Bruxelles, 12/01/2011 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté, mercredi 12 janvier 2011, son examen annuel de la croissance, document énonçant des actions clés de nature à sortir définitivement l'Union européenne de la crise. Ces actions se focalisent sur l'assainissement des finances publiques, les réformes structurelles au niveau national et les mesures européennes susceptibles de stimuler la reprise économique. La présentation du document marque le coup d'envoi du « semestre européen », à travers lequel les États membres présentent à l'échelon européen les grandes lignes de leur budget national (et de leur programme de réforme économique) pour l'année suivante avant adoption par le parlement national (EUROPE n° 10289). Elle intervient à un moment où les tensions sur le marché de la dette souveraine libellée en euro restent fortes. Une situation poussant la Commission à se prononcer en faveur d'un accroissement de la Facilité EFSF, mécanisme intergouvernemental mobilisé pour soutenir la zone euro (voir autre nouvelle).
« Nous introduisons pour la première fois une dimension européenne authentique dans l'élaboration des politiques budgétaires et économiques nationales. Bien sûr les États membres prendront les décisions finales. Mais à partir de maintenant, chaque État membre apportera ex ante une dimension européenne dans la définition et la prise de décision de ses politiques nationales », a déclaré le président de la Commission José Manuel Durão Barroso. Selon le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn, « le message clé est le suivant: nous avons besoin à la fois de la consolidation budgétaire et des réformes structurelles pour créer les conditions d'une croissance durable et de la création d'emplois ». Accueillant favorablement le lancement du semestre européen, la présidence hongroise s'engage dans un communiqué à lancer « immédiatement » les discussions au Conseil « de façon à ce que le Conseil européen (de mars) puisse fournir des recommandations pour la préparation des programmes économiques nationaux » attendus pour mi-avril.
La consolidation budgétaire constitue la première priorité aux yeux de la Commission. Sans assainissement des finances publiques, l'UE est « à la merci des marchés », a souligné M. Rehn, pour qui l'UE doit sortir du « cercle vicieux » créé par un endettement public excessif, des marchés financiers instables et une croissance économique atone. Pour 2011, la Commission préconise des ajustements annuels budgétaires supérieurs à 0,5% du PIB tout en maintenant les investissements propices à la croissance (ex: éducation, recherche, innovation). S'ils doivent augmenter les impôts, les États membres devraient se concentrer sur la fiscalité indirecte (ex: TVA) et augmenter les bases fiscales plutôt que les taux. En matière de déséquilibres macro-économiques, la Commission est d'avis que les pays accusant un déficit de leur balance courante devraient strictement limiter les augmentations salariales. Ceux (ex: Allemagne) qui bénéficient d'excédents de leur balance courante doivent identifier les causes pénalisant la consommation interne. En 2010, la dette publique brute agrégée a atteint 85% du Produit intérieur brut de la zone euro et 80% du PIB de l'UE.
Pour éviter « une croissance économique sans création d'emplois », nous devons remettre les gens au travail pour atteindre l'objectif de taux d'emploi de « 75% » inscrit dans la stratégie « EUROPE2020 », a indiqué le commissaire européen à l'Emploi et aux Affaires sociales László Andor. Il a notamment préconisé un relèvement de l'âge du départ à la retraite en liaison avec l'espérance de vie, une réduction des régimes de départ anticipé à la retraite et une taxation qui pénalise moins le travail. Interrogé sur la réforme en cours en Espagne qui pourrait fixer à 67 ans l'âge de la retraite, M. Andor a indiqué que « l'Espagne avait la chance d'avoir une espérance de vie élevée mais la malchance d'avoir un chômage élevé ». Concernant les mesures européennes stimulant la croissance, la Commission veut stimuler le potentiel de croissance offert par l'achèvement du marché intérieur. Elle suivra notamment avec attention la mise en œuvre de la directive « services » et du troisième paquet relatif au marché intérieur de l'énergie (EUROPE n° 10290). Elle proposera cette année l'harmonisation de l'assiette de l'impôt des sociétés, une initiative « bénéfique pour le marché intérieur » et qui simplifiera la vie des entreprises, selon M. Barroso. Enfin, dans ses propositions sur la prochain cadre financier pluriannuel, l'institution européenne fera des propositions portant sur des « émissions obligataires de l'UE » destinées à financer la mise en place de partenariats public-privé pour la réalisation d'investissements prioritaires. (M.B.)