Bruxelles, 10/05/2011 (Agence Europe) - « Nous avons besoin des nations pour réconcilier les citoyens avec le projet européen. Nous avons besoin des nations pour combattre le nationalisme. Et, dans le même temps, nous avons besoin de l'Europe pour maîtriser, humaniser, en un mot, réussir la mondialisation ». Ces quelques phrases résument assez bien le ton fédéraliste du discours intitulé « Vers une Europe nouvelle », que le commissaire au Marché intérieur, Michel Barnier, a prononcé le 9 mai en son nom personnel, sans engager la Commission, à l'Université Humboldt, à Berlin.
Inquiet de la montée dans les pays de l'UE de mouvements extrémistes et populistes, ainsi que de la méfiance, de l'indifférence et du doute diffus parmi les citoyens quant à l'utilité et au bien-fondé du projet européen, le commissaire a essayé de répondre à la question de la place et de l'influence de l'Europe dans le monde en 2050: « Voilà 60 ans que l'on construit l'Europe pour les citoyens, au nom des citoyens, mais trop souvent sans eux ». Pourtant, selon lui, s'il y a urgence à « refaire la preuve de l'Europe, des 'raisons' et de 'l'intérêt à être ensemble' » en ce temps d'incertitudes et de perte de marges de manœuvre, « l'Union des Européens n'est pas une option, mais une nécessité pour peser, compter, se protéger et être respectés » face à des géants comme les États-Unis, la Chine, l'Inde ou la Russie. Il est donc plus que temps, selon le commissaire, de remettre les Européens au cœur du projet, de leur rendre « l'envie d'être ensemble » en leur parlant « de la route sur laquelle nous sommes ensemble, des étapes, de la destination », plus que du « moteur » ou de la « mécanique européenne », en leur faisant prendre conscience des défis auxquels le monde actuel nous confronte. Parmi ceux-ci (voir les autres en page 5):
La démographie et la mobilité. « L'Europe doit rester une terre d'accueil » et doit « se doter d'une politique coordonnée de soutien à la natalité », si elle veut garder un nombre d'actifs suffisant pour soutenir l'activité économique, la croissance et financer les retraites. En fermant les frontières, « nous sacrifierions l'avenir au présent », a indiqué M. Barnier, en insistant sur la nécessité d'une politique communautaire « forte et humaniste » pour l'immigration et l'intégration (aide au développement, asile, bourses d'études), mais aussi d'instruments capables de contrôler les flux migratoires (Frontex) au sein du grand espace sans frontières qu'est Schengen (un « progrès et une décision de portée historique »).
L'énergie et le changement climatique. L'Union doit être à la pointe du combat pour stabiliser la hausse de la température moyenne mondiale à moins de 2° C en 2050. Consommer mieux en polluant moins: voilà un impératif qui peut stimuler la recherche et un développement industriel créateur d'emplois en Europe dans le secteur des énergies propres, surtout si le mouvement en faveur de l'abandon du nucléaire s'amplifie. Et de citer à cet égard une fiscalité écologique européenne (échange de quotas d'émission), qui doit accompagner ce mouvement. Cette lutte contre le changement climatique exige, selon lui, l'engagement de tous et l'Europe a intérêt à « montrer la voie » et à ne pas « attendre les autres ».
L'économie européenne. Au train où vont les choses, un seul pays de l'UE (ils sont 5 sur 27 actuellement) pourrait figurer parmi les 10 économies les plus puissantes du monde en 2050, a indiqué le commissaire. Pour inverser cette tendance, il faut « faire fonctionner pleinement le marché unique » pour donner aux entreprises (notamment aux PME) les meilleurs atouts dans la compétition internationale et pour stimuler la croissance. Cela suppose cependant de restaurer une confiance ébranlée par la crise en: - disciplinant le secteur financier et sanctionnant ses dérives ; - développant une « culture de la stabilité budgétaire » parmi les États membres pour maintenir entre eux une confiance réciproque et cimenter la solidarité monétaire dans la zone euro (il a proposé de confier la coordination de cette gouvernance à un 'Haut représentant-vice président' de la Commission chargé des Affaires économiques). L'Europe doit aussi investir plus dans l'éducation, l'innovation et la formation, se doter d'un fonds commun pour les brevets et d'un fonds pour le capital risque en faveur des PME, promouvoir ses secteurs industriels stratégiques et « avoir le courage d'imposer la réciprocité » dans ses échanges avec le reste du monde.
La cohésion sociale est une autre condition nécessaire pour développer les performances économiques: rassurer, associer et protéger les citoyens face à la pauvreté, au chômage et aux excès de quelques-uns en dotant la nouvelle UE d'un système de gouvernance qui fasse passer « le bien commun avant l'intérêt individuel » (encadrement des bonus, taxe sur les transactions financières) et qui « réoriente les mécanismes de marché au service d'un développement durable ». En cela, l'autorité publique a un rôle fondamental à jouer: elle doit stimuler la performance économique, mais aussi défendre l'équité et la cohésion sociale, orienter les acteurs et les activités économiques vers des fins collectives choisies démocratiquement et prendre le relais du secteur privé, lorsque celui-ci est défaillant (services publics). L'Europe politique ne peut se construire que sur un grand marché intégré, mais celui-ci « ne se consolidera, ne se libérera, que si les citoyens et les entreprises de chaque région se l'approprient vraiment » en permettant notamment aux jeunes de retrouver l'accès à l'ascenseur social.
La partie plus politique et institutionnelle de ce discours est traitée en page 5 de ce bulletin. (F.G.)