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Bulletin Quotidien Europe N° 10336
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/libye

Après la demande arabe, ballet diplomatique sur la no-fly zone

Bruxelles, 14/03/2011 (Agence Europe) - Tous les yeux étaient rivés lundi soir, le 14 mars, sur le Conseil de sécurité de l'ONU qui devait se pencher sur la demande de la Ligue arabe d'établir une zone d'exclusion aérienne (no-fly zone) au-dessus de la Libye afin d'empêcher le colonel Kadhafi d'utiliser la force aérienne pour réprimer l'opposition et regagner le contrôle sur les territoires acquis par la rébellion. La demande de la Ligue arabe, exprimée samedi 12 au lendemain du Conseil européen extraordinaire sur la Libye, est l'une des trois conditions posées par les dirigeants de l'UE pour - éventuellement - soutenir et participer à la mise en œuvre d'une telle interdiction de survol (EUROPE n° 10334). Les deux autres conditions, rappelons-le, sont que la nécessité d'une intervention doit être clairement démontrée et, plus important, qu'il y ait une « base juridique claire » pour agir. Tout en restant majoritairement très sceptiques à propos d'une no-fly zone (qui nécessiterait une intervention militaire ciblée), les 27 ont convenu d'examiner « toutes les options nécessaires » pour assurer la sécurité de la population libyenne. Même si les conclusions du Sommet européen ne mentionnent pas le Conseil de sécurité, il est devenu évident au cours du week-end, y compris lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères en Hongrie (voir plus loin), qu'un mandat de l'ONU est indispensable pour établir une no-fly zone ou prévoir toute autre intervention militaire. Lundi, juste avant la réunion du Conseil de sécurité, l'UE s'est encore une fois dite « extrêmement préoccupée » de l'évolution en Libye où les troupes de Kadhafi poursuivaient leur offensive contre les rebelles qui semblaient perdre de plus en plus de terrain. « Nous examinions différentes options » pour mettre un terme à la violence, a dit lundi la porte-parole de Catherine Ashton. L'établissement d'une zone d'exclusion aérienne en fait partie, a-t-elle souligné, rappelant le besoin de disposer d'une « base juridique claire » pour le faire. Elle n'a pas exclu la possibilité que l'UE envoie dans les prochains jours une mission à Benghazi pour se faire une idée plus précise de l'opposition sur place.

Ashton au Caire. La Haute représentante de l'UE a été au Caire lundi 14 mars pour des entretiens avec les autorités égyptiennes transitoires ainsi qu'avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Ce dernier a informé Mme Ashton de la demande des pays arabes au Conseil de sécurité sur la no-fly zone. « Nos yeux sont maintenant dirigés vers le Conseil de sécurité », s'est limitée à commenter Mme Ashton à la presse après l'entrevue.

G8 à Paris. Mme Ashton s'est ensuite rendue à Paris où elle allait participer lundi soir et ce mardi (15 mars) à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G8. La France, présidente en exercice du G8, fait fortement pression, avec le Royaume-Uni, pour la mise en place d'une no-fly zone. « La France va accélérer, au cours des prochaines heures, ses efforts, en concertation avec ses partenaires de l'UE, de la Ligue des États arabes, du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil national libyen de transition » pour atteindre cet objectif, a dit le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avant la réunion. Le séisme au Japon, la place de l'Afrique dans la gouvernance mondiale et d'autres dossiers régionaux (Somalie, Côte d'Ivoire, Soudan, Proche-Orient, etc.) seront également à l'ordre du G8.

Gymnich à Gödöllö. La Libye a aussi dominé la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE (Gymnich) vendredi soir et samedi matin (11/12 mars) à Gödöllö, près de Budapest. Comme leurs chefs au sommet, les ministres se sont montrés très prudents face à une quelconque action militaire en Libye. Rien de vraiment nouveau donc. La réunion a tout de même permis à Alain Juppé de préciser la position de la France sur la « base juridique claire » mentionnée dans la déclaration du Conseil européen. Vendredi, à Bruxelles, Nicolas Sarkozy est resté ambigu sur la nécessité d'obtenir un mandat de l'ONU, jugeant qu'il était « préférable » et laissant entendre qu'il ne serait pas indispensable en cas de demande régionale et libyenne. A Gödöllö, M. Juppé a toutefois assuré à ses homologues que parmi les « conditions » à l'option militaire en Libye figure « un mandat des Nations Unies ». L'hôte de la réunion, le Hongrois Janos Martonyi, a également confirmé après la réunion que « tous » les ministres comprenaient par base juridique claire un mandat de l'ONU. Tout le monde a souligné que l'intervention militaire devait être envisagée seulement comme un dernier recours après épuisement de toutes les autres options. L'Allemagne a réitéré sa très grande réserve. Guido Westerwelle, le ministre allemand, a mis en garde contre ce qui pourrait être perçu par le monde arabe et musulman comme une « croisade chrétienne », ce qui mettrait en péril les démocraties naissantes dans la région, en Égypte ou en Tunisie. En raison de l'évolution sur le terrain où les forces du régime semblent de plus en plus prendre le dessus sur les rebelles, certains pays membres, comme Malte, l'Italie, Chypre et la Grèce, auraient commencé à plaider pour un appel au cessez-le-feu et au dialogue national, selon des diplomates. La Libye a aussi fait l'objet de discussions entre José Manuel Barroso et Silvio Berlusconi lundi 14 mars à Rome. Devant la presse, le président de la Commission a assuré l'Italie du soutien et de la « solidarité politique et financière » face aux conséquences des événements en Afrique du Nord, notamment sur le plan de l'immigration. « L'Europe est prête à faire preuve de solidarité et à partager le fardeau avec ceux qui sont particulièrement exposés » à la crise dans la région, a dit M. Barroso. (H.B.)

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