Bruxelles, 30/04/2002 (Agence Europe) - Lors de notre dîner de lundi soir avec le chancelier Shröder nous avons abordé une "très vaste gamme de problèmes, sans aucun désaccord de fond, à aucun moment", a affirmé le Président de la Commission européenne Romano Prodi mardi devant la presse, en précisant que la préoccupation pour l'industrie, pas seulement allemande, mais européenne, était un "problème dominant et fort" dans cette discussion. A l'issue de cet échange (auquel ont participé les Commissaires Monti, Bolkestein, Wallström et Liikanen: NdlR) qui constitue un "enrichissement réciproque", M.Prodi s'est dit "absolument d'accord" avec le chancelier allemand pour constater que la force de son industrie est un fondement essentiel de l'économie européenne. Personnellement, il m'est facile d'être d'accord avec cette constatation, car j'ai toujours pensé que ce qu'on peut appeler l'économie "traditionnelle" ne saurait être remplacée par la "nouvelle économie", qui peut, en revanche "la flanquer", et "cela me fait plaisir que l'économie réelle ait balayé certaines idées", a ajouté M.Prodi. Nous avons parlé d'environnement, d'industrie chimique, de distribution automobile et ceci "sans divergences impossibles à combler", a-t-il précisé.
Interrogé sur les propos de Gerhard Schröder, lundi soir, selon lesquels le succès de Le Pen en France est dû aussi au "fossé" créé entre responsables politiques et citoyens pour qui le changement, notamment au niveau européen, va peut-être trop vite, M.Prodi s'est demandé: "La Commission européenne y va-t-elle trop fort? Je pense que seulement une politique sérieuse, fondée sur la stratégie de Lisbonne, pourra donner de la sécurité à nos gens (...). Ici, dans cette salle de presse, on m'a souvent reproché la lenteur de la Commission" (voir EUROPE d'hier, p.14, à propos du souhait du chancelier Schröder que la politique industrielle soit un élément de la stratégie de Lisbonne). Nous avons mené cet échange de vues "dans le contexte alarmant des élections en France", avait tenu à souligner pour sa part Gerhard Schröder après le dîner avec les Commissaires.
Devant la presse, le porte-parole de la Commission européenne Jonathan Faull a confirmé que la discussion avait largement porté sur les différents aspects d'une politique industrielle en Europe et sur le possible impact de la politique menée par la Commission sur l'industrie européenne. Il ne s'agissait pas de "commander un papier", a-t-il répondu à un journaliste qui voulait savoir si le chancelier allemand avait sollicité une communication de la Commission sur la politique industrielle, mais plutôt de voir comment "appréhender dans les années qui viennent, notamment en vue de l'élargissement", les perspectives de l'industrie en Europe. La discussion a été "amicale, sérieuse", a-t-il souligné. Et il a tenu à rappeler que la Commission européenne à des rencontres avec les Etats membres à tous les niveaux, et que cette fois-ci, "c'était à un très haut niveau", ce qui n'est pas exceptionnel non plus.
Le porte-parole du Commissaire Monti, Michael Tscherny, a précisé que les propositions de la Commission sur la distribution automobile avaient été le seul thème évoqué en matière de concurrence pendant le dîner de lundi, et que le chancelier n'a pas posé, par exemple, le problème des aides d'Etat ou des fusions. La discussion a été "fructueuse pour les deux parties", a dit M.Tscherny, en rappelant que la Commission a lancé, après la présentation de sa proposition en février, un processus de consultation qui a permis notamment aux lobbies et au Parlement de s'exprimer (voir EUROPE des 4/5 février, p.9, et du 6 février, p.9). La Commission essaie de tenir compte des différents avis, mais "sur les objectifs et les principes(de sa proposition), il n'y aura certainement pas de changement", a-t-il ajouté. Lundi soir, le chancelier Schröder a exprimé le souhait de rencontrer à nouveau lui-même le Commissaire Monti.
Quant aux suites de cette rencontre, EUROPE croit savoir que les Commissaires Margot Wallström et Erkki Liikanen auront pour leur part des contacts avec Walter Steinmeier, ministre à la chancellerie fédérale. L'échange avec la Commissaire à l'Environnement a porté essentiellement sur le Livre blanc sur les produits chimiques présenté par la Commission en février 2001 (mais aussi sur le changement climatique, et en particulier sur le problème de l'échange des droits d'émission). Mme Wallström aurait indiqué qu'elle comprenait et respectait les inquiétudes de l'industrie allemande dans une période de transition et d'incertitudes comme l'actuelle, tout en notant que l'industrie allemande avait été largement consultée sur ce document, et que le processus législatif était encore en cours. Le Livre blanc visait notamment à combler l'énorme déficit de connaissances sur les substances chimiques, aurait tenu à préciser Mme Wallström, en estimant que ceci est dans l'intérêt d'une industrie chimique durable.