Bruxelles, 21/02/2011 (Agence Europe) - Outre un débat sur la situation en Libye (voir autre nouvelle ci-dessus), le Conseil Affaires étrangères de lundi 21 février a eu une discussion sur les moyens et instruments dont l'UE dispose pour soutenir les transitions démocratiques et les réformes socio-économiques en Égypte et Tunisie. À l'initiative de six pays qui ont écrit la semaine dernière une lettre à Catherine Ashton (voir plus loin), les ministres des Affaires étrangères ont aussi entamé lundi une réflexion plus large sur une refonte de sa politique de voisinage à l'égard des pays du Sud et du monde arabe en conditionnant l'aide européenne beaucoup plus aux progrès en matière démocratie que ce n'était le cas jusqu'à présent. « Le Conseil s'engage en faveur de 'nouveaux partenariats' y compris d'aides plus efficaces pour les pays du voisinage du Sud qui poursuivent des réformes politiques et économiques (…) », affirme le Conseil dans ses conclusions adoptées lundi soir. Les 27 y soulignent aussi la nécessité de revoir les différentes coopérations existantes dans le cadre de la politique européenne de voisinage et l'Union pour la Méditerranée (UpM) « en vue de fournir une aide plus efficace qui reflète les engagements des partenaires en matière de réformes ».
Non-paper des Six. La France, l'Espagne, la Grèce, Chypre, Malte et la Slovénie avaient envoyé une lettre à Catherine Ashton le 16 février dans laquelle ils demandent au Haut représentant de réformer la politique européenne de voisinage et l'Union pour la Méditerranée (UpM) « afin de permettre à l'UE d'accompagner la transition et les réformes en cours dans la région ». Dans le non-paper intitulé « Action de l'UE en direction du voisinage du Sud », les six pays réclament notamment une plus grande différenciation des partenariats et, donc, aussi des aides allouées aux différents pays, en fonction des avancées faites par chacun des États partenaires dans le sens des valeurs de l'UE et des principes de la PEV. L'UE devrait donc proposer à chacun des partenaires du Sud une « offre globale et différenciée » qui combine: - une aide à la transformation des modèles politiques, économiques, institutionnels et sociaux (jumelages institutionnels, missions d'observation électorale, échanges de bonnes pratiques par exemple); - une coopération avec les pays du Sud dans la lutte contre le crime organisé, les trafics illicites et l'immigration illégale ; - un renforcement du dialogue politique. Les Conseils d'association de l'UE avec les pays du voisinage, qui abordent insuffisamment aujourd'hui ces questions, devraient davantage être mis à profit et valorisés. Des visites plus fréquentes de la Haute représentante devraient également être encouragées ; - un appui aux sociétés civiles. « Cette approche permettrait d'aller plus loin avec les pays du voisinage Sud engagés sur la voie des réformes en consacrant une « logique pays », qui pourrait prendre la forme de contrats de partenariat différenciés ». En même temps, l'UE devrait mieux articuler l'ensemble de ses actions en direction de la Méditerranée dans le cadre d'une stratégie macro-régionale (« macro-région méditerranéenne »), dans l'esprit de la stratégie macro-régionale des régions de la mer Baltique ou de la stratégie pour le Danube, estiment les six pays. Enfin, les aides financières aux pays du Sud de la PEV devraient être revues à la hausse. Les disparités entre les allocations accordées aux différents pays bénéficiaires de la PEV sont aujourd'hui « difficilement justifiables et soutenables », estiment les six pays. Les chiffres cités dans le non-paper sont en effet impressionnants: l'UE donne 1,8 euro par habitant par an pour l'Égypte ; 7 euros/hab/an pour la Tunisie mais 25 euros/hab/an pour la Moldavie. « Ces enveloppes devraient être revues à la lumière des événements en cours », affirment-ils.
Pas au détriment du Partenariat oriental. Janos Martonyi, le ministre hongrois des Affaires étrangères, a souligné devant la presse que le future renforcement de la politique de voisinage pour les pays du Sud ne devait en aucun cas aller de pair avec un affaiblissement des liens avec les pays voisins de l'Est. « Si nous devons aujourd'hui répondre à une urgence au sud de notre voisinage, cela ne veut pas dire que nous diminuerons notre attention vers les pays de l'Est », a-t-il dit. L'UE continuera « avec la même détermination » à promouvoir le Partenariat oriental, a dit M. Martonyi. (H.B.)