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Bulletin Quotidien Europe N° 10298
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Conditions pour une évolution positive des relations entre l'UE et la Tunisie, si la sagesse et l'équilibre ne sont pas submergés

Ne pas condamner le passé. Ah, la démagogie ! Une certaine dose est compréhensible dans l'affaire tunisienne, je dirais même indispensable. Un soulèvement populaire contre un régime abusif, le retrait des tyrans ou leur fuite, l'avancée de la liberté et de la démocratie ; comment ne pas les fêter, et avec une certaine emphase ? Mais le soupçon d'exagération apparaît lorsque les anathèmes investissent en même temps la coopération précédente de l'UE avec le régime qui s'est écroulé et le soutien européen à l'économie tunisienne.

On le sait: la coopération précédente était régulièrement accompagnée par la dénonciation des lacunes de la situation interne en Tunisie. Les restrictions de la liberté et les abus du régime passé étaient régulièrement dénoncés, souvent avec vigueur, par les organismes européens qui veillent au respect des droits de l'homme, et les opposants à ce régime s'exprimaient librement en Europe pour réclamer la liberté de la presse et revendiquer le droit de jouer un rôle d'opposition. Mais trois raisons au moins expliquaient l'attitude des institutions communautaires et des États membres:

a) M. Ben Ali et son parti étaient membres de l'Internationale Socialiste, qui s'est hâtée de les exclure le 17 janvier, après le soulèvement populaire. L'UE officielle aurait pu difficilement rejeter auparavant un régime qui avait l'aval de l'Internationale Socialiste ;

b) dans des cas à peu près analogues, le comportement de l'UE correspond à celui tenu à l'égard de la Tunisie, à commencer par l'exemple spectaculaire de la Chine. L'Europe n'oublie jamais, dans ses rencontres avec les autorités chinoises, d'évoquer les lacunes en matière de libertés et de droits de l'homme. Après quoi, la coopération économique, et depuis quelque temps également financière, se développe et se renforce, par des évolutions qu'il n'est pas excessif de qualifier de sensationnelles (comme l'achat par la Chine de bons du trésor de pays de l'UE en difficulté). Ceux qui s'indignent, a posteriori, pour le cas tunisien, sont-ils en train d'en faire autant à l'égard de la Chine ? Ou bien l'indignation est-elle sélective, donc plutôt hypocrite ?

c) l'ouverture de l'UE à la coopération avec la Tunisie représente un élément essentiel des perspectives économiques tunisiennes, l'une des rares possibilités d'avenir pour les jeunes qui ont osé la rébellion, dont les perspectives étaient et restent largement liées à la coopération économique et financière avec l'UE. Il est facile de condamner, de Bruxelles (ou de Strasbourg), le projet de « statut avancé » de partenariat. Pour les jeunes femmes, le finissage pour l'industrie européenne du textile et de l'habillement représente des milliers d'emplois ; les jeunes hommes sont très actifs dans le domaine touristique. S'y ajoutent la fabrication de composants et de pièces détachées pour l'automobile. Ce sont des piliers de l'activité des jeunes tunisiens, qui n'existeraient pas si l'UE avait refusé, avec beaucoup de dignité, de coopérer avec le régime en place, en attendant qu'il s'améliore.

Situation financière assez largement positive. Certes, le degré de liberté et d'initiatives conquis grâce au courage des jeunes tunisiens pourra ouvrir, par lui-même, des perspectives de développement (avec l'espoir que le résultat des élections annoncées n'aille pas dans la direction de l'ancien cas algérien analogue, avec la victoire du fanatisme religieux) en vertu notamment de la restitution au pays des richesses volées par le tyran, sa famille et son entourage. Que penser de cette femme ignoble qui, si les informations publiées sont exactes, se serait enfuie avec une tonne et demie d'or volée à son pays ? Quoi qu'il lui arrive, elle l'aura mérité.

Ainsi que l'a écrit un observateur de la situation financière de la Tunisie, « la disparition des parasites devrait lever une hypothèque et permettre de revoir à la hausse la note du pays ». Il n'y a pas de dette extérieure écrasante (elle ne dépasserait pas les 47% du produit intérieur brut) et le pays devrait être en mesure de refinancer aisément, en avril et septembre, la dette de 775 millions de dollars qui arrive à échéance. Les investissements étrangers sont significatifs et le taux de croissance demeure tonique. Au-delà de certaines polémiques partiellement artificielles, tout indique que les perspectives sont raisonnablement favorables, si le nouveau régime politique qui est en train de se mettre en place est sage et s'il confirme, voire renforce les liens avec l'Europe, en direction du statut avancé de partenariat.

(F.R.)

 

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