*** JANA HERTWIG, SYLVIA MAUS, ALMUT MEYER ZU SCHWABEDISSEN, MATTHIAS SCHULER (sous la dir. de): Global Risks. Constructing World Order through Law, Politics and Economics. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Dresdner Schriften zu Recht und Politik der Vereinten Nationen / Dresden Papers on Law and Policy of the United Nations », n° 14. 2010, 258 p., 46,50 €. ISBN 978-3-631-59291-5.
Ce livre s'ouvre sur une citation du sociologue allemand - et membre, désormais, du Groupe Spinelli né au Parlement européen - Ulrich Beck qui plante le décor sans recours aux pastels: « La société moderne est devenue une société du risque dans le sens qu'elle est de plus en plus occupée à débattre, prévenir et gérer les risques qu'elle a elle-même produits ». Certains jugeront peut-être le trait un tant soit peu forcé, mais il est difficile de nier l'existence, de nos jours, d'un double phénomène. D'abord, dans toutes nos sociétés européennes et occidentales, le risque est proscrit, au même titre que la mort elle-même, le principe de précaution se trouvant, lui, littéralement sacralisé - ce qui est peut-être une conséquence collatérale de l'évaluation avancée par Ulrich Beck. D'autre part (et c'est plus précisément ce qui fait l'objet de cet ouvrage), le risque est dorénavant d'envergure planétaire, qu'il s'agisse du phénomène de la pauvreté (et, à l'inverse, de richesses sans cesse accrues au point d'en devenir humainement indécentes), des armes nucléaires et biologiques, du terrorisme, du crime organisé de nature transnationale, de la rareté de l'eau, des crises budgétaires, des dérèglements climatiques, des phénomènes migratoires, des pandémies, sans parler des lacunes en matière de gouvernance mondiale et de bien d'autres sujets de préoccupation encore.
Il va de soi que ces risques ne pourront être maîtrisés que si l'humanité se dote de moyens globaux à la mesure des défis colossaux à relever. Il incombe dès lors aux dirigeants - des pays, bien sûr, mais aussi des entités politiques régionales et des organisations internationales - de chausser des lunettes « grand angle » et de solliciter le monde académique en vue de discerner des pistes nouvelles et innovantes en vue d'œuvrer à la sauvegarde du monde. Tel est précisément l'objet de cet ouvrage qui prolonge un symposium organisé, voici trois ans, à l'École d'Études internationales de l'Université technique de Dresde. Plus précisément, il donne la parole à des jeunes chercheurs, pour la plupart Anciens de l'Institut, qui abordent cette problématique sur une base multidisciplinaire, avec l'apport de commentaires éclairés d'experts scientifiques chevronnés.
L'ouvrage est structuré en trois parties. La première procède à l'identification des risques par le biais de trois angles. Le changement climatique d'abord, Jörn Richert s'appuyant sur l'exemple du Sénat américain pour montrer qu'il ne s'agit plus d'une « menace pour la notion vague et abstraite de l'environnement » et pour des « personnes éloignées dans le temps ou dans l'espace ou les deux à la fois », mais un phénomène dont le personnel politique ne peut plus se désintéresser. Anke Dahrendorf s'intéresse, elle, aux accords bilatéraux qui se multiplient dans le domaine commercial, se demandant jusqu'à quel point ils n'alimentent pas le risque global que constituerait l'affaiblissement ou la chute de l'Organisation mondiale du commerce. Sa réponse se veut plutôt rassurante, les pays en développement ayant, selon elle, beaucoup plus à perdre dans une aventure de ce type. Enfin, Christian Burckhardt analyse de manière approfondie les opérations militaires menées par l'Union européenne en Afrique, la République démocratique du Congo en particulier, et en tire la conclusion que les Vingt-sept les mènent moins pour des raisons humanitaires que pour servir leurs propres intérêts, celui en particulier de « renforcer leur statut de grande puissance ». Voilà, estime-t-il, qui est de nature à accroître le risque global en amoindrissant la collaboration avec d'autres acteurs tels que les Nations Unies, en affaiblissant les institutions multilatérales ou en privilégiant les réponses militaires au détriment des mesures préventives.
