*** ALFONSO MARTINEZ ARRANZ, NATALIE J. DOYLE, PASCALINE WINAND (sous la dir. de): New Europe, New World? The European Union, Europe and the Challenges of the 21st Century. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « European Policy », n° 47. 2010, 283 p., 33,50 €. ISBN 978-90-5201-604-7.
En un quart de siècle, l'Europe communautaire a énormément changé. Le monde aussi. Sur le plan interne, l'Union s'est transformée radicalement suite à la chute du mur de Berlin, ce qui l'a amenée à bientôt compter davantage de petits et moyens États membres aux systèmes politiques plus divers. Elle est confrontée, par ailleurs, au défi permanent de se faire reconnaître par ses citoyens comme « un projet politique s'enracinant dans une légitimité populaire plutôt que comme une entreprise économique, institutionnelle et élitiste ». C'est d'autant plus vrai, observent les coordinateurs de cet ouvrage dans leur « papier » introductif, que si les traités successifs n'ont cessé d'élargir et de renforcer les compétences de l'Union (monnaie unique, affaires intérieures et judiciaires, sécurité et défense…), l'Europe communautaire a aussi semblé aller de pair, depuis le Traité de Maastricht, « avec une gestion de plus en plus apolitique de l'économie européenne et avec le démantèlement du droit du travail ou de la législation sociale dans un contexte de chômage croissant », la crise économico-financière des dernières années n'ayant évidemment rien fait pour arranger les choses. À ces tensions internes se sont ajoutés des défis externes tels que dépendance énergétique, terrorisme global, crime organisé, conflits régionaux, prolifération des armes de destruction massive… En clair, l'Union n'a pas eu le choix: elle a été contrainte de s'adapter.
Tout ce livre tourne autour de la question de savoir si elle a réussi dans cette entreprise. En clair, alors que l'Union est un acteur commercial incontournable et qu'elle est de plus en plus perçue par certains comme jouant un rôle essentiel au service de la sécurité et du bien-être dans le monde, les auteurs s'emploient à vérifier dans ces pages s'il ne s'agit pas d'un géant aux pieds d'argile. L'Union a-t-elle réussi à convaincre ses citoyens et le monde extérieur qu'elle favorise vraiment les valeurs qu'elle cherche à projeter, à savoir les droits de l'homme, la justice sociale, la démocratie, la coopération au développement, la protection de l'environnement et le multilatéralisme ? Dans les faits, est-elle perçue comme un modèle de paix et de prospérité pouvant être imité dans d'autres régions du monde ? N'est-elle pas plutôt perçue « comme une forteresse Europe, un club de pays riches résolus à protéger leurs frontières des immigrants » et à ne plus s'élargir à de nouveaux pays du sud et de l'est? Pour le dire autrement, l'Union a-t-elle « une identité exclusive ou inclusive » ? C'est à ces différentes questions que les auteurs - qui viennent d'horizons intellectuels fort variés - apportent des réponses éclairantes. L'ouvrage est structuré en trois parties. La première se focalise sur les valeurs, la culture, la migration et l'identité, plusieurs contributions visant à vérifier jusqu'a quel point les tentatives de redéfinir l'Union et d'identifier les valeurs qui sont au cœur du projet d'intégration ont été couronnées de succès. L'Union est ensuite appréhendée, dans la deuxième partie, à la lumière du nouveau rôle qu'elle tient sur la scène mondiale, elle qui oscille entre « puissance douce et dure ». Enfin, la troisième partie s'intéresse plus particulièrement à la manière dont l'Union est perçue dans la région Asie-Pacifique, l'ouvrage ayant notamment bénéficié du soutien de l'Université Monash et de la Délégation de la Commission en Australie. Au final, l'image qui apparaît au fil des pages est celle d'une « puissance civile désireuse de répandre la paix, la stabilité, le développement durable et la démocratie au-delà de ses frontières », d'une Union qui « n'est pas un 'club de riches' économique mais plutôt une force pour la justice sociale, la démocratie et la générosité à l'intérieur de ses frontières et au-delà ». Toutefois, observent les coordinateurs de l'ouvrage, l'Union ferait bien, si elle veut se réconcilier avec ses citoyens, de « redécouvrir le projet social européen », de mieux intégrer ses immigrés, de « promouvoir une citoyenneté multiculturelle inclusive » et, plus encore, de définir de manière précise l'objectif final qui est le sien. Pierre Bouvier
*** BRIGITTE KRULIC (sous la dir. de): Raison(s) d'État(s) en Europe. Traditions, usages, recompositions. Peter Lang (1 Moosstrasse, BP 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Travaux Interdisciplinaires et Plurilingues », n° 13. 2010, 261 p., 45,80 €. ISBN 978-3-0343-0419-1.
