Bruxelles, 21/02/2011 (Agence Europe) - Alors que la mission Hermes de l'agence Frontex a commencé dimanche 20 février à être déployée en Italie pour l'aider à faire face à l'afflux récent de plus de 5000 Tunisiens sur l'île de Lampedusa, la Commission européenne ainsi que plusieurs États membres ont affiché lundi 21 février leur inquiétude quant à la situation en Libye, en proie aux contestations et à la répression, qui pourrait déclencher une nouvelle vague d'immigration vers l'UE.
La mission Hermes, activée dimanche, devrait regrouper 30 experts d'ici à 10 jours, envoyés par une dizaine de pays - dont la France, qui a confirmé lundi sa participation ainsi que la Suisse - et se concentrer dans un premier temps sur la prise en charge des migrants, à Lampedusa et dans d'autres centres de l'Italie, en les interrogeant, en identifiant leur nationalité et en détectant de possibles activités criminelles. Frontex apportera également un soutien naval et aérien à la surveillance des frontières « avec le déploiement de moyens aériens et maritimes supplémentaires à partir de Malte et de l'Italie » et s'occupera dans une dernière phrase de rapatrier les migrants qui ne bénéficieront pas de la protection internationale. À ce stade, les détails techniques de cette mission, qui devrait durer au mois jusqu'au 31 mars, n'ont pas été précisés, mais la Commission, via le porte-parole de Mme Malmström, en charge des Affaires intérieures, s'est déjà dite « prête » lundi à faire davantage pour l'Italie et à accroître les capacités d'Hermes si « nécessaire », a assuré Michele Cercone.
De fait, certains États membres, en premier lieu l'Italie, mais aussi la France et la Commission, se sont dits « inquiets » lundi de la tournure des événements en Libye, en particulier après les récentes déclarations des dirigeants libyens selon lesquelles le pays stopperait sa coopération avec l'UE en matière de gestion de l'immigration clandestine si l'UE continuait à soutenir la révolte en cours dans le pays. Un « chantage d'État inacceptable », a dénoncé lundi le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Laurent Wauquiez.
En octobre dernier, la commissaire aux Affaires intérieures avait en effet lancé à Tripoli un programme de coopération pour aider le pays à prévenir l'immigration clandestine depuis ses côtes et était depuis en pourparlers avec les dirigeants libyens pour finaliser cette coopération, notamment sur le plan financier, Tripoli ayant exigé davantage que ce que proposait la Commission. Un partenariat aujourd'hui mis en suspens par les dirigeants libyens mais qui se trouve pourtant « plus nécessaire que jamais », indiquait lundi une source diplomatique, précisant que ce partenariat devait continuer « à être poussé ». Une menace libyenne qui a aussi provoqué lundi une certaine division au sein des États membres, l'Italie, Malte mais aussi la République tchèque ayant appelé les ministres des Affaires étrangères à faire preuve de prudence dans leur condamnation de la répression libyenne de peur de ne voir Tripoli renoncer à tout contrôle de l'immigration.
Cette problématique devrait en tout cas être au cœur du prochain Conseil des ministres de l'Intérieur, jeudi 24 février à Bruxelles. À la demande de l'Italie, un débat s'y tiendra en effet sur les conséquences des récents bouleversements politiques en Afrique du Nord, en Tunisie, en Égypte et en Libye, et sur leur impact sur les flux de migrants. Lundi, l'Italie avait encore enregistré l'arrivée de 130 migrants Tunisiens sur ses côtes, selon les agences de presse, portant à 200 le nombre de nouvelles arrivées ces 3 derniers jours.
Une tendance difficilement mesurable, a déjà prévenu la Commission européenne, rappelant « qu'il faut être modestes face aux événements internationaux » et « qu'on ne peut pas savoir ce qu'il va se passer », a poursuivi le porte-parole de Mme Malmström. Mais l'Italie, elle, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Franco Frattini, a dit redouter le danger « de flux d'immigration de dimension inimaginable » et des « centaines de milliers de personnes qui pourraient venir en Europe », M. Frattini précisant par ailleurs que son pays était prêt considérer d'augmenter l'aide à ces pays, notamment l'Égypte et la Tunisie en étudiant la possibilité de prêts de la BEI jusqu'à 5 milliards d'euros sur 3 ans afin de les aider à créer de l'emploi sur place.
Lors du Conseil des ministres de l'Intérieur, les échanges devraient donc porter sur le renforcement de la surveillance des frontières de l'UE et des opérations traditionnelles que mène Frontex chaque année en Méditerranée. Ils devraient aussi débattre du renforcement de l'autonomie de cette agence, en la dotant de vrais moyens techniques et humains. Pour d'autres États membres, ces réunions à venir, entre celle du 24 février et le Sommet européen de la fin mars qui consacrera un point d'agenda à la situation, seront aussi l'occasion de faire ressurgir l'idée d'un système permanent de garde-frontières européens, explique une source, un projet porté de longue date par la France et l'Italie, poursuit cette source. (S.P.)