Bruxelles, 11/01/2011 (Agence Europe) - La délégation parlementaire européenne pour les relations avec le Maghreb a organisé mardi 11 janvier une réunion spéciale à Bruxelles pour délivrer une « réaction rapide » aux événements en Tunisie et en Algérie. Les débats introduits par le président de la délégation, Pier Antonio Panzeri (Partito Democratico), en présence de Hugues Mingarelli, directeur général adjoint à la DG Relations extérieures de la Commission européenne (en charge du Moyen-Orient et de la Méditerranée) ont été conclus, malgré le très faible nombre de députés présents, par une déclaration commune qui appelle à instaurer une stricte conditionnalité entre la poursuite des négociations sur un « statut avancé » - dans le cas de la Tunisie - et le retour à la normale et l'évolution vers un comportement qui serait pour les députés européens démocratiquement acceptable. Autre invité à la tribune, Mathieu Routier, représentant du réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme. Il a dressé un tableau alarmant de la situation tunisienne et évoqué les soucis que suscitent la situation en Algérie.
Pier Antonio Panzeri a souligné que les revendications (en Tunisie) sont à l'origine sociales mais se sont transformées en exigence politique d'une démocratisation de la vie politique et sociale. Pour en sortir, il met en avant « le besoin de Maghreb » et appelle l'UE à agir dans ce sens. Il a annoncé l'envoi dans quelques semaines d'une mission d'information aussi bien en Tunisie qu'en Algérie.
M. Mingarelli a rappelé le texte commun de Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et du commissaire à l'Élargissement Štefan Füle publié lundi 10 janvier dans lequel ils déplorent le recours à la violence et, en même temps, exhortent au dialogue et soulignent le besoin de prendre en compte l'inquiétude sociale exprimée par les manifestants. « Nous sommes prêts à redoubler d'efforts pour aider (la Tunisie) à réaliser ses réformes » et à combattre le « mal-être de la jeunesse », Mais, a-t-il dit, « si la répression atteint un certain point, il sera difficile » d'aider le gouvernement tunisien car « il y a des évolutions qui sont inacceptables ».
« La Commission habite sur une autre planète », a estimé Hélène Flautre (Verts/ALE, française) qui a fustigé aussi bien ce qu'elle ressent comme une prudence excessive de la part de l'UE vis-à-vis de la Tunisie que la politique du président Ben Ali. « Franchement, votre discours n'est pas crédible et ne sert à rien », a-t-elle dit à la Commission. Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL, française) a confessé que la déclaration de la Commission lui est « restée en travers de la gorge ». Carmen Romero Lopez (S&D, espagnole), Robert Rochefort (ADLE, français), Malika Benarab-Attou (Verts/ALE, française) ont appelé à un surcroît de sévérité. M. Mingarelli a confirmé que la Commission réfléchit à la conduite à tenir: poursuivre les négociations avec la Tunisie et inciter à davantage d'ouverture ou bien de les suspendre. Les eurodéputés demandent la « convocation d'urgence d'un Conseil d'association » et de conditionner politiquement la poursuite des négociations. Un projet de résolution sera présenté et voté la semaine prochaine en plénière à Strasbourg. (F.B.)