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Bulletin Quotidien Europe N° 10143
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/Égypte

Catherine Ashton « encourage vivement le gouvernement égyptien » à lever l'état de siège et à ne pas utiliser les lois antiterroristes pour mater l'opposition démocratique

Bruxelles, 20/05/2010 (Agence Europe) - Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré, en réaction à la décision égyptienne de proroger de deux ans l'état de siège appliqué depuis 29 ans: « Je prends acte de la décision de l'Égypte de limiter le nouvel état d'urgence à la lutte contre le terrorisme, son financement et la criminalité liée à la drogue. Cependant, j'encourage vivement le gouvernement égyptien à accélérer les mesures qui permettront d'adopter au plus vite une loi antiterroriste conforme aux normes internationales en matière de droits de l'Homme, compte tenu des engagements qu'il a pris à cet égard dans le plan d'action UE/Égypte et dans d'autres enceintes ». L'UE a régulièrement exprimé le souhait que soit levé cet état de siège et marqué au cours de la récente session du Conseil d'association que c'est son « principal sujet de préoccupation » parmi tous ceux visés par le dialogue politique formel ouvert au titre de l'accord qui les lie.

L'UE garde ainsi un ton assez prudent pour ne pas froisser un pays devenu l'interlocuteur obligé dans le processus de normalisation des relations arabes avec Israël et qui conserve un rang prépondérant dans la mise en place de l'Union pour la Méditerranée (un « sommet » UE/Égypte devrait être organisé samedi 5 juin à Barcelone, la veille de celui prévu avec l'ensemble des chefs d'État de l'UpM les 6 et 7 juin). L'Égypte, co-présidente de l'UpM depuis juillet 2008, verrait à cette occasion son mandat prolongé pour un nouveau terme biennal. Aucun autre pays n'ayant à ce jour manifesté le désir de la remplacer. Le désintérêt arabe affecterait même le Maroc que l'on pressentait pour remplacer l'Égypte. Rabat préférerait plutôt occuper la co-présidence de l'ARLEM (Assemblée euroméditerranéenne des collectivités locales), plus utile pour sa stratégie de sortie de la crise sahraouie.

L'UE se veut aussi prudente pour ne pas interférer avec une situation intérieure égyptienne très délicate, en lien avec la succession, déjà ouverte, de Hosni Moubarak, 82 ans et dont l'état de santé n'augure pas d'une nouvelle candidature à la présidence. Revenant il y a plus d'une semaine au Caire après une période de convalescence suite à une opération chirurgicale en Allemagne, le président avait mis en garde une opposition dopée par la perspective d'une candidature non approuvée officiellement, celle en particulier de l'ancien directeur général de l'AIEA contre le fils, Gamal Moubarak, présumé candidat « naturel »: « L'entrée potentielle de Mohamed El Baradei sur la scène politique (est) comme une bouffée d'air frais », écrit un éditorialiste égyptien proche de l'opposition. Mais, pour le président Moubarak, parlant à l'occasion de la fête du travail, « en cette période délicate, il ne peut y avoir de place pour ceux qui mêlent changement et chaos ». Il avait dit « éprouver des appréhensions face à ceux qui glissent (...) vers l'agitation et exposent ainsi l'Égypte et ses fils aux dangers de la régression ». Peu convaincue, l'opposition se mobilise dans la perspective de l'élection présidentielle de 2011 et, selon les médias, M. El Baradei s'est dit « prêt à se présenter, à condition que le scrutin soit libre et exempt de fraudes et que la Constitution soit révisée pour lever les restrictions pesant sur les candidats indépendants ».

L'UE se borne pour l'heure à souhaiter que les autorités égyptiennes saisissent cette « opportunité de montrer leur engagement à tenir des élections libres et loyales », selon les standards internationaux et elle offre déjà son « assistance pour la mise au point d'un cadre électoral » avec des règles démocratiques et se tient prête à dépêcher des observateurs, si Le Caire le souhaite. (F.B.)

 

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