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Bulletin Quotidien Europe N° 10291
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Nouvelles réalités et perspectives de la coopération entre l'UE et la Chine

Soutien à l'euro ? Les faux pas et les erreurs tactiques de la Chine sont très rares. Depuis qu'elle a choisi la voie de la coopération avec l'Europe, elle suit cette voie avec tact et constance, jusqu'à l'achat de bons du trésor (en euros) émis par les États membres qui rencontrent des difficultés pour les placer. Les responsables politiques et économiques chinois se sont beaucoup déplacés dans l'UE, ces derniers temps, et ils ont été en mesure de clarifier les positions de leur pays, de répondre à certaines critiques, d'apaiser certaines préoccupations et de clarifier et justifier leurs initiatives et leurs attitudes. Le moteur de cette attitude n'est pas une sympathie soudaine pour l'Europe ; c'est un choix conforme aux intérêts du pays. Tant mieux, car c'est bien ce facteur qui garantit la durabilité et l'efficacité de la nouvelle orientation.

Prenons le cas de la monnaie. La Chine détient un volume ahurissant de dollars, et elle n'a aucun intérêt à ce que ces réserves, accumulées au cours des années, perdent de leur valeur. L'attitude américaine consiste à ne pas soutenir la cotation du dollar, laissant le marché en décider, ce qui oblige la Chine à s'en soucier elle-même, sous peine de voir se déprécier radicalement ses réserves monétaires. À Washington, le slogan célèbre est toujours valable: « Le dollar est notre monnaie mais il est votre problème ». Si la Chine se libère d'un coup d'une partie significative de ses dollars; ceux-ci seraient automatiquement dévalués ; il est préférable de souscrire des bons du Trésor en euros, même émis par les pays de l'UE en difficulté. L'opération est évidemment positive aussi pour ces derniers, que ce soit le Portugal ou l'Espagne ; sauf évolutions imprévues, elle se concrétisera sans doute. En attendant les eurobonds…

Les « terres rares ». Deuxième cas: les métaux stratégiques issus des terres rares, dont la Chine aurait presque le monopole. Karel De Gucht avait jugé inacceptable toute limitation artificielle de leur exportation. Mais il a été ensuite clarifié que la Chine détient non pas les 95% des réserves mondiales connues, mais à peu près un tiers, tout en étant souvent l'unique producteur/exportateur ou presque (jusqu'à 97% des quantités disponibles sur les marchés). Elle est en train de réduire progressivement sa production en faisant valoir des raisons essentiellement environnementales ; et on sait que la protection de l'environnement est admise par l'OMC en tant qu'exception aux règles du libre-échange. Si la Chine limite non pas les exportations en elles-mêmes, mais le volume de sa production, en s'alignant sur les précautions environnementales appliquées ailleurs, il devient malaisé de l'accuser de protectionnisme commercial. La réponse correcte sera le recours partiel aux sources d'autre provenance (Australie, Californie, Inde, Vietnam, selon les cas, et surtout Afrique), et encore plus le recyclage et le progrès technologique en améliorant le rendement ou en mettant au point des produits alternatifs.

Dossiers à clarifier. Si les autorités chinoises consolident les nouvelles attitudes de coopération, il existe bien d'autres dossiers qui doivent être clarifiés: respect du côté chinois des brevets et de la propriété intellectuelle, conditions des investissements étrangers en Chine, anomalies dans le soutien public aux entreprises chinoises exportatrices. De l'avis de certains analystes, le surplus chinois dans le commerce avec l'UE résulte pour l'essentiel de la piraterie informatique ; si les Chinois, au lieu de copier le software, en achètent les licences, ventes et achats UE/Chine seraient proches de l'égalité. S'y ajoutent les dossiers carrément équivoques, tels que les soupçons de corruption de dirigeants européens dans le secteur automobile (affaire Renault) ; mais on glisse ici dans la criminalité de haut niveau, dans laquelle logiquement les autorités n'acceptent pas d'être impliquées ; que la justice suive son cours. Dans l'ensemble, les dernières réunions euro-chinoises portaient sur tous les aspects des relations réciproques et même les désaccords sur certains dossiers et les réticences européennes à accepter certaines des demandes chinoises sont à présent accueillies de l'autre côté avec compréhension et avec une certaine sérénité (du moins apparente). Beaucoup de chemin doit encore être parcouru pour que la situation soit satisfaisante, concernant notamment la propriété intellectuelle, l'honnêteté des étiquetages et la qualité de certaines catégories de produits. Et l'UE doit prendre au sérieux le dossier délicat et essentiel de l'achat massif d'entreprises européennes sur lequel le vice-président de la Commission européenne Antonio Tajani a attiré l'attention.

La conclusion est claire: avec les Chinois, il faut s'habituer à coopérer, à présent qu'ils paraissent disposés à le faire. Certes, il est normal aussi de garder à l'ordre du jour les protestations de nature politique qui parfois s'imposent, car l'indignation a aussi ses mérites et ses exigences. Mais les anathèmes de principe ne peuvent pas mettre en cause l'imbrication économique, si celle-ci prend de l'ampleur.

(F.R.)

 

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