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Bulletin Quotidien Europe N° 8203
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

De la concurrence à la pêche. Les mouvements de hauts fonctionnaires dans l'administration de la Commission européenne (voir notre bulletin du 25 avril, p.14 ), avec notamment des nominations ou déplacements de plusieurs directeurs généraux, ont provoqué pas mal de remous au sein de la fonction publique européenne elle-même. Mais deux décisions ont aussi suscité des réactions dans la presse:

- la nomination de Philip Lowe à la tête de la direction générale de la concurrence (à partir de septembre). Une partie de la presse britannique a souligné que c'est la première fois depuis 35 ans que l'Allemagne perd le contrôle (!) de la politique européenne de la concurrence, et que c'est un Britannique qui a mis fin à ce monopole. Une telle interprétation est inadmissible du point de vue communautaire et largement inexacte. Considérer que l'Allemagne avait le contrôle de cette politique parce que le directeur général était Allemand signifie ne tenir aucun compte de l'indépendance de la fonction publique européenne et faire peu de cas de la responsabilité du Commissaire. Ni la plupart des médias ni les chefs d'entreprise ne commettent cette erreur, eux qui attribuent toujours la conduite de la politique de concurrence aux Commissaires dont elle relève, c'est-à-dire, depuis qu'elle est reconnue comme l'une des tâches prioritaires de la Commission, Karel van Miert d'abord, Mario Monti ensuite. L'un et l'autre en ont gagné le titre d'homme le plus puissant d'Europe, et en même temps des critiques et reproches variés pour l'une ou l'autre de leurs décisions; réactions parfois excessives (la politique de concurrence est collégiale), mais plus proches de la vérité que l'interprétation selon laquelle, à partir de septembre, le Royaume-Uni "contrôlerait" la politique de concurrence;

- le remplacement du Danois Steffen Smidt à la tête de la direction générale "Pêche". Cette mesure a été présentée comme la conséquence des vives critiques de certains gouvernements au projet de réforme de la politique commune de la pêche (PCP) mis au point par les services de M. Smidt. Un grand journal espagnol a titré: "Bruxelles destitue le directeur général de la pêche, critiqué par le secteur en Espagne", en précisant dans son texte que les milieux espagnols l'accusaient de faire les intérêts de la pêche nordique au détriment de celle de leur pays. Est-il nécessaire de rappeler, dans ce cas aussi, que la responsabilité politique de la proposition incombe au Commissaire Fischler (voir EUROPE d'hier, page 9).

Une politique cohérente. Le porte-parole de la Commission a logiquement démenti ces exercices dialectiques en faisant valoir que: a) les décisions prises correspondent à la politique de mobilité annoncée par Romano Prodi dès sa prise de fonction, et mise en oeuvre ensuite de façon cohérente; b) cette politique prévoit que, à partir de la cinquième année d'occupation d'un poste, le titulaire doit préparer sa mutation; c) dès cette année-ci, aucun directeur général n'occupe le même poste depuis plus de sept ans; d) la nationalité de l'ancien titulaire n'entre pas en ligne de compte dans la nomination de son successeur. Bien entendu, la Commission continuera à veiller à l'équilibre des nationalités dans ses services, mais d'une façon globale, sans qu'aucune fonction ne puisse représenter une "chasse gardée" pour une nationalité quelconque (ce qui avait été le cas autrefois: l'agriculture à un Français, la concurrence à un Allemand, économie/finances à un Italien, etc.) Les critères prioritaires sont le mérite et l'expérience spécifique, et un effort sera consenti pour améliorer l'équilibre hommes/femmes. À propos des remarques spécifiques sur les deux cas cités, le porte-parole a souligné que: i) l'actuel directeur général "concurrence", Alexander Schaub, sera transféré à un emploi tout aussi influent (directeur général du marché intérieur); ii) des mouvements de l'ampleur citée sont préparés longtemps à l'avance et ne peuvent pas être déterminés par des évolutions contingentes, comme le report de la proposition de la Commission sur la PCP.

Un ministre trop bavard. La dernière affirmation a été sérieusement affaiblie par la déclaration inopportune (oh combien!) du ministre espagnol de l'Agriculture et de la Pêche, Miguel Arias Canete, qui a déclaré à la télévision que six Etats membres (France, Italie Espagne, Portugal, Grèce, Irlande) avaient "donné des instructions à leurs Commissaires respectifs" afin qu'ils s'opposent au projet actuel de réforme de la PCP et qu'ils obtiennent le report de la discussion en Commission jusqu'au 28 mai. Le porte-parole a logiquement réaffirmé avec vigueur qu'il n'existe pas de Commissaires qui "représentent leur pays", qu'ils ont tous rompu leurs attaches avec les pays d'origine et qu'ils ne reçoivent aucune instruction, en ajoutant que le report du débat avait pour objet une dernière mise au point du projet, en tenant compte des remarques de tous les Commissaires, en vue de la décision collégiale. Le porte-parole a observé que M. Smidt demeure directeur général de la pêche jusqu'à la nomination de son successeur, qui ne sera pas immédiate car l'ouverture des candidatures ne sera faite qu'à la fin de la semaine (3 mai). Ces explications sont correctes. Mais le malaise provoqué par la déclaration du ministre espagnol, Président en exercice du Conseil Pêche, subsiste. (F.R.)

 

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