Dès le dix-septième siècle, le penseur Charles de Saint-Evremond osait cette sentence: « La raison d'État est une raison mystérieuse inventée par les politiques pour autoriser tout ce qu'ils font sans raison ». À vrai dire, la raison d'État a, de tout temps, compté fort peu de défenseurs s'affichant à visière découverte - exception faite de Charles Pasqua qui, alors qu'il était le ministre français de l'Intérieur en 1994, osa, lui, cette affirmation ahurissante: « L'État de droit s'arrête là où commence la raison d'État ». En clair, la raison d'État a déjà fait couler beaucoup d'encre, étant associée dans l'imaginaire politique européen à des politiques (le secret, le cynisme) et à des personnalités controversées (Machiavel, Richelieu, Bismarck). Ce livre est là pour prouver que la source est loin d'être tarie. Prolongeant un colloque international pluridisciplinaire ayant réuni des spécialistes d'histoire moderne et contemporaine, des juristes, des politistes et des philosophes, il commence par observer et analyser les conditions d'émergence de la notion de raison d'État aux 16e et 17e siècles, c'est-à-dire lors de l'essor de l'État moderne, tel que celui-ci a été notamment pensé par Machiavel et son compatriote François Guichardin - francisation de Francesco Guicciardini. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, ce sont quelques exemples des contextualisations de la notion de raison d'État à travers l'espace européen qui sont donnés, de la manière dont Platon l'appréhendait à travers son éloge du mensonge aux différentes figures de la raison d'État autoritaire en Allemagne de 1871 à 1933 en passant par la pensée anti-machiavélienne de Frédéric II et de Voltaire et par la lecture républicaine de la raison d'État à travers l'Affaire Dreyfus. À noter aussi, dans cette partie, une contribution que Gius Gargiulo consacre aux préfaciers du Prince que furent Mussolini, Craxi et Berlusconi, ce dernier y affirmant notamment: « Si besoin est, il faut opérer en dehors du domaine de la moralité ». Un précepte que d'aucuns jugeront appliqué au pied de la lettre par le président du Conseil italien… La dernière partie de l'ouvrage - essentiellement écrit en français, hormis une contribution en anglais et une autre en allemand - est consacrée aux recompositions contemporaines de la raison d'État, à savoir lorsque l'État de droit se retrouve confronté à l'état d'urgence et aux circonstances exceptionnelles. (MT)
*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http: //http://www.europeenformation.eu ). 2010, n° 357, 223 p., 20 €. Abonnement: 50 €.
La thématique au cœur de ce numéro de la revue créée par le fédéraliste intégral Alexandre Marc est de nature à surprendre en ce qu'elle échappe aux thèmes habituellement abordés par cette publication. Le lecteur y est en effet invité à partager différentes réflexions sur la violence collective, tant il est vrai que tout se passe comme si, vingt ans après la fin de la Guerre froide, ce thème ainsi que celui du massacre de masses reprenait corps après avoir été longtemps occulté par la violence totalitaire. Les contributions le convient ainsi, entre autres, dans l'Allemagne nazie et dans les conflits qui ont endeuillé plus récemment l'ex-Yougoslavie et le Rwanda. À noter aussi une très intéressante étude que le politologue Eddy Fougier consacre au journalisme européen - et, donc, à l'information européenne. Responsable de l'Observatoire géostratégique de l'information à l'Institut de relations internationales et stratégiques, il y mentionne abondamment l'Agence Europe comme modèle d'une presse ultra-spécialisée, mais note surtout que la « presse populaire nationalo-centrée (…) laisse le grand public largement dans l'ignorance de la chose européenne », ce qui l'amène à juger que « la création d'un média populaire européen constituerait (…) sans aucun doute un bon moyen de démocratiser » l'espace public européen. (MT)
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2010, n° 3, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.
Ce numéro de cette publication fédéraliste bien connue s'ouvre sur un éditorial dans lequel Lucio Levi juge que le modèle fédéral s'affirmera comme la formule permettant d'offrir au monde une gouvernance à niveaux multiples respectueuse des intérêts de tous. Quitte à surprendre certains, il défend… l'État-nation, tant il est vrai que l'ex-Yougoslavie et la Somalie ont bien montré que sa chute pouvait conduire au barbarisme et au tribalisme ethnique ou religieux, mais il appelle à sa transformation. À noter aussi plusieurs articles consacrés à la manière de sortir l'Europe économique et monétaire de la tourmente, sans compter une profession de foi de Ferdinando Riccardi dans la pérennité de la méthode communautaire. (MT)
*** BIRTE WASSENBERG, GIOVANNI FALEG, MARTIN W. MLODECKI (sous la dir. de): L'OTAN et l'Europe. Quels liens pour la sécurité et la défense européenne ? Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Euroclio », n° 55. 2010, 156 p., 26,90 €. ISBN 978-90-5201-599-6.
