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Bulletin Quotidien Europe N° 10159
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'économie réelle doit prévaloir sur les manœuvres financières

La mise en place progressive de la gouvernance économique européenne (expression qui devient presque banale, alors qu'elle était autrefois pratiquement interdite) reste d'actualité car elle sera au centre des délibérations du Conseil européen de jeudi. Mais elle ne doit pas faire oublier l'opération parallèle de la mise au point progressive des nouvelles règles de gestion du monde de la finance.

Un aspect de la position allemande qui pourrait devenir européen. En ce deuxième domaine, l'évolution de l'Allemagne a frappé pour sa fermeté. Les autorités allemandes ont pris pratiquement la tête, en Europe et dans le monde, du mouvement tendant à affirmer, et à concrétiser, la prééminence de l'économie réelle sur l'économie fondée sur les manœuvres financières. Cette orientation peut paraître rhétorique et presque banale ; on ne compte plus les responsables politiques et les autorités qui condamnent, en termes très fermes, les excès de la spéculation financière ; cette rubrique en a cité trois exemples (Valéry Giscard d'Estaing, Giulio Tremonti, Jean-Claude Trichet, bulletin n° 10153) particulièrement éloquents. Or, les Allemands sont peut-être moins éloquents mais ils agissent. Ayant constaté qu'il était difficile de réaliser l'unanimité de la zone euro pour interdire aux opérateurs financiers de vendre les actions et obligations qu'ils ne possèdent pas, le gouvernement allemand a pris cette mesure à lui seul; et après avoir récolté pas mal de critiques pour le caractère national de son initiative, il l'a confirmée et élargie. Ensuite, la mesure unilatérale est devenue une démarche franco-allemande au niveau le plus élevé (lettre cosignée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, voir notre bulletin n° 10156), invitant la Commission européenne à présenter rapidement « l'ensemble des pistes d'action envisageables » en vue d'une législation communautaire. La Commission y travaillait déjà pour son compte et sa proposition était prévue pour septembre ; va-t-elle accélérer ce calendrier ?

Les mesures allemandes avaient été critiquées non seulement pour leur caractère unilatéral mais aussi parce que certains aspects de leur contenu pourraient nuire, semble-t-il, à la liquidité des marchés. Mais la signification politique de l'initiative de Berlin demeure: elle indique la voie pour un retour à une économie essentiellement fondée sur la production des biens, les progrès technologiques, l'innovation. Cette orientation devrait être largement partagée. Le fait que la France et l'Allemagne aient effectué une démarche commune contre les abus est en lui-même encourageant. Il revient aux forces politiques de définir les règles optimales, en résistant notamment aux réticences, aux pressions et parfois aux chantages du monde de la finance.

Enjeu mondial. La normative envisagée ne pourra être vraiment efficace que si elle s'applique au niveau européen d'abord, au niveau mondial ensuite. Il serait trop facile, dans le cas contraire, de contourner les interdictions en déplaçant les opérations. Ici se situe, au-delà des innombrables aspects techniques et réglementaires, l'enjeu essentiel des travaux en cours sur le plan communautaire (avec la participation active de toutes les institutions, et notamment du Parlement européen qui utilise efficacement ses nouveaux pouvoirs de co-législateur à égalité avec le Conseil) et dans la préparation du Sommet du G 20.

Profitable pour tous. Il ne faut jamais oublier que l'orientation visant à réévaluer l'économie réelle est fondamentalement positive pour tous. Certes, l'Allemagne bénéficie de la qualité reconnue de ses produits pour consolider sa position de premier exportateur mondial ; mais son industrie confie de plus en plus à des entreprises d'autres États membres la fabrication de pièces détachées et même la conception de certains produits. La balance commerciale entre l'Allemagne et la République tchèque est excédentaire pour cette dernière ! La tendance à faire fabriquer à l'extérieur de l'UE, notamment en Chine, une partie des produits de marque est peut-être en train de se ralentir à l'avantage des pays communautaires, lesquels sont plus proches et offrent davantage de garantie du point de vue de la qualité et du respect de la propriété intellectuelle. La capacité exportatrice de l'Allemagne est positive pour l'UE dans son ensemble, à la condition -selon la plupart des économistes- que la stratégie économique de Berlin devienne plus encourageante en matière de consommation interne. Et c'est ici que l'aspect normatif des travaux sur les disciplines du monde de la finance se rattache au débat plus vaste sur la gouvernance économique de la zone euro. Les deux volets sont liés.

Mais on ne peut pas oublier l'élément mondial cité plus haut: la nouvelle réglementation financière doit avoir pour l'essentiel une dimension mondiale. Au niveau européen, les progrès sont considérables ; mais certaines anticipations sur les perspectives du prochain G 20 ne sont pas encourageantes. La prééminence de l'économie réelle sur la spéculation financière devrait représenter un point ferme, clairement affirmé et présent à l'esprit même dans les travaux techniques les plus complexes.

(F.R.)

 

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