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Bulletin Quotidien Europe N° 10151
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Signification et limites des décisions imminentes de l'UE sur le climat

Divergences, incertitudes et choix politiques. La querelle à propos de l'attitude de l'UE dans le domaine du climat s'est durcie, au point de prendre un ton, par moments, désagréable. Ce ne sont pas des opinions qu'on échange mais parfois des anathèmes et des insultes ; ce n'est plus un débat mais une guerre de religion. C'est vrai que l'enjeu est colossal: l'avenir de l'humanité, la vie sur la terre, le sort de notre planète minuscule dans l'immensité de l'espace. Mais on a, par moments, l'impression que ces enjeux deviennent un prétexte pour défendre des ambitions personnelles, des rivalités politiques, voire des intérêts financiers. Notre bulletin a respecté l'équilibre de l'information en présentant de manière objective les différentes positions. Se former une opinion personnelle n'est pas aisé, tellement les arguments en présence s'opposent, les uns et les autres s'appuyant sur des études scientifiques et des preuves recueillies sur le terrain. Des savants qui étudient les problèmes climatiques depuis des décennies parviennent à des conclusions radicalement différentes.

Certains choix politiques sont quand même possibles et même nécessaires. On peut donner la priorité à la croissance économique ou bien contester la manière dont cette croissance est calculée. On peut considérer le libre-échange comme un objectif prioritaire, ou bien estimer que dans le domaine agro-alimentaire le critère quantitatif n'est pas le plus approprié, et que des exigences écologiques appliquées aux importations sont justifiées. Je crois que la Commission européenne et la commissaire à l'Environnement Connie Hedegaard en particulier ont fait le bon choix en présentant les résultats des études approfondies effectuées à propos de la possibilité, des conditions et des effets d'engagements supplémentaires de l'UE (porter de 20 à 30% la réduction des émissions des gaz à effet de serre à l'horizon 2020), tout en constatant que différentes options sont possibles et en évitant de recommander formellement la décision à prendre: il reviendra au Conseil européen des 17/18 juin de décider, à la lumière des délibérations du Conseil Environnement de la semaine prochaine. Les analyses prouvent que le saut à 30% est économiquement soutenable (à condition de réciprocité) et qu'il comporte même des avantages; notre bulletin a clairement résumé la position réelle de la Commission (N°10146) et les réactions qu'elle a suscitées (N° 10147), tout en constatant que chacun retient, du document de la Commission, les aspects favorables à sa thèse. On revient ainsi au point de départ: les évaluations des choix possibles diffèrent, que ce soit à propos de l'avenir du pétrole, ou de l'énergie nucléaire, ou de certaines énergies alternatives (l'énergie éolienne en particulier). Ce qui rend pratiquement impossible la définition de solutions politiques globales définitives tenant compte de tous les aspects et susceptibles d'obtenir un consensus général.

Objectifs limités. Et alors ? Je crois qu'un certain pragmatisme est inévitable. Aucun responsable politique ne peut affirmer qu'il détient la vérité absolue. Les décisions à prendre, les orientations à retenir, doivent essentiellement répondre à des problèmes concrets et avoir des objectifs opérationnels, en se fondant sur les connaissances acquises et en mettant fin aux excès et abus existants ou prévisibles: c'est un domaine très vaste, ce dernier, allant de la destruction des forêts à la pollution des océans, de la protection de la biodiversité (trop souvent négligée, ou traitée à part comme si elle n'était pas largement liée à la question de l'énergie), sans oublier les intérêts financiers parfois ignobles (ces éoliennes fabriquées à grands frais dans des zones où le vent est presque inexistant !). Mais il faut être conscient que ce n'est pas une délibération du Conseil, ni un vote majoritaire au Parlement européen qui clarifiera dans quelle mesure le réchauffement climatique est déterminé par l'action humaine et dans quelle mesure il dépend d'évolutions terrestres ou extra-terrestres sur lesquelles l'homme n'a qu'une influence négligeable. Depuis que notre petite planète existe, son climat a subi des transformations radicales, des millions d'années avant l'existence de l'homo sapiens. Les cimes des Alpes étaient sous la mer, les dinosaures ont dominé la terre pendant 60 millions d'années alors que la prédominance de l'homme est toute récente, quelques secondes dans l'histoire de la terre. Les savants ont calculé le moment où le soleil aura épuisé son activité et notre planète aura disparu.

Dans un tel contexte, il semble présomptueux de s'imaginer que le sort de l'humanité et de la terre dépend du pourcentage (20 ou 30% ?) à fixer dans les prochaines semaines pour les émissions de gaz, ou du nombre exact d'euros que l'UE versera dans les prochains mois ou dans les prochaines années pour aider un groupe de pays à lutter contre le changement climatique. Mais ces décisions, il faut les prendre.

Et il faudrait ajouter aux discussions en cours un élément essentiel: la réflexion sur la place correcte et équitable de l'homme dans la nature. Cette rubrique y reviendra.

(F.R.)

 

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