Luxembourg, 09/06/2009 (Agence Europe) - Avec une contraction de l'économie de 4% cette année, une hausse du chômage à 11% d'ici 2010 et une dégradation des finances publiques qui se poursuivra l'an prochain, le tableau de la situation économique en Europe reste sombre. Les mesures étatiques prises dans le cadre du plan de relance européen ont toutefois contribué à amortir la chute de l'activité économique et ont préparé le terrain à une relance des activités l'année prochaine, constate un rapport adopté mardi 9 juin par le Conseil ÉCOFIN. Élaboré par le Comité économique et financier (CEF) et le Comité de politique économique (CPE), ce rapport, qui sera transmis au Conseil européen, met l'accent sur le nécessaire retour à la consolidation budgétaire. En examinant les actions des États membres, il dénombre aussi des occasions manquées.
L'effort budgétaire global est estimé à 5% du PIB en 2009 et 2010, comprenant notamment les mesures discrétionnaires des États membres (1,8% du PIB sur deux ans) et les effets des stabilisateurs automatiques. Les États membres ont donc répondu aux attentes du plan de relance économique européen, de sorte qu'à la lumière des perspectives économiques de printemps, tout effort budgétaire supplémentaire ne serait pas justifié. Avec la perspective d'avoir des procédures pour déficit excessif contre vingt pays d'ici la fin de l'année, l'attention devrait maintenant se tourner vers la consolidation des finances publiques, en tenant compte du rythme de la reprise économique, souligne le Conseil ÉCOFIN.
Au plan de la cohérence à court terme avec les orientations définies dans le plan européen de relance, les mesures ont été généralement prises dans le bon timing et s'avèrent ciblées. L'efficacité de certaines d'entre elles nécessite toutefois un suivi plus approfondi, notamment celles visant à encourager l'accès aux financements et à soutenir la R&D privée dont l'impact n'est pas encore évident. Jusqu'à présent, les mesures sont globalement conformes aux règles du marché intérieur et de la concurrence et semblent conçues de manière à respecter les objectifs de la stratégie de Lisbonne. Le principal défi maintenant reste d'assurer leur réversibilité, étant entendu qu'elles doivent demeurer temporaires.
Dans une perspective à long terme, seuls quelques États membres ont saisi l'opportunité d'investir de manière significative en faveur de l'économie verte ou d'améliorer les conditions pour l'innovation ou les systèmes de prestation. En général, l'élaboration des plans nationaux n'a pas été guidée par un souci de traiter les faiblesses de compétitivité ou les causes de bulles immobilières là où elles existent. Les États membres qui enregistraient déjà de bonnes performances dans certains domaines ont plutôt eu tendance à continuer à mettre en œuvre les réformes dans ces domaines (innovation pour les uns, mesures axées sur la compétitivité des prix pour les autres, etc.). La crise pourrait ainsi renforcer les disparités déjà existantes dans l'UE, considère le rapport, qui recommande d'axer les prochaines mesures sur les réformes structurelles et le potentiel de croissance.
Précondition d'un retour à la croissance, la stabilisation du secteur financier a incité les États membres à agir pour améliorer l'accès aux financements, mais il est difficile de juger à ce stade si les mesures auront les effets escomptés. Plusieurs États membres ont aussi pris des mesures en faveur du secteur automobile et de celui de la construction afin d'encourager la demande et de soutenir l'emploi à court terme, constate le rapport, qui rappelle qu'elles doivent rester temporaires. Plus doit en revanche être fait pour améliorer l'environnement des affaires (réduction de la charge administrative, promotion de l'entrepreunariat).
Des investissements substantiels ont été effectués dans les infrastructures énergétiques, ce qui devrait avoir des effets sur la demande et l'emploi, même si l'investissement public ne doit pas se substituer à l'investissement privé, précise le rapport. Constatant que la composante verte des investissements n'est pas très élevée, le rapport déplore que beaucoup d'États membres n'ont pas comme préoccupation spécifique d'améliorer l'efficacité énergétique, ce qui peut être considéré comme une opportunité manquée. Les mesures en faveur de la R&D comptent aussi pour une part limitée des mesures de relance et il ne faut pas s'attendre à une importante contribution de leur part pour stimuler la demande à court terme, alors qu'un risque d'effondrement de la R&D privée existe avec la crise.
Les États membres semblent avoir retenu les leçons des crises passées, en évitant certaines mesures comme la mise en place des régimes de retraites anticipées et en privilégiant plutôt celles concernant la formation ou les accords et allocations de chômage partiel. En revanche, il semble que très peu de mesures soient destinées à améliorer l'efficacité des systèmes de prestation et que les effets sur la demande interne des mesures prises pour soutenir le pouvoir d'achat des ménages pourraient se révéler plus faibles que prévu étant donné la tendance à épargner. (A.B.)