Bruxelles, 20/05/2010 (Agence Europe) - À quelques semaines du second Sommet de l'Union pour la Méditerranée, dont la tenue le 7 juin à Barcelone est pour l'instant encore bien incertaine, le Parlement apporte son soutien au processus de coopération euro-méditerranéen. En adoptant, jeudi 20 mai, le rapport du socialiste français Vincent Peillon, les députés appellent à faire du rendez-vous de Barcelone « une réussite pour la mise en route des institutions de l'UpM et la mise en œuvre des grands projets ».
Le rapport souligne d'emblée que « les tensions politiques et les conflits régionaux en Méditerranée ne doivent pas freiner la possibilité d'avancer concrètement vers des coopérations sectorielles et multilatérales » qui contribueront « à développer un climat de confiance propice à la poursuite des objectifs de justice et de sécurité commune, dans un esprit de solidarité et de paix ». Les députés pointent aussi les limites de la politique de voisinage, qui, en privilégiant les relations bilatérales au détriment d'une approche globale, n'a « pas permis de contribuer à un processus d'intégration et de réformes significatives dans la région ». Ils demandent aussi un « renforcement considérable » des moyens destinés à l'UpM dans les perspectives financières de l'UE pour la période 2014-2020 et proposent la création d'une banque euro-méditerranéenne d'investissement et de développement. Et d'insister sur le nécessaire contrôle démocratique de la structure de l'UpM, par le biais de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne (APEM).
Les compromis réalisés pour rédiger ce rapport n'en ont pas altéré la substance, a souligné le rapporteur, lors du débat qui a précédé le vote. Pour M. Peillon, « l'important pour nous, c'est de faire comprendre qu'il y a un enjeu stratégique pour l'Europe ». Les enjeux économique, démographique, géopolitique ou socioculturel imposent aux deux rives de travailler ensemble et il faut s'engager à faire de la région « un espace de paix et de prospérité pour 800 millions d'habitants », a-t-il martelé. « Nous n'avons pas évité d'aborder la question des conflits dans le sud, mais nous avons voulu affirmer que la démarche de l'UpM était la bonne méthode pour contribuer à la résolution de ces conflits », par des activités concrètes. Et d'exhorter les chefs d'État et de gouvernement à s'engager pour que le sommet de Barcelone soit une réussite, en particulier pour clarifier le financement des projets dans les six grands secteurs (la protection civile, les autoroutes de la mer et les autoroutes terrestres, la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire méditerranéen, l'Initiative pour l'expansion des affaires en Méditerranée et l'université euro-méditerranéenne).
Approuvant ce discours, le commissaire chargé de l'Élargissement et de la Politique de voisinage, Stefan Füle, a lui aussi appelé à une véritable coopération dans l'espace méridional. L'intégration régionale est un élément essentiel pour cet espace très dynamique, a-t-il rappelé en insistant pour que les jeunes soient au centre des préoccupations (en terme de mobilité notamment). « Ils doivent être les principaux destinataires de nos efforts », a affirmé le commissaire.
Pour Marielle De Sarnez (ADLE, française), « l'urgence est plus que jamais à la relance de l'UpM » et la Commission européenne devrait être « plus allante ». Au nom du PPE, Marietta Giannakou (grecque) s'est félicitée que le rapport se concentre sur un certain nombre d'objectifs quantifiables. Elle insiste aussi pour « doter l'UpM d'un budget concret via les perspectives financières ». La première, elle a fustigé l'absence « surprenante » de la Présidence espagnole lors du débat, ce qui n'est pas de bon augure pour le prochain Sommet. Saluant un rapport très concret et très précis, Raimon Obiols (S&D, espagnol) aurait « souhaité que cette précision s'applique à l'UpM » qui connaît encore « des problèmes de définition ». « L'UpM est un projet très important mais il n'évolue pas à la vitesse que l'on souhaiterait », a également constaté Ivo Vajgl (ADLE, slovène). Il appelle lui aussi à se concentrer sur les générations futures pour affronter les problèmes politiques que l'UE pourrait contribuer à résoudre en s'investissant plus fortement.
Alors qu'une visite d'une délégation parlementaire est programmée en territoires palestiniens la semaine prochaine, Malika Benarab-Attou (Verts/ALE, française) s'est interrogée sur les raisons qui empêchent l'aide de l'UE d'arriver dans les écoles de la bande de Gaza. Elle a surtout critiqué la décision du président de la commission des Affaires étrangères de ne pas prendre part à ce déplacement, à la demande, selon elle, des autorités israéliennes. « Le président de notre commission discrédite l'ensemble de notre Parlement », « il n'a pas été à la hauteur de ses fonctions », estime-t-elle, en appelant à la démission de Gabriele Albertini (PPE, italien) de la présidence de la commission AFET.
Conscient que les conflits israélo-palestinien, au Sahara occidental, ou concernant Chypre Nord sont autant d'obstacles qui perturbent le fonctionnement de l'UpM, Willy Meyer (GUE-NGL, espagnol) plaide pour « une plus grande fermeté face à tous ces gouvernements qui ne respectent pas le droit international ». Son collègue Takis Hadjigeorgiou (GUE/NGL, chypriote) a lui aussi déploré qu'aucune proposition concrète ne soit avancée pour essayer de surmonter ces grands problèmes politiques dans la région. Nous comprenons qu'il faut permettre le fonctionnement de l'UpM, mais fermer les yeux et prétendre qu'il ne se passe rien à Gaza est improductif. « Nous devons aborder de manière plus directe » ces problèmes, a-t-il suggéré. Comme le souligne le rapport, « les conflits ne doivent pas freiner les développements sectoriels », a rétorqué Pier Antonio Panzeri (S&D, italien), pour qui le secrétariat de Barcelone devra être en mesure de fonctionner correctement et de financer les grands projets. Pour Dominique Baudis (PPE, français), l'UpM est « une chance pour le développement de nos relations avec les pays de l'est et du sud du bassin méditerranéen », mais « nous ne pouvons négliger ni les potentiels de cette région ni les périls dont elle est porteuse ». Alors que l'UpM est dans « une impasse », avec un volet politique bloqué et un sommet incertain (« Je ne serais pas surpris si nous apprenions dans les jours qui viennent qu'il est reporté sine die », a-t-il estimé), « nous ne pouvons pas laisser aux États-Unis le monopole de la gestion de la crise de cette région qui est la nôtre », a souligné M. Baudis. Elle « conditionne notre sécurité et notre croissance, et l'UpM reste le meilleur instrument à notre disposition ». (A.B.)