Bruxelles, 04/11/2010 (Agence Europe) - Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet s'est prononcé en faveur d'une « conditionnalité la plus forte possible » au déclenchement du futur mécanisme permanent de gestion de crise pour la zone euro, jeudi 4 novembre à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE qui a décidé de laisser inchangés ses principaux taux d'intérêt. Selon lui, la création ex ante d'un tel mécanisme doit absolument éviter que les pays de la zone euro poursuivent des politiques économiques « incontrôlées ». « Toutes les modalités (du mécanisme) doivent être élaborées de manière à engendrer des politiques les plus sensées et contribuer à éviter une instabilité financière systémique », a-t-il considéré. Il a cité l'exemple du Fonds monétaire international (FMI) en tant qu'organisation qui, moyennant une conditionnalité très forte, aide certains pays à relever leur économie. Selon M. Trichet, l'hypothèse normale de départ du FMI n'est pas de prévoir d'emblée une restructuration de la dette du pays soutenu. « Ici, l'hypothèse est exactement inverse », a-t-il souligné.
Le Conseil européen a décidé en fin de semaine la mise sur pied à l'horizon 2013 d'un mécanisme permanent de gestion de crise (EUROPE n° 10247). Il a chargé la Commission européenne de faire des propositions sur les modalités de cet instrument et le président du Conseil européen Herman Van Rompuy de consulter ses homologues en vue d'une révision limitée du Traité de Lisbonne afin d'asseoir l'instrument sur une base juridique solide. L'Allemagne a fortement insisté pour que le mécanisme intègre le secteur privé. La BCE est réticente à cette idée et à ce que le mécanisme envisage à l'avance la possibilité de restructurer la dette d'un pays de la zone euro. « J'ai fait des remarques au Conseil européen adressées aux présidents et aux premiers ministres. Elles n'étaient pas adressées à d'autres interlocuteurs et je n'ai jamais rendu public ce que j'ai dit. On a communiqué là-dessus. Je ne démens pas ce qui a été dit par d'autres », a fait savoir M. Trichet.
Concernant les travaux de la 'task force' sur la réforme de la gouvernance économique pilotée par M. Van Rompuy, le président de la BCE a estimé que les propositions endossées par le Conseil européen représentent certes « un renforcement » du cadre existant de surveillance budgétaire et macro-économique. « Cependant, le Conseil des gouverneurs considère qu'elles ne vont pas aussi loin que le saut qualitatif en matière de gouvernance économique qu'il appelle de ses vœux », a-t-il nuancé. La BCE s'inquiète du degré insuffisant d'automaticité des sanctions qui seraient infligées à un pays de la zone euro enfreignant le Pacte de stabilité et de croissance. Même chose concernant l'absence dans les recommandations de la 'task force' de toute référence à une règle chiffrée pour la réduction de la dette publique et à des sanctions financières dans le cadre de la surveillance macro-économique. La BCE recommande également que la procédure de surveillance macro-économique, qui devra se focaliser sur les pays en proie à de fortes pertes de compétitivité et à des déficits importants de leurs comptes courants, prévoit des facteurs déclencheurs transparents et efficaces ainsi qu'une large publicité des mesures préconisées.
Irlande. Le gouvernement irlandais s'apprêtait jeudi à dévoiler une partie du plan d'austérité d'un montant avoisinant les 15 milliards d'euros sur quatre ans pour faire face aux difficultés économiques du pays exacerbées par la nationalisation d'une partie du secteur bancaire irlandais. Le coût d'emprunt à dix ans pour l'Irlande atteignait de nouveaux records, avoisinant les niveaux auxquels la Grèce était confrontée au moment de son sauvetage financier. « Quinze milliards ne sont pas insuffisants de notre point de vue », a dit M. Trichet, n'ayant aucune raison de penser que les marchés seront déçus par les mesures qui seront annoncées. (M.B.)