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Bulletin Quotidien Europe N° 10336
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/Énergie

Japon, les Vingt-sept en alerte sur le risque nucléaire

Bruxelles, 14/03/2010 (Agence Europe) - La crise nucléaire provoquée au Japon par le séisme et le tsunami du vendredi 11 mars et la peur d'un nouveau « Tchernobyl » rouvrent en grand le débat sur la sûreté nucléaire en Europe, en apportant un nouveau souffle aux opposants à la filière atomique. Günther Oettinger présidera mardi une réunion des ministres européens de l'Énergie, des autorités nationales de sûreté nucléaire et des industriels du secteur pour évaluer la situation nippone et l'état de préparation de l'UE à des incidents similaires. Au Parlement européen, où les Verts exhortent de nouveau à la sortie du nucléaire, conservateurs et sociaux-démocrates plaident en faveur de « stress tests » pour les centrales en activité dans l'UE.

Tandis que planait toujours la menace d'un « Tchernobyl » asiatique dans un Japon déjà meurtri, le commissaire à l'Énergie a jeté un pavé dans la mare lundi, n'excluant pas l'option de la fermeture de centrales nucléaires dans l'UE. « Les images du Japon nous montrent que le pire n'est pas inimaginable (…) Si nous admettons que cet événement a changé le monde et mis en doute beaucoup de ce que nous, en tant que société industrielle, croyions qui était sûr et contrôlable, nous ne pouvons rien exclure », a estimé M. Oettinger dans un entretien à la radio allemande Deutschlandfunk.

Le commissaire Oettinger a convoqué mardi à Bruxelles les ministres européens de l'Énergie, les autorités nationales chargées de la sécurité nucléaire et les représentants de l'industrie du secteur pour évaluer la situation nucléaire au Japon, et l'état de préparation de l'Europe en cas d'incidents semblables. « L'objectif est d'obtenir l'information de première main sur des plans d'urgence et des mesures de sécurité en place. Ceci inclut l'information sur les contrôles faits par des administrations nationales, les normes de sécurité pour des tremblements de terre et des circuits d'alimentation de secours pour le refroidissement des réacteurs », précise la Commission européenne dans un communiqué. M. Oettinger fera rapport à la commission de l'énergie du Parlement européen plus tard mardi, après la réunion de coordination programmée pour 14 heures.

Au cours du week-end, l'exécutif européen a mis sur pied un groupe de coordination pour informer les gouvernements nationaux, de sorte que l'UE soit au même niveau d'information. La Commission dit avoir reçu l'information de l'AIEA sur la situation au Japon de façon régulière. Concernant le risque nucléaire en Europe, la Commission rappelle que selon la directive communautaire 2009/71/Euratom établissant un cadre communautaire pour la sûreté nucléaire des installations nucléaires, les gouvernements sont responsables des règles nationales, des autorisations pour la construction et l'exploitation des centrales et du contrôle, l'UE de la protection vis-à-vis des radiations et des mesures de sauvegarde.

Reste que la crise nippone est un sérieux revers pour l'industrie nucléaire mondiale, qui a connu une renaissance ces dernières années, devant l'urgence du défi climatique, et à mesure que s'estompait le souvenir des catastrophes nucléaires de 1979 à Three Mile Island, aux États-Unis, puis 1986 à Tchernobyl en Ukraine. Elle a aussi rouvert en grand le débat sur la sûreté nucléaire en Europe, où 143 centrales sont actuellement en service - 17 en Allemagne, 7 en Belgique, 2 en Bulgarie, 8 en Espagne, 4 en Finlande, 58 en France, 4 en Hongrie, une aux Pays-Bas, 6 en République tchèque, 2 en Roumanie, 4 en Slovaquie, une en Slovénie, 10 en Suède et 19 au Royaume-Uni - et où la construction de nouvelles centrales est envisagée, aussi bien dans des États membres recourant déjà à l'atome, qu'en Italie, qui y avait déjà renoncé par le passé, et en Pologne. Et donné un nouveau souffle aux opposants au nucléaire. En France, deuxième producteur nucléaire au monde après les États-Unis, l'écologiste Daniel Cohn-Bendit, président des Verts au Parlement européen, a demandé la tenue d'un référendum sur la sortie du nucléaire. Conseiller spécial du président Nicolas Sarkozy, Henri Guaino a pour sa part estimé que cet accident pourrait favoriser l'industrie nucléaire française, dont la sécurité est la marque de fabrique de l'énergéticien nucléaire français Areva, numéro un mondial du secteur, et d'EDF, premier électricien nucléaire mondial. En Allemagne, Berlin, qui a prolongé en 2010 la durée d'exploitation des centrales nucléaires du pays, dit suivre avec attention l'évolution de la situation au Japon. Idem pour le Royaume-Uni où le gouvernement britannique prévoit un vaste programme de remplacement du parc nucléaire vieillissant. En Italie, rare pays européen exposé au risque sismique et seul membre du G8 dépourvu de centrale nucléaire, le président du Conseil Silvio Berlusconi projette de porter à 25% la part d'électricité produite issue du nucléaire, un projet que ne modifierait pas la catastrophe au Japon à ce stade.

Favorable au test de la résistance des centrales nucléaires européennes aux risques sismiques, le ministre autrichien de l'Environnement, Nikolaus Berlakovich, s'est vu rejoindre lundi par les conservateurs et sociaux-démocrates au Parlement européen. « Nous devons réexaminer nos normes de sécurité pour les réacteurs nucléaires en Europe. Il n'y a pas de risque de tsunami, mais d'autres risques comprenant l'attaque terroriste », explique l'Allemand Jo Leinen (S&D). « Nous avons besoin de test de résistance pour toutes les centrales nucléaires en Europe. Combien de temps nos systèmes de refroidissement fonctionnent après un black-out ? Les mécanismes de réponse aux crises dans les centrales européennes doivent être meilleurs qu'au Japon », insistent ses compatriotes Richard Seeber et Peter Liese (PPE). (E.H.)

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