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Bulletin Quotidien Europe N° 10188
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'affaire du Kosovo du point de vue européen - Points fermes et divergences

Les banalités… Quelles pourraient être les répercussions pour l'UE des évolutions du dossier du Kosovo ? Cette rubrique n'a pas vocation à commenter toutes les affaires du monde. Mais l'UE est dans ce cas directement impliquée car tous les pays des Balkans ont vocation à l'adhésion ; et c'est à elle de décider cas par cas, personne n'a le droit de le faire en son nom (même si cette tentation semble assez forte à Washington). Dans ce cas-ci, on le sait, les divergences sont internes à l'UE: cinq États membres ne reconnaissent pas le Kosovo en tant que pays souverain. En s'exprimant au nom de tous, Mme Ashton n'a pas pu aller au-delà de quelques banalités: l'UE se fonde sur les bonnes relations avec tous les pays voisins, l'avenir de la Serbie et du Kosovo (ensemble ou séparés ?) est dans l'UE, les autorités des deux parties doivent dialoguer. En ajoutant bien entendu que l'UE est prête à faciliter ce dialogue (voir notre bulletin précédent).

… et les divergences. Mais il suffit de se tourner vers le Parlement européen pour que les différences soient mises en lumière. Bernd Posselt, en s'exprimant non pas au nom de son groupe (le PPE), mais en tant que rapporteur sur le Kosovo, a invité les autorités serbes à « faire face enfin à la réalité » et à considérer comme une chance ce qui arrive: si la Serbie renonce à l'illusion de retrouver la maîtrise du Kosovo, les portes de l'Europe lui sont ouvertes. La zone ethniquement serbe du Kosovo indépendant pourra bénéficier d'une forme d'autonomie, mais l'hypothèse que cette zone puisse passer à la Serbie est, selon M. Posselt, à exclure, et il invite les pays de l'UE qui n'ont pas encore reconnu le Kosovo à le faire tout de suite. Un autre parlementaire, Mario Borghezio, va plus loin: il affirme que l'avis de la Cour de justice de l'ONU est valable pour toutes les « Nations sans État » qui existent dans l'UE, en citant les Flandres, la Corse, Euskadi (c'est-à-dire le Pays basque espagnol) et la «Padania» à laquelle il estime d'appartenir.

Ambiguïtés. On le voit, l'idée que le Kosovo soit un cas particulier ne constituant pas un précédent n'est pas partagée par tous. Le texte intégral de l'avis de l'ONU en précise la portée et les limites, en expliquant qu'il n'a pas une portée générale valable pour d'autres cas plus ou moins analogues ; mais ce n'est pas la perception générale, ni l'utilisation qui est faite de cet avis. L'attitude des pays qui n'ont pas reconnu le Kosovo en tant que nouvel État dérive dans chaque cas, on le sait, de leur situation interne ; je ne me réfère pas seulement aux pays communautaires comme l'Espagne et Chypre, dont on connaît les raisons, mais aussi à la Russie et à la Chine. Certaines positions nationales sont même contradictoires. Moscou rejette a priori l'hypothèse que la Tchétchénie ou une autre entité du Caucase quitte la Fédération russe, mais lorsqu'une ancienne province de la Géorgie proclame son indépendance, elle est tout de suite reconnue.

La position du Kosovo lui-même paraît ambiguë: il considère que les anciennes frontières de la Serbie, reconnues par l'ONU, ne sont pas intangibles, mais ses propres frontières, il les déclare intouchables, et l'hypothèse que la zone habitée par la minorité serbe puisse passer de l'autre côté est rejetée a priori (par les autorités de Pristina et par M. Posselt). Quels sont alors les principes à respecter ?

Les conditions pour qu'un État existe. Certains politologues estiment qu'un État n'existe pas parce qu'il est reconnu, mais qu'il est reconnu parce qu'il existe. Et pour exister, il doit être en mesure de se gérer, de percevoir les impôts, de payer ses fonctionnaires, d'être vraiment autonome: selon cette thèse«, il n'y a pas lieu de reconnaître qui ne remplit pas les critères objectifs pour être un État ».

Ce n'est pas le rôle de cette rubrique de prendre position sur ces concepts. Mais on peut s'interroger sur l'attitude de l'UE dans sa politique d'élargissement. Il est vrai que, lorsque les négociations d'adhésion sont en cours, le respect des conditions nécessaires est examiné par la Commission européenne chapitre par chapitre ; et ceci provoque parfois des lenteurs, des retards, des malentendus. Si l'interlocuteur est un vrai État, cette attitude rigoureuse a des aspects positifs ; par exemple, un pays comme la Croatie est incité à résoudre ses conflits ou divergences avec les pays voisins pour accélérer le processus. Mais il faut éviter qu'un candidat considère l'adhésion à l'UE comme une arme pour renforcer sa propre position par rapport aux pays voisins, ou pour transférer carrément à l'Europe le poids de son existence. Il faut rappeler en permanence que le premier objectif de l'unité européenne était la réconciliation entre les peuples qui s'étaient déchirés dans les pires conflits de l'histoire ; et aussi qu'un État, pour être considéré comme tel, doit avoir les moyens de son autonomie et ne pas être un semi-protectorat de l'UE ou de l'ONU, ni avoir un régime largement dominé par la corruption ou le crime organisé. Ces concepts ne se réfèrent ni au Kosovo ni à aucun autre pays spécifique, ils ont un caractère général ; cette rubrique y reviendra demain.

(F.R.)

 

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