Bruxelles, 12/01/2011 (Agence Europe) - Pour développer une véritable politique étrangère et de sécurité commune, « l'Union européenne ne doit pas parler d'une seule voix, mais avec 27 voix différentes qui transmettent toutes le même message », a affirmé Catherine Ashton lors d'une conférence intitulée 'A fresh start for Europe in the world' organisée mercredi 12 janvier par le groupe socialiste (S&D) au Parlement européen. Il n'y a « pas de doute » que si les 27 adoptent et défendent une position commune sur des problèmes, l'Europe est plus forte et davantage entendue dans le monde, a dit le haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères. Elle a cité des exemples qui, selon elle, confirment cette affirmation: appui diplomatique à une « solution des deux États » pour résoudre le conflit israélo-palestinien, appel à la démocratisation du Belarus, soutien de la double approche (diplomatie et sanctions) à l'égard de Téhéran à propos du programme nucléaire, lutte contre la piraterie au large des côtes de Somalie.
Le service européen pour l'action extérieure (SEAE), créé par le Traité de Lisbonne et opérationnel depuis le 1er janvier dernier, sera un instrument crucial pour développer la politique étrangère et de sécurité commune, mais le service, pour des raisons pratiques évidents (il ne dispose d'un budget que depuis une semaine …) « n'est qu'à ses débuts », a souligné Mme Ashton. S'il est juste d'affirmer que l'Europe est un 'soft power', « cela ne veut pas dire que nous sommes doux » car l'UE est déterminée à défendre vigoureusement ses valeurs dans le monde et à refléter dans sa politique étrangère et de sécurité son attachement à la démocratie, l'État de droit et les droits de l'Homme, a expliqué Mme Ashton.
L'UE doit utiliser « ses muscles politiques, combinés à sa force économique pour faire la différence dans le monde ». Une priorité doit être accordée aux pays qui entourent l'UE « car je suis sûre que l'Union européenne est jugée dans le monde avant tout par ce qu'elle fait dans son propre voisinage », a-t-elle estimé. C'est en ayant cela à l'esprit que l'UE est prête à faciliter le dialogue entre la Serbie et le Kosovo, à aider la Bosnie-Herzégovine à sortir de l'impasse politique et institutionnelle et à faire du progrès dans le processus d'intégration européenne des pays des Balkans occidentaux, mais aussi de la Turquie, a dit le haut représentant. Mme Ashton sera ce jeudi 13 janvier en Turquie pour parler des relations bilatérales mais aussi pour préparer les négociations avec les Iraniens sur le nucléaire qui auront lieu la semaine prochaine à Istanbul.
Martin Schulz, le chef du groupe S&D au PE, avait introduit le débat par quelques remarques et suggestions sur l'avenir de la PESC. Les citoyens européens demandent que l'UE joue un rôle politique plus important dans le monde « et ils ont raison de réclamer cela », a-t-il dit. Une puissance économique importante comme l'UE ne peut pas se soustraire à sa responsabilité politique internationale, « les deux vont de pair », a souligné M. Schulz. La politique étrangère et de sécurité commune du 21è siècle doit soutenir un multilatéralisme effectif, promouvoir le consensus et la coopération et soutenir la démocratie, l'État de droit et les droits de l'Homme dans le monde. Le recours à la force militaire ne doit être permis qu'en dernier recours et seulement quand elle est légitimée par les Nations unies et conforme au droit international, a souligné M. Schulz. Le SEAE est indispensable pour renforcer la PESC mais le succès du service dépendra de la volonté des États membres de coopérer et d'accepter le transfert d'une partie de sa souveraineté nationale en matière de politique étrangère vers le niveau supranational au profit d'une nouvelle « souveraineté collective », a dit l'eurodéputé allemand. Le Parlement européen devrait, lui aussi, profiter du « nouvel esprit » et obtenir, par exemple, un accès aux mandats de négociation lors des négociations sur des accords internationaux, a-t-il affirmé. Les 'partenariats stratégiques' de l'UE avec les principales puissances du monde (USA, Chine, Inde, Russie, etc.) sont encore « trop vagues » et doivent donc être précisés et renforcés, a encore dit M. Schulz. L'UE devrait aussi se fixer comme « objectif à long terme » d'obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. (H.B.)