucement, on la concrétise pas à pas… Il faut tenir compte des réalités ; c'est ainsi qu'on avance. L'important est la stabilité et la permanence des rôles: M. Van Rompuy, M. Barroso, la Haute Représentante. Les pays tiers ont besoin d'interlocuteurs stables ; la présidence tournante semestrielle du Conseil n'a pas grand-chose à voir avec la politique étrangère de l'UE…

Une patience analogue s'impose, selon M. Vimont, face aux guerres d'opinion sur les institutions, à la querelle entre méthodes communautaire et intergouvernementale, affaire complexe qui sera clarifiée progressivement. Idem pour le volet militaire du Traité de Lisbonne: la coopération structurée permanente ne s'improvise pas ! Il est vrai que l'Europe n'est pas dans une phase d'attraction automatique ; mais on constate quand même des progrès, aussi bien sur le plan interne qu'au niveau international, par exemple à l'ONU ou dans la coopération avec des pays tiers comme la Turquie, que le PE réclame (voir plus haut).

Travail opérationnel. Dans ce contexte, le rôle de Mme Ashton est à présent utile et efficace. Elle participe au nom de l'UE aux travaux préparatoires de positions mondiales et aux consultations avec les pays tiers, en indiquant l'orientation européenne ; elle prend des initiatives: tout récemment elle a activé, avec l'accord de la présidence du Conseil et en coopération avec la Commission, le Mécanisme de protection civile (MIC) au Yémen. Même ses interventions destinées à l'opinion publique ont pris de l'allure et de la qualité, et une qualité linguistique autrefois inconnue. Sa communication dans une seule langue lui avait été reprochée ; j'ai lu avec attention les traductions française et italienne de son point de vue sur Le futur des Balkans, non seulement intéressant, mais vif et brillant aussi. Dans le blog de « Le Monde », en réaction à son texte, j'ai remarqué deux phrases: « Tiens, elle existe vraiment celle-là ? » et « Bonne nouvelle: la probabilité pour que Catherine Ashton existe semble progresser ». C'est aussi mon impression.

(F.R.)

 

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