Gödöllö, 25/02/2011 (Agence Europe) - Les ambassadeurs des 27 siégeant au comité politique et de sécurité se sont mis d'accord, vendredi 25 février, dans l'après-midi, sur des sanctions à l'encontre des autorités libyennes en réponse à la répression violente que le régime du colonel Mouammar Kadhafi utilise pour se maintenir au pouvoir. Ces sanctions, qui pourraient, selon certaines sources, entrer en vigueur « dès le début de la semaine prochaine », consistent en des gels d'avoirs, des interdictions de visa à l'encontre des auteurs de la répression violente du mouvement de contestation, mais la liste précise des personnes visées doit encore être élaborée. Les 27 ont aussi décrété un embargo sur les armes ainsi qu'un embargo sur le matériel pouvant servir à réprimer les manifestations. Le détail des mesures doit encore être finalisé prochainement par les experts de l'UE. La décision pourrait être adoptée formellement lundi 28 février, en procédure d'urgence (par procédure de silence).
La situation en Libye a dominé la réunion informelle des ministres européens de la Défense, les 24 et 25 février à Gödöllö (Hongrie), d'abord jeudi au dîner des ministres, à la demande de Catherine Ashton pour, comme elle l'a dit lors de la conférence de presse finale, voir « comment nous pouvons mettre en commun nos ressources pour permettre l'évacuation de nos ressortissants ». Elle l'a encore été, vendredi, entre les ministres de l'UE et avec le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen.
Le Conseil de sécurité des Nations unies, qui a tenu une réunion extraordinaire vendredi, devrait adopter, lundi, une résolution sur la Libye, qui contiendrait les éléments d'une réponse coordonnée. La question de l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, qui pourrait y figurer, reste encore ouverte. Elle est toutefois toujours prise en compte dans le processus de planification de l'UE, selon les diplomates européens. Une telle option a été évoquée la veille par le ministre de la Défense français Alain Juppé et par son homologue américain Robert Gates. Celui-ci a toutefois estimé que les forces européennes, notamment françaises et italiennes, étaient les plus à même de remplir cette mission. Vendredi, il n'était toujours pas certain que tous les États membres de l'UE étaient d'accord avec cette proposition.
Catherine Ashton a affirmé en amont de la réunion que l'UE était prête à soutenir toute décision de l'ONU. Elle a toutefois exclu tout engagement militaire de l'UE en Libye. « Je ne crois pas qu'à ce stade il y a une quelconque discussion sur l'action militaire en Libye », a-t-elle dit à la presse. « Nous attendons que le Conseil de sécurité des Nations unies montre la voie », a-t-elle poursuivi, en ajoutant que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon et elle « travaillent étroitement ensemble. Elle a aussi précisé qu'elle allait s'entretenir plus tard dans la journée avec son homologue américaine Hillary Clinton (une réunion des chefs de la diplomatie européenne et américaine est prévue pour lundi ; samedi, Mme Ashton devrait rencontrer l'adjoint de Mme Clinton). L'objectif est de « synchroniser correctement ce que nous faisons au sein de l'Union européenne, et ce qui se passe au sein de la communauté internationale », a-t-elle dit. « Dans tout ce que nous faisons, l'objectif est le même: avoir un dialogue de paix » et rétablir « la démocratie » en Libye et dans la région.
« Les citoyens de la Libye comme de tous les autres pays doivent s'approprier ce processus », a-t-elle estimé. Le secrétaire général de l'OTAN a aussi convoqué, pour vendredi dans l'après- midi, une réunion extraordinaire du Conseil de l'Atlantique Nord (NAC), consacré exclusivement à la question libyenne. La veille, il avait toutefois exclu toute intervention des forces de l'OTAN en Libye. D'après lui, « l'évacuation et l'assistance humanitaire », les domaines où l'OTAN « dispose des moyens utiles », devaient être prioritaires à ce stade, a-t-il dit à la presse.
D'après le Haut représentant de l'UE, 3000 ressortissants européens se trouveraient encore en Libye. « Nombre d'entre eux avaient la double nationalité et ne souhaitent pas quitter le pays », a-t-elle précisé à la fin de la réunion. Les derniers chiffres disponibles sur l'évacuation parlent de quelque 3600 évacués. Plusieurs États membres, dont l'Italie, la France, l'Allemagne, la Grèce, ont mobilisé leurs moyens militaires pour rapatrier les ressortissants. Certains d'entre eux, comme la Pologne ou Malte, ont ouvert l'accès au rapatriement des personnes indépendamment de leur nationalité. La coordination est facilitée par l'activation depuis jeudi de la cellule de mouvement et de planification au sein de l'état-major de l'UE chargée d'identifier les capacités militaires de transport disponibles pour des éventuelles missions d'évacuation. Comme l'a fait à plusieurs reprises valoir le Haut représentant, la situation sur place « reste terrible », y compris pour le personnel consulaire. Les missions d'experts annoncées par la Commission européenne au début de la semaine pour évaluer la situation humanitaire ont bien atteint les frontières tunisiennes et égyptiennes - les deux États les plus touchés par la vague des migrants venant de Libye. À ce stade, aucun flux migratoire n'a été observé vers l'UE. Une mission de l'UE se trouverait aussi à Tripoli. (A.By.)