Le sens des responsabilités. Les débats du Parlement européen deviennent de plus en plus substantiels et efficaces. Lorsque ses pouvoirs dépassaient à peine la faculté d'exprimer une opinion, une certaine rhétorique s'imposait: il fallait crier fort pour être entendu. À présent, colégislateur à égalité avec le Conseil, le PE est en train de devenir l'institution la plus efficace pour faire avancer la construction européenne. Les débats de cette semaine sur la Présidence belge du Conseil et sur la supervision financière indiquent que la priorité est, pour la majorité parlementaire, de faire progresser l'Europe. Si cela implique le blocage d'un projet du Conseil, la porte est laissée ouverte à la recherche d'un compromis, à la condition de sauvegarder l'essentiel.
Eurosceptiques bienvenus. Un élément qui, à mon avis, contribue au renforcement du prestige et de l'efficacité du PE réside dans la présence de parlementaires eurosceptiques. Ils ont évidemment le droit de défendre leurs thèses, et leur vote pèse en proportion de l'appui populaire qu'ils ont obtenu. Leur participation aux débats et leur droit de vote démolit la légende selon laquelle l'opposition à la construction européenne ne peut pas s'exprimer dans le cadre communautaire. Nigel Farage a félicité les Islandais pour leur « chance » de ne pas faire partie de l'UE, les invitant à bien réfléchir avant d'adhérer. C'est un bon conseil: tout pays candidat doit réfléchir à quoi il s'engage avec l'adhésion. Pour qui ne partage pas les objectifs communs et ne s'engage pas à respecter les règles, il est préférable de s'abstenir.
On continue à constater en revanche que pour les media la recherche du sensationnel, surtout dans le sens négatif, demeure souvent la priorité. Cette rubrique d'hier, en évoquant brièvement les difficultés autour de la supervision de l'activité financière, n'a pas caché les divergences qui subsistent et les difficultés à surmonter. Mais la presse préfère en général parler d'une impasse plutôt que d'un débat qui se poursuit, et titrer que l'Autorité européenne a sauté en l'air plutôt que constater que des divergences subsistent.
Le sens des formules. Il a été souvent question, autour du débat « finances », d'une comparaison entre l'efficacité des États-Unis dans les décisions en matière financière, par une réglementation globale, et les difficultés qu'impose à l'Europe la nécessité de mettre d'accord 27 États membres point par point. Sylvie Goulard, du groupe libéral, qui a le sens des formules, a observé: « On ne peut pas refuser l'Europe fédérale et nous comparer sans arrêt à un pays fédéral comme les États-Unis. » Invitation opportune à la réflexion. L'instrument existe, mais… Cette rubrique s'étant concentrée cette semaine sur les questions économiques et financières, elle n'a pas cité, parmi les avancées de la construction européenne la confirmation définitive de l'accord entre Parlement, Conseil et Commission sur le service diplomatique commun. Les parlementaires lui ont attribué l'importance que cette réalisation mérite (voir notre bulletin d'hier). L'instrument pour définir progressivement une future politique étrangère européenne sera d'ici quelques mois opérationnel, et l'hypothèse d'une politique commune de défense devient un peu moins aléatoire. Mais n'exagérons pas les félicitations, car le chemin est encore long entre la création juridique de l'instrument et son fonctionnement effectif, et bien des points d'interrogation subsistent. Cette rubrique y reviendra.
M. Obama et l'adhésion turque … à l'UE. Le président des États-Unis a confirmé cette semaine, dans une interview, son appui à l'adhésion de la Turquie à l'UE. À son avis, « ce serait sage ». C'est une attitude compréhensible du point de vue américain. Barack Obama estime que, si les Turcs regardent ailleurs et prennent des initiatives parfois malheureuses (comme la tentative de jouer le rôle de médiateur avec l'Iran en matière nucléaire), c'est parce qu'ils ont l'impression de ne pas être considérés comme appartenant à la famille européenne. Il faut, à son avis, démontrer à la Turquie les avantages de son « intégration à l'Occident». Cette rubrique s'est efforcée de prouver que le plongeon d'Ankara dans la politique asiatique répond à la volonté de jouer à l'est un rôle croissant pour des raisons d'intérêt national, et que la Turquie n'y renoncera jamais. L'intégration dans l'Occident, c'est une expression, à mon avis, malheureuse.
M. Schulz a raison. Je crois en revanche que le président du groupe socialiste du PE, Martin Schulz, a raison lorsqu'il réclame un débat de clarification au sein de l'UE sur les intentions des États membres à l'égard de l'adhésion turque. Faire semblant de poursuivre les négociations alors qu'elles sont en pratique bloquées et que M. Sarkozy et Mme Merkel ont exprimé explicitement leur appui à une solution alternative, c'est hypocrite et c'est déloyal à l'égard des Turcs ; c'est « la meilleure manière de détruire nos bonnes relations avec la Turquie », a dit le parlementaire socialiste. Il a raison.
(F.R.)