Dans la deuxième partie, d'autres auteurs analysent les modes de gouvernance existants et envisagent dans quelle mesure ils doivent être adaptés ou changés en vue d'être pleinement efficaces. La pertinence de la Convention de 1951 pour la protection des personnes obligées de fuir des conflits armés est ainsi étudiée par Vanessa Holzer, tandis que Joris Larik se demande si la responsabilité pénale internationale est « un oxymore ou un outil efficace pour la gouvernance du 21ème siècle » et que Nicolas Lamp s'emploie à discerner les limites démocratiques de l'Organisation mondiale du commerce. Enfin, la troisième partie présente quelques exemples de modèles alternatifs de gouvernance, Ewa Karkowski s'intéressant ainsi au caractère prétendument stable du système bancaire islamique et Carolin Görzig à différents conflits asymétriques, y compris le terrorisme, qui se perpétuent de manière stable. Dans cette partie, mentionnons tout particulièrement la contribution de Susanne Lechner qui la voit chercher à savoir si le droit de se retirer de l'Union acté dans le Traité de Lisbonne est un facteur de stabilisation accrue ou pas. Telle que résumée par les coordinateurs de l'ouvrage, sa conclusion est que « le risque de coûteuses batailles pour obtenir la sécession, d'un blocage dans le processus d'intégration ou des deux est diminué par une disposition juridique qui, à première vue, semble avoir l'effet inverse ». Ce qui confirme le propos souvent répété par Ferdinando Riccardi: la porte de l'Union est grande ouverte pour ceux qui ne s'y sentent pas à l'aise !
Michel Theys
*** JOHAN D. VAN DER VYVER: Implementation of International Law in the United States. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Rechtspolitisches Symposium / Legal Policy Symposium », n° 9. 2010, 309 p., 51,20 €. ISBN 978-3-631-59880-1.
Originaire d'Afrique du Sud où il a joué un rôle non négligeable dans le dépassement de l'apartheid et l'établissement d'une démocratie pleine et entière, Johan D. van der Vyver enseigne le droit international et les droits de l'homme aux États-Unis, étant reconnu comme une sommité en ces matières un peu partout dans le monde. Cet ouvrage est basé sur des conférences qu'il a données dans les Universités de Trèves et de Dresde afin de cerner - de manière critique mais scientifique - la manière dont les États-Unis mettent en œuvre le droit international. Dans un premier temps, il décrit différents éléments-clefs qui façonnent, au fil de l'histoire, la politique étrangère américaine, qu'il s'agisse des tentations de l'isolationnisme et de l'exceptionnalisme, du « syndrome de l'unique superpuissance », d'un certain complexe de persécution, de la volonté des États-Unis de promouvoir leurs propres intérêts, de leur conviction qu'une mission messianique mondiale leur incombe. Sur cette base, l'auteur explique ensuite de manière détaillée la manière dont les États-Unis ratifient les traités internationaux et décrit les approches de Washington pour ce qui est des tribunaux internationaux. Le tout est ponctué par une évaluation des interventions militaires américaines à la lumière des engagements pris sur le plan du droit international. Sans surprise, l'auteur considère en gros que les États-Unis ont touché le fond sous l'ère de George W. Bush et mise sur la présidence Obama pour rectifier le tir, mais sans se faire trop d'illusions car les républicains gardent voix au chapitre. (P.Bo.)
*** JING MEN, GIUSEPPE BALDUCCI (sous la dir. de): Prospects and Challenges for EU-China Relations in the 21st Century. The Partnership and Cooperation Agreement. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « College of Europe Studies », n° 12. 2010, 262 p., 44,50 €. ISBN 978-90-5201-641-2.
La Chine devient pour l'Union européenne - et pour le monde en général - un acteur d'importance capitale. Le problème est, pour l'Europe communautaire, que la Chine ne la prend pas réellement au sérieux. Aux yeux des dirigeants de Beijing (et ils ne sont pas les seuls dans ce cas, que du contraire, ce sentiment étant de mise chez beaucoup d'Européens eux-mêmes…), l'Union n'est pas encore un acteur international ni une puissance civile à part entière, elle qui compte « un trop grand nombre de dirigeants européens individuels et pas assez de leadership » qui lui soit propre. Dans l'avant-propos qui ouvre cet ouvrage, le patron de la Fondation Madariaga accolée au Collège d'Europe, Pierre Defraigne, ne se berce donc d'aucune illusion. Toutefois, il ne cède pas pour autant à la résignation ou au défaitisme. Tout au contraire puisque, selon cet ancien haut fonctionnaire de la Commission, certaines circonstances sont de nature à changer la perception chinoise de l'Union - mais, précise-t-il aussitôt, « pour le meilleur ou pour le pire ». Pour lui, la crise économique actuelle est ainsi une incitation majeure à la « coopération pour surmonter la première récession mondiale des soixante dernières années », sans compter que « les modes de consommation trop zélés » qui prévalent aux États-Unis et la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 - « un 9/15 qui pourrait peut-être éclipser le 9/11 dans les livres d'histoire » - sont annonciateurs de la fin d'une ère économique qui n'a été ni juste ni durable. Le « tsunami de Wall Street » a tout à coup redonné voix au chapitre aux keynésiens et autres régulateurs, ce qui laisse désormais planer sur la mondialisation « le risque du protectionnisme et de la fragmentation du marché ». Dans ce contexte, observe l'économiste, « un système basé sur une gouvernance mondiale et sur des règles mondiales et de la coopération » est impérativement requis afin d'assainir les choses. Or, sur ce plan, rien n'est envisageable sans la Chine. D'où l'intérêt de mieux connaître ce partenaire incontournable. Tel est l'objet de cet ouvrage qui est le prolongement d'un séminaire international ayant été consacré, en avril 2009, aux liens de coopération qui ont été noués entre l'Europe communautaire et la République populaire de Chine au cours des vingt-cinq dernières années. Sous la houlette du Pr. Jing Men, différents scientifiques analysent en particulier l'Accord de partenariat et de coopération conclu en 2007, ainsi que les points de friction et les obstacles qui subsistent, des pistes étant tracées en vue qu'ils puissent être surmontés. (MT)
*** ALEXANDER MAXWELL (sous la dir. de): The East-West Discourse. Symbolic Geography and its Consequences. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Nationalisms across the Globe », n° 8. 2011, 229 p., 37,80 €. ISBN 978-3-0343-0198-5.
