Bruxelles, 14/03/2011 (Agence Europe) - La Commission européenne va prochainement entamer des pourparlers en vue d'aboutir à un nouvel accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre l'UE et la Mauritanie. Le Conseil des ministres de l'UE a ainsi adopté sans débat, lundi 14 mars, la décision permettant de donner mandat à la Commission pour entamer ces négociations. Le protocole actuel expirera le 31 juillet 2012.
Pour rappel, l'accord de pêche UE/Mauritanie est le plus important conclu avec un pays tiers en termes de contribution financière de l'UE (70 millions d'euros environ par an) et de possibilités de pêche
(900 000 tonnes de captures). 110 navires communautaires disposent de licences pour pêcher dans les eaux mauritaniennes.
Lors d'un débat lundi 7 mars dernier devant le Parlement européen, Maria Damanaki, la commissaire européenne à la Pêche, a indiqué que, pour la première fois, le nouveau protocole contiendra une clause sur les droits de l'Homme et les principes démocratiques et des mesures pour lutter contre la pêche illégale. La Commission compte aussi découpler les paiements liés aux droits d'accès (compensation de l'UE pour pouvoir capturer le poisson dans les eaux de la Mauritanie et les paiements au titre du soutien sectoriel (secteur de la pêche de la Mauritanie). « Ceci permettra de réagir de manière plus efficace aux problèmes dans la mise en œuvre du soutien sectoriel et en même temps protéger les droits d'accès et les activités des navires de pêche de l'UE », a expliqué Mme Damanaki.
Au sujet du soutien sectoriel, le taux d'exécution des crédits était très élevé en 2008 et 2009. En 2010, il a été très bas (seulement 52%), a reconnu la commissaire. Ceci était dû principalement au taux élevé de retention de ces fonds par le ministère mauritanien des Finances.
L'an dernier, en accord avec la partie mauritanienne, la Commission a pris la décision de séparer en deux tranches le paiement au titre du soutien sectoriel.
La Commission a retenu 9 millions sur un total de 18 millions jusqu'à ce qu'un taux élevé d'absorption des fonds soit constaté. De plus, un nouveau mécanisme a été introduit depuis le premier semestre de 2011 afin de garantir que les fonds alloués vont directement au soutien sectoriel.
Lors du débat en plénière, Alain Cadec (PPE, français) a rappelé que c'est le seul accord - avec celui de la Guinée-Bissau - qui offre des possibilités de pêche de céphalopodes et de crustacés. Il a évoqué les quelques problèmes qui persistent dans le cadre de cet accord: - manque d'infrastructures, notamment d'un port à Nouakchott, « ce qui affecte le développement de la pêche locale et les investissements de l'Union européenne plus largement » ; - certains navires européens ont été arraisonnés par les autorités mauritaniennes, sans justification ; - des méthodes alternatives au système satellitaire de contrôle VMS prévu par l'accord sont utilisées par les autorités mauritaniennes, « ce qui rend le travail des armateurs plus difficile » ; - les armateurs de l'UE considèrent la redevance privée trop élevée par rapport aux possibilités effectives de pêche dont ils disposent. « Il faudra aussi clarifier les mesures techniques qui s'appliquent aux armateurs européens, victimes de discriminations par rapport aux autres flottes qui pêchent dans les eaux mauritaniennes », a dit Alain Cadec. Il a enfin évoqué « l'influence chinoise » dans le secteur de la pêche en Mauritanie qui s'exerce par le biais de 'joint ventures', sous couvert de pavillon mauritanien. La pêche chinoise « échappe à tout contrôle sanitaire, économique et social » et contribue au « pillage des ressources » dans les eaux mauritaniennes. Il faut que nous puissions quantifier et faire contrôler cette pêche, a conclu Alain Cadec.
Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole), la présidente de la commission de la pêche du PE, a souligné que cet accord est « vital » pour la flotte européenne et pour l'Espagne. Pour la Mauritanie, la compensation financière de l'UE représente 29% du PIB. Elle a souligné le besoin d'ajuster la compensation de l'UE aux possibilités de pêche offertes aux navires européens pour éviter que l'UE ne paye pour du « poisson de papier ou pour des ressources impossibles à capturer ». Josefa Andrés Barea (S&D, espagnole) a plaidé en faveur de la création d'un comité scientifique et de mesures pour garantir aux navires communautaires davantage de sécurité.
« Une clause sur les conséquences en cas de violation des droits de l'Homme et des principes démocratiques: c'est une excellente chose », a lancé Isabella Lövin (Verts/ALE, suédoise). Mais il faut s'assurer que les bateaux de l'UE ont accès uniquement au surplus de poisson non utilisé par les pêcheurs locaux, a dit la parlementaire.
Elle a évoqué la surexploitation des céphalopodes et la concurrence sévère entre les chalutiers de l'UE et ceux des pêcheurs locaux. « Je m'attends à ce que ces activités de pêche (aux céphalopodes) soient réduites dans le prochain accord », a déclaré Mme Lövin. (L.C.)