Bruxelles, 26/07/2010 (Agence Europe) - Six banques allemandes - Deutsche Bank, Hypo Real Estate, les mutuelles DZ et WGZ, Landesbank Berlin et dans une moindre mesure Postbank - sur les quatorze établissements allemands ayant été soumis aux tests de résistance bancaire n'ont pas publié de données relatives à leur exposition aux dettes souveraines. Un tel engagement avait pourtant été pris par les superviseurs nationaux réunis au sein du Comité européen des contrôleurs bancaires (CEBS), qui a piloté l'exercice de simulation.
Publiés vendredi soir, les résultats des « stress tests » bancaires ont montré que sept banques européennes - cinq caisses d'épargne espagnoles (Banca Cívica, Banca Espiga, Caixa Catalunya, Unimm et Cajasur), une allemande (Hypo Real Estate) et une grecque (ATEBank), toutes déjà sous perfusion publique - sur un total de 91 banques européennes avaient échoué aux tests de résistance (EUROPE n° 10187). Ces banques nécessiteraient 3,5 milliards d'euros pour se recapitaliser dont 1,2 milliard pour l'allemande HRE et 1,03 milliard pour le groupe de caisses catalanes Diada. Lundi, les marchés réagissaient plutôt positivement, mais sans euphorie, à la publication des résultats.
Réactions. Les autorités des pays où certaines banques n'ont pas passé le test se veulent positives. Le ministère espagnol de l'Économie a estimé, dans un communiqué publié vendredi, que l'Espagne est l'État membre le plus transparent et rigoureux en matière de publication des résultats des « stress tests ». Avec un exercice national couvrant à 95% du système bancaire national par rapport à l'objectif d'une couverture de 50%, « l'Espagne a souhaité aller bien au-delà dans le domaine de la transparence avec l'objectif de dissiper tous les doutes pouvant exister sur l'ensemble du système financier espagnol », souligne-t-il. Madrid a aussi opté pour une publication plus détaillée d'informations, notamment en matière de crédit immobilier. Les autorités espagnoles indiquent avoir obtenu, vendredi, le feu vert de la Commission européenne pour proroger jusqu'à fin 2010 le mécanisme de soutien public au système financier. Lors du Conseil européen de juin, la Présidence espagnole du premier semestre 2010 avait obtenu la publication des « stress tests » à l'échelle de l'Union européenne (EUROPE n° 10162). Par voie de communiqué, le ministre grec des Finances, George Papaconstantinou, s'est félicité, vendredi, de la capacité du système bancaire grec à faire face aux « conditions extrêmes » imposées par les tests de résistance. Selon lui, avec le plan national de recapitalisation et le Fonds de stabilité financière, le gouvernement grec dispose des mécanismes suffisants pour soutenir le système financier et l'économie dans son ensemble. Au regard des paramètres définis par le « stress test », seule la banque Hypo Real Estate se situerait en-dessous du seuil de solvabilité requis, reconnaît le ministère allemand des Finances. Il souligne que l'exercice n'avait pas tenu compte de la restructuration en cours de HRE qui prévoit notamment une recapitalisation au second semestre 2010.
Les réactions issues du Parlement européen ne se sont pas faites attendre. « Les tests ont été effectués avec des hypothèses réalistes, permettant de se faire une bonne idée de la résistance des banques à d'éventuelles difficultés financières », juge Jean-Paul Gauzès (PPE, français). « Ces bons résultats ne doivent pas nous amener à négliger la mise en place de normes, notamment en matière d'exigences de fonds propres », insiste-t-il. Pour le leader du groupe libéral Guy Verhofstadt, la publication des résultats des tests de résistance bancaire constitue « une étape vitale pour rassurer les marchés sur la santé et la solidité du secteur financier européen » et elle devra « jeter les bases en vue de l'élaboration de plans pluriannuels, solides et sensés, qui feront sortir les pays de l'UE de la récession économique ». Au nom du groupe S&D, l'Allemand Udo Bullmann estime que les banques, une fois les tests finalisés, devront jouer à plein leur rôle de financeur de l'économie. Il appelle à la création d'un « fonds européen financé par les banques » pour la restructuration d'institutions défaillantes.
En revanche, Sven Giegold (Verts/ALE, allemand) s'est fait l'écho de critiques visant le manque de sévérité de l'exercice conduit par le CEBS. Les « stress tests » bancaires ont reposé sur des hypothèses qui s'avèrent « plutôt complaisantes et sujettes à la méfiance », considère-t-il. Les scénarios étudiés envisageaient une récession économique « bien moindre » que celle de 2008 en tablant sur une croissance zéro pour 2010 et sur une récession de 0,4% du PIB européen pour 2011. En outre, l'impact des pertes liées à l'exposition des bancaires aux dettes souveraines ne concerneraient que les actifs détenus dans leur portefeuille de négociation (« trading book ») alors que « 90% » de cette exposition seraient inscrits à leur portefeuille de crédit (« banking book »). « Les tests n'ont pas pris en compte le défaut d'un pays de la zone euro bien que ce soit ce que beaucoup d'acteurs du marché redoutent », affirme M. Giegold, pour qui les dépréciations d'actifs dues à la récente crise financière et toujours inscrites aux bilans bancaires n'ont pas non plus été comptabilisées. (M.B.)