Bruxelles, 11/01/2011 (Agence Europe) - Dans une lettre adressée ce mardi par e-mail au commissaire Olli Rehn (Affaires économiques et monétaires), le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES) John Monks critique vertement le rôle des fonctionnaires de la Commission dans la mise en œuvre des plans de sauvetage de l'UE/FMI. Il demande une réunion d'urgence pour clarifier la situation, et avertit que la CES ne soutiendra pas des propositions sur la gouvernance économique ainsi que toute modification du traité s'y référant. Copie de la lettre de M. Monks a été envoyée au président de la Commission européenne José Manuel Barroso, au commissaire en charge de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Inclusion László Andor, au président du Conseil européen Herman Van Rompuy, au directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, au président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, au Premier ministre de Hongrie (qui exerce la présidence tournante de l'UE) Viktor Orbán, ainsi qu'au directeur général de BusinessEurope Philippe De Buck.
Voici l'intégralité de la lettre de John Monks:
« Monsieur le Commissaire,
Je reçois actuellement des rapports de syndicats grecs et irlandais concernant le rôle de vos fonctionnaires dans la mise en oeuvre des plans de sauvetage de l'UE/du FMI.
L'accusation spécifique est que les fonctionnaires de la Commission ne tiennent pas compte des processus de dialogue social et de négociation collective et interviennent directement sur les marchés de l'emploi de ces pays. Des diktats sont prononcés afin de réduire les niveaux de vie. Des propositions émanent de la Commission qui visent à réduire les salaires minimum et à atténuer les “rigidités” salariales, à diminuer les droits à la pension, à rendre les marchés du travail plus flexibles et, dans le cas de l'Irlande, à permettre aux salaires de refléter les “conditions du marché” (les termes entre guillemets sont extraits de la correspondance de M. Szekely de la DG Affaires économiques et financières).
Je ne devrais pas vous rappeler que cette politique d'interférence marquée dans les marchés du travail bafoue toutes les pieuses déclarations de la Commission concernant l'autonomie des partenaires sociaux, l'importance du dialogue social et l'exclusion spécifique dans les traités de l'UE d'une compétence européenne sur les salaires.
En fait, elle constitue une attaque contre l'Europe sociale et présente un net contraste avec la vision très souple et non-interventionniste concernant l'augmentation rapide des niveaux des hauts salaires, y compris les bonus des banques.
Il est clair à présent que cette attaque est un exemple type de pression à la baisse encouragée par la Commission sur les conditions sociales de l'Europe. Les propositions concernant la gouvernance économique généraliseront probablement ces pressions dans la zone euro et au-delà, et ne s'appliqueront pas seulement aux pays confrontés à des difficultés sur les marchés mondiaux des obligations.
Dans ces circonstances, je vous demande une réunion d'urgence afin de clarifier ces questions et je vous signale qu'il sera impossible à la CES de soutenir une action de l'UE dans cette direction, ou des propositions sur la gouvernance économique - ainsi que tout nouveau traité qui les contient - qui ressemblent à certains égards aux dispositions sur la réparation (punition) du Traité de Versailles, et réduisent les États membres à un statut quasi colonial.
Dans l'attente de votre réponse immédiate à ma demande, je vous prie d'agréer l'expression de mes sincères salutations ». (G. B.)