Bruxelles, 23/05/2011 (Agence Europe) - La conférence internationale 'De quoi manger pour tous - Vers un contrat planétaire', organisée lundi 23 mai par le Comité économique et social européen (CESE), a adressé aux décideurs du G20 un message sans ambiguïté: pour assurer l'alimentation de la population mondiale qui est en expansion constante, il faut investir plus intelligemment et à plus long terme dans l'agriculture, en particulier dans les pays en développement.
Staffan Nilsson, le président du CESE, a déclaré que « la sécurité alimentaire nous concerne tous. Nous n'avons purement et simplement pas les moyens de subir une nouvelle crise agricole sur les marchés mondiaux. Nous avons besoin d'une volonté politique plus forte pour permettre aux agriculteurs de s'assurer un revenu suffisant et pour renforcer la capacité des agriculteurs à s'organiser de façon plus efficace. Investir dans une agriculture durable et inclusive, c'est investir dans l'avenir. Et n'oublions pas qu'à l'échelle de la planète, l'agriculteur est le plus souvent une femme ».
L'instabilité des prix, le changement climatique, les pressions démographiques, la rareté de l'eau et des ressources terrestres, l'absence d'informations transparentes sur les marchés ne sont que quelques-uns des phénomènes qui menacent la sécurité alimentaire mondiale. Ce qu'il nous faut, c'est une nouvelle dynamique internationale du développement agricole. L'UE, elle aussi, doit de nouveau faire figurer l'agriculture parmi ses politiques de développement et dans son programme d'action.
Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'Agriculture, a déclaré que « l'agriculture doit revenir au centre du programme de développement et avoir pour objectif premier d'augmenter la capacité mondiale de production en créant des conditions favorables aux investissements publics et privés en faveur des agriculteurs à l'échelle de la planète ». M. Ciolos a dit qu'il attendait des discussions du G20 sur la sécurité alimentaire une véritable « feuille de route pour repenser les interrelations entre les agricultures du monde ». Le G20 doit « créer une nouvelle dynamique agricole internationale et donner le ton ». Selon le commissaire, cette dynamique doit reposer sur quatre éléments: des politiques agricoles fortes, de la transparence sur les marchés, du commerce raisonné et de l'appui au développement. Sur ce dernier point, il a parlé du besoin de « nouvelle ambition pour les politiques d'appui au développement ». « Je parle d'appui au développement et non pas d'aide parce que je suis convaincu que nous devons être des facilitateurs, des accompagnateurs d'initiatives locales et non pas des prescripteurs qui arrivent avec des solutions toutes faites », a commenté M. Ciolos dans son discours devant le CESE. Il a expliqué que les cinq piliers de la future politique de développement sont: - la recherche de la valeur ajoutée ; - la structuration des agricultures locales autour d'organisations de producteurs solides ; - l'investissement dans l'agriculture de la connaissance et les transferts de connaissance ; - le renforcement des politiques de développement rural et d'amélioration de la qualité de vie en zone rurale ; - une véritable gouvernance mondiale de l'agriculture avec une implication forte des grands donateurs et une organisation internationale, la FAO, à la hauteur des enjeux.
Jean-Marc Bournigal, le directeur de cabinet du ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire, a rappelé lors d'une conférence de presse que la France avait décidé de placer l'agriculture et la volatilité des prix des matières premières agricoles « au cœur des préoccupations du G20 ». Les 22 et 23 juin prochains à Paris, le ministre français réunira les ministres de l'Agriculture du G20 pour définir des réponses aux défis agricoles.
Cinq sujets principaux sont au cœur des débats, selon M. Bournigal: - 1) l'augmentation de la production agricole, « c'est un consensus mondial ». Il faut pour cela relancer l'investissement privé et public. Il faut mieux mobiliser la recherche et l'innovation pour développer les projets en particulier au bénéfice des pays en voie de développement ; - 2) la transparence: il faut améliorer la viabilité des données (sur l'état des stocks) et utiliser de manière intelligente les données existantes (il faudrait plus d'harmonisation pour mieux partager les informations). Dans ce domaine, le projet est de créer un système d'information sur les marchés agricoles comme cela existe déjà s'agissant du pétrole ; - 3) la coordination internationale: lors des crises alimentaires récentes, chacun a pu gérer la situation « dans son coin, alors que nous vivons dans un monde où toutes les choses sont liées. Nous estimons qu'il faut un endroit pour montrer à l'opinion publique que la communauté internationale prend des décisions quand les tensions sur les marchés agricoles menacent des producteurs et des consommateurs », a expliqué M. Bournigal. L'idée serait de créer un forum de réponse rapide dans le cadre de la FAO pour améliorer la coordination internationale ; - 4) la régulation financière: « Il est impératif d'encadrer la spéculation excessive sur les marchés financiers. L'Europe y travaille, avec la révision des directives sur les marchés financiers et les États-Unis y ont beaucoup travaillé », a dit M. Bournigal ; -5) traiter la volatilité pour protéger les agriculteurs dans les pays vulnérables (instruments de couverture). La Banque mondiale travaille sur plusieurs outils pour aider les gouvernements et les organisations de producteurs à se couvrir contre les risques. Le G20 a demandé aux organisations internationales de faire des propositions « pour un système de réserves humanitaires prépositionnées dans les zones les plus vulnérables ». Il convient aussi de travailler sur l'encadrement et les limitations aux exportations au bénéfice de l'aide alimentaire.
En répondant à des questions de la presse, M. Ciolos a dit à propos des travaux pour limiter la volatilité excessive des prix, qu'il est nécessaire d'avoir plus d'informations et de données pour mieux prévoir les choses. La Commission est en train d'améliorer son système d'information et de collecte des données pour les analyser et les mettre à disposition des agriculteurs. Dans le secteur du lait, l'UE travaille à la possibilité pour les agriculteurs et les transformateurs de négocier ensemble les prix. « Ce qui suppose d'avoir des informations sur le marché, pour pouvoir adapter la production et les prix en fonction des marchés », a dit le commissaire. Il faut agir au niveau international car certaines régions qui jouent un rôle dans le commerce international ne disposent pas de ces données sur le marché ou ne les mettent pas sur la table. Il faut aussi un minimum d'encadrement des produits dérivés dans les marchés financiers, a estimé le commissaire. « Si cette spéculation n'est pas accompagnée de plus de transparence, on n'aura pas les investissements voulus dans l'agriculture », a conclu M. Ciolos.
Les conclusions tirées de la conférence par le président du CESE seront présentées sous forme de recommandations à la présidence française du G20. (L.C.)