Beaucoup d'êtres humains, fussent-ils responsables politiques ou éminents scientifiques, regardent leur pays comme le nombril du monde. Il en est le point central, le seul qui soit précisément à l'intersection entre l'Est et l'Ouest. Comme Alexander Maxwell l'observe dans son introduction, ce péché d'orgueil géographique - et/ou géopolitique - n'a aucune validité, mais il n'est jamais qu'une autre manifestation de cette faiblesse qui veut que « les êtres humains soient souvent égocentriques ». Car, cela va de soi, on est toujours à l'est de quelque part, et à l'ouest aussi. Pourquoi, dès lors, ce cliché banal et bancal continue-t-il à se révéler irrésistiblement attractif ? C'est afin d'apporter des réponses à cette question que ce livre a été conçu, lui qui examine la rhétorique Est-Ouest dans différents contextes historiques, tout en se focalisant sur une région précise d'Europe. En plantant le décor, le coordinateur de l'ouvrage attire notamment l'attention sur le fait que les stéréotypes Est-Ouest véhiculent souvent des jugements normatifs défavorables à l'Est, mais qu'ils peuvent s'avérer fort rentables lorsqu'ils permettent à un pays disposant de peu de moyens économiques et militaires de disposer de soutiens car il s'est fait reconnaître comme un point de transition géostratégique. Et, en l'occurrence, se présenter comme un « pont » entre l'Est et l'Ouest n'est pas toujours la panacée: il peut être beaucoup plus profitable de se profiler comme le dernier « rempart de l'Occident », ce qui fut encore un thème de campagne du Fidesz lors des législatives hongroises de 2007 - Berlin-Ouest ayant joué la même carte du rempart protégeant la démocratie et l'économie de marché face au bolchévisme, Hitler n'ayant fait qu'ouvrir déjà cette voie quelques années auparavant… Les ponts et les remparts métaphoriques sont donc à prendre avec énormément de pincettes, ce à quoi les auteurs réunis dans ces pages veillent en rappelant, entre autres, les fondements chrétiens des dichotomies géographiques apparues au Moyen Âge, les géographies symboliques cristallisées dans l'Allemagne du XIXème siècle par l'aversion envers « l'Est » russe autocratique, la même aversion ressentie par les intellectuels polonais envers le Russe ressentie comme « l'autre » oriental. Dans le même esprit, des contributions sont consacrées à la manière dont les experts anglo-saxons ont joué sur ce registre en Yougoslavie, aux perceptions ethnolinguistiques différentes observées dans la Transylvanie de l'entre-deux guerres, à la géographie symbolique des Finlandais le siècle dernier, aux évolutions perceptibles en Turquie d'Atatürk aux années 80 et au positionnement actuel sur l'échelle Est-Ouest des responsables politiques du Bélarus. (MT)
*** ANNICK GIRARDIN: Accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada: à quel prix ? Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection « Documents d'information », n° 3206. 2011, 78 p., 3,50 €. ISBN 978-2-11-132359-9.
Ce Rapport d'information voit une députée française analyser de manière critique le projet d'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada qui, à ses yeux, profiterait surtout à ce pays. L'auteur estime notamment que ce projet est « révélateur des questions sur la légitimité et la cohérence de la politique commerciale avec les autres politiques européennes » et que les Parlements ne sont pas assez informés. (MT)
*** Revue de Droit Monégasque. Principauté de Monaco (Palais de Justice, BP 513, MC-98015 Monaco cedex). 2010, n°10, 213 p., 30 €.
Couvrant les années 2008 et 2009, cette revue fait le point sur les évolutions en matière de doctrine et de législation enregistrées dans la Principauté, la jurisprudence étant commentée et présentée dans les deux autres sections. (MT)