Cet ouvrage reprend les actes du premier Forum Académique sur la Sécurité en Europe qui a vu des experts d'horizons différents - militaires, universitaires, hauts fonctionnaires - faire le point, en novembre 2008 à l'Institut des hautes études européennes de l'Université de Strasbourg, sur l'état des relations entre l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord et les instances de défense européenne qui ont commencé à voir le jour. Le but des coordinateurs de la conférence et de cet ouvrage qui en rend compte a été d'approfondir les facteurs exogènes et endogènes capables d'unir ou de diviser les Vingt-sept et les États-Unis dans le domaine de la sécurité, celle-ci étant désormais globale et non plus seulement régionale. Le fil conducteur de cet ouvrage est donc de vérifier si les relations entre l'OTAN et l'Union « sont encore un vecteur commun pour la sécurité mondiale ». La première partie du livre est consacrée aux origines, aux moyens et au concept de la sécurité et de la défense en Europe après 1945, Birte Wassenberg commençant par rappeler combien l'Alliance atlantique était, à l'époque, sous le leadership américain, tandis que les modalités de la défense européenne étaient surtout déterminées par des facteurs extérieurs. Le point est aussi fait sur la coopération en matière de production d'armements depuis cette époque lointaine jusqu'à aujourd'hui. Dans la deuxième partie, d'autres auteurs s'intéressent plus spécifiquement aux relations entre OTAN, Union européenne et Russie. Enfin, la dernière partie prend les Balkans et l'Afghanistan comme cas d'étude sur la défense européenne. (MT)
*** MARCO OVERHAUS: Zivil-militärisches Zusammenwirken in der Sicherheits- und Verteidigungs-politk der EU - Operative Erfahrungen, Defizite, Entwicklungsmöglichkeiten. Stiftung Wissenschaft und Politik, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél.: (49-30) 880070 - fax.: 88007100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http: //http://www.swp-berlin.org ). Collection « SWP - Studie», n° 10. 2010, 32 p..
Créer une politique extérieure commune reste un énorme défi pour l'Union européenne et son élaboration a toujours été source de tensions entre les États membres. Sous le couvert de la politique de sécurité et de défense, les actions de l'Union ont été le plus souvent menées dans des pays et territoires avec lesquels les Vingt-sept partagent des liens forts et historiques, comme le prouvent les cas de la Bosnie-Herzégovine ou de la République Démocratique du Congo. Les opérations en ce domaine se traduisent le plus souvent par un envoi de policiers et, dans une moindre mesure, par l'envoi de militaires, une troisième option étant la coopération de ces deux forces sur le terrain. C'est ce dernier point qui est analysé dans cette publication à la lumière de deux problèmes centraux. Le premier est le manque de coopération entre la Commission européenne et le Conseil lors de l'envoi d'effectifs policiers et militaires dans des territoires étrangers, ce qui entraîne des conséquences réelles sur le terrain. Dans un second temps, l'auteur consacre une analyse détaillée au manque de coopération qui prévaut entre militaires et policiers, la majeure partie de l'étude étant consacrée aux expériences en Bosnie-Herzégovine et au Congo. Marco Overhaus évoque aussi quelques pistes qui permettraient de remédier aux carences qui affectent les opérations européennes. (JD)
*** UWE HALBACH: Ungelöste Regionalkonflikte im Südkaukasus. Stiftung Wissenschaft und Politik, Deutsches Institut für Internationale Politik und Sicherheit (voir coordonnées supra). Collection « SWP - Studie », n° 8. 2010, 36 p..
Sur le continent européen, le Caucase du Sud est l'une des régions où les conflits se succèdent et ne sont jamais pleinement résolus, comme sont encore venus en attester les événements de 2008 entre la Russie et la Géorgie. Les acteurs extérieurs à la région, y compris l'Union européenne, n'y interviennent qu'avec grande parcimonie, ce qui peut surprendre lorsque l'on se rappelle que le Caucase du Sud fait partie de la politique de voisinage de l'Union mais aussi de l'initiative « Synergie de la Mer Noire » ou du partenariat avec l'Europe de l'Est. Afin d'apporter des réponses aux interrogations que l'on peut légitimement avoir à ce propos, l'auteur de cette Étude prend d'abord soin de dresser le contexte géopolitique, d'abord de la région dans son ensemble et ensuite de manière plus détaillée pour chaque conflit: conflits de sécession en ce qui concerne la Géorgie, l'Ossétie du Sud, l'Abkhazie, sans parler du plus vieux d'entre eux, celui entre les Arméniens et les Azéris dans la région de Nagorny-Karabakh. Dans un second temps, Uwe Halbach discerne les différents acteurs qui sont engagés dans ces conflits, analysant plus précisément les rôles respectifs de la Russie et de la Turquie. Dans cette partie, il met en aussi en exergue les conditions du terrain, plus particulièrement à la lumière de la militarisation des conflits du Caucase du Sud. La dernière partie s'intéresse plus particulièrement au rôle de l'Union, l'auteur partant du principe qu'il s'agit d'un véritable défi pour elle et sa politique étrangère et de sécurité commune. (JD)