Bruxelles, 20/01/2011 (Agence Europe) - Le Parlement européen a sévèrement condamné, jeudi 20 janvier, les événements survenus au Bélarus, en demandant instamment au régime la libération « immédiate et sans conditions » de toutes les personnes détenues après le scrutin présidentiel du 19 décembre. Dans une résolution commune approuvée jeudi 20 janvier, le Parlement demande au Conseil une réintroduction des sanctions à l'égard des responsables biélorusses. Il plaide pour un examen des possibilités de suspendre la participation du Bélarus aux activités du Partenariat oriental, au plus tard lors du sommet de ce Partenariat qui se tiendra à Budapest (26 mai). Cette suspension ne devrait toutefois pas s'appliquer aux organisations non gouvernementales (ONG) ni à la société civile, estiment les députés. Ils demandent aussi la tenue de nouvelles élections ainsi qu'une révision de la politique de l'UE à l'égard du pays, qui consisterait entres autres en la redirection de l'aide financière au titre de la politique européenne de voisinage. Le Parlement propose d'envisager des sanctions économiques ciblées et le gel de toutes les aides macro-financières (prêts du FMI, de la BEI ou de la BERD). L'interdiction de visa ainsi que le gel des avoirs pourraient être étendus aux fonctionnaires de l'État, aux membres de l'appareil judiciaire ainsi qu'à certains agents de sécurité et maintenus au moins jusqu'à la libération des opposants détenus, estiment les députés.
Au cours du débat précédent le vote, Catherine Ashton a fait des remarques similaires. Pour le Haut représentant de l'UE, les événements au Bélarus ont été un choc. Ma rencontre avec le ministre des Affaires étrangères « ne m'a laissé aucun doute: ces événements sont un affront à notre conception des droits de l'homme et de la démocratie », a déclaré Lady Ashton. La position de l'Union, coordonnée avec celle de ses partenaires, doit être claire mais équilibrée, a-t-elle dit. Le soutien à la société civile doit être ciblé, se tournant notamment vers les ONG, les médias et les étudiants (en facilitant par exemple l'octroi de bourses d'études). D'après elle, une interdiction de séjour pour M. Loukachenko est une option envisageable à court terme. Elle a aussi incité à la réflexion sur la façon de mieux orienter l'aide financière sur la base des besoins de la population. Quant au plan intérimaire sur les relations à moyen terme avec le Bélarus, « il doit y avoir une pause dans ce processus, sans l'abandonner pour autant », a estimé le Haut représentant de l'UE. La politique du dialogue et de la main tendue envers les autorités biélorusses ne peut se poursuivre, a estimé après le vote le chef de la délégation du PE pour les relations avec le Bélarus, le Polonais Jacek Protasiewicz (PPE), plaidant pour les sanctions ciblées. D'autres députés comme le socialiste bulgare Kristian Vigenin ont davantage insisté, au cours du débat qui a précédé le vote, sur la nécessité de ne pas isoler les Biélorusses. L'Estonienne Kristiina Ojuland (ADLE) a proposé un Forum paneuropéen sur le futur du Bélarus ; elle déplore par ailleurs la tolérance manifestée par la Russie face aux événements qui ont accompagné les élections. La Finlandaise Heidi Hautala (Verts/ALE) a réclamé une enquête de l'OCSE ou, le cas échéant, de l'ONU. Pour le Polonais Jacek Saryusz-Wolski (PPE), l'aide au Bélarus a été trop modeste et doit être revue dans le cadre d'une stratégie à long terme. Selon lui, la façon dont l'UE répondra à la question biélorusse sera déterminante pour toute la région. Les citoyens biélorusses devraient être bienvenus dans l'Union, les gens qui les gouvernent devraient en être proscrits, selon le Tchèque Edvard Kožušnik (CRE). Retirer au Bélarus des avantages du partenariat: voici une sanction visible, qui serait bien comprise par le Bélarus, selon la Roumaine Elena Basescu (PPE). (A.By./L.G)