Bruxelles, 21/02/2011 (Agence Europe) - Les ministres des Finances du G20, réunis samedi à Paris, sont tombés d'accord sur des indicateurs économiques pour tenir sous contrôle les déséquilibres mondiaux, mais ont évité de fixer des objectifs contraignants pour les réduire, préférant, face à l'opposition de la Chine, recommander de simples « lignes directrices », selon leur communiqué final. Ils se sont aussi prononcés pour des taux de change flexibles et ont jugé la reprise solide, mais pas homogène.
Les conclusions du G20, la première rencontre cette année des ministres de l'Économie du Groupe, sous présidence française, vont être attentivement examinées à Bruxelles, à la Commission européenne, et à Francfort, à la Banque centrale européenne, en vue des négociations et des deux Sommets de mars visant à renforcer l'euro contre l'impact de la crise et la spéculation et à mieux assurer la stabilité des économies européennes, tout en donnant une poussée à la reprise.
Tout cela sur fond de tensions en Afrique du Nord et dans le Monde arabe, qui perturbent les marchés et qui engendrent des baisses des indices européens: les intervenants craignent que la hausse des prix du pétrole, suite aux événements et à l'incertitude dans des pays producteurs et exportateurs, ne pèse sur la reprise économique, tandis que les espoirs de plus de démocratie qui en découlent n'ont pas d'impact financier immédiat.
Au G20, l'UE était représentée par le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn et par le ministre des Finances hongrois György Matolcsy, qui ont défendu la position adoptée la semaine passée, lors du Conseil ÉCOFIN du 15 février. Ils ont soutenu une approche en deux étapes pour identifier les déséquilibres macro-économiques grâce à une liste limitée d'indicateurs et déterminer les causes profondes de ces déséquilibres par le biais d'une analyse approfondie à confier au FMI.
Dans le communiqué publié à Paris samedi soir, les grands argentiers de la planète disent s'être mis d'accord sur des « lignes directrices indicatives » à définir d'ici à leur prochaine réunion en avril afin d'évaluer les politiques économiques des différents États, en se basant sur une liste d'indicateurs bien établie: « Notre objectif est de nous mettre d'accord, d'ici à notre prochaine réunion en avril, sur des lignes directrices indicatives pour l'évaluation de chacun de ces indicateurs, tout en reconnaissant la nécessité de tenir compte des situations nationales ou régionales ». Ces lignes directrices ne constituent toutefois pas des objectifs à atteindre, selon le communiqué. Et les conclusions du G20 ne font pas non plus allusion à des limites chiffrées en ce qui concerne ces indicateurs, un des objectifs pourtant visés par la présidence française.
Les indicateurs de performance économique censés mesurer les grands déséquilibres mondiaux, fixés à l'issue d'un compromis avec la Chine, sont les suivants, selon une synthèse de l'AFP:
- deux indicateurs pour mesurer les déséquilibres internes: déficit et dette publique d'une part, épargne et endettement privés de l'autre. Le déficit public désigne le solde négatif entre les dépenses de la sphère publique (État, administrations territoriales et sécurité sociale) et ses recettes. Pour combler ce déficit, l'État doit emprunter et donc s'endetter. Rapporté au produit intérieur brut (PIB), l'indicateur permet de mesurer dans quelle proportion il pèse sur l'économie nationale. C'est un des critères essentiels du pacte de stabilité qui lie les pays de la zone euro. Ces derniers sont censés maintenir ce déficit à moins de 3% de leur PIB, mais, crise oblige, cette obligation est pour le moment suspendue.
La dette publique mesure l'ensemble des emprunts contractés par la sphère publique. L'épargne privée est la somme de l'épargne amassée par les ménages et les entreprises, par opposition à l'épargne des administrations publiques. Lorsque l'épargne domestique est insuffisante pour assurer les investissements nécessaires, un pays fait alors appel à l'épargne extérieure, ce qui entraîne un déficit du compte courant de la balance des paiements. L'endettement privé est la somme des emprunts contractés par les ménages et les entreprises d'un pays.
- un indicateur pour mesurer les déséquilibres externes: il est constitué de la balance commerciale, des flux nets de revenus d'investissement et des transferts, qui constituent la balance des transactions courantes, « en tenant pleinement compte du taux de change et des politiques budgétaire, monétaire ou autre ». Le solde de la balance des transactions courantes comptabilise les échanges de biens (balance commerciale), de services et les revenus des placements (dividendes, intérêts) ainsi que les revenus des travailleurs frontaliers, les envois de fonds des travailleurs et les transferts vers ou en provenance des organisations internationales. La balance commerciale, qui comptabilise les échanges de biens et services avec les pays étrangers (importations et exportations), en est une composante.
La liste ne comprend pas les réserves de change, une des mesures les plus controversées. La Chine, du haut de ses 2.700 milliards de dollars de réserves, s'y opposait, tout comme la Russie et le Brésil. Le taux de change effectif ne fait pas non plus partie des indicateurs en tant que tel, comme le souhaitait Pékin. (Gp)