Prague, 08/05/2009 (Agence Europe) - « La bataille du projet ITER se jouera dans le secteur de la sous-traitance industrielle », estime Philippe Corréa, directeur des achats de Fusion for Energy (F4E). Installée à Barcelone, cette agence européenne a été créée par la Commission afin de remplir ses engagements dans le cadre du projet international de réacteur de fusion thermonucléaire ITER (l'UE y participe aux côtés de la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis), soit rien d'autre que 85% de la construction du réacteur proprement dit. Pour ce faire, l'agence européenne est chargée d'acheter les composants les plus complexes et les plus stratégiques du futur réacteur, mais aussi les matériels destinés aux bâtiments et à la préparation du site de Cadarache en France (sud-ouest).
À l'occasion de la conférence « Research Connection » - organisée pendant deux jours à Prague afin de rapprocher les acteurs de la recherche de l'est et de l'ouest de l'Europe- le directeur des achats de F4E est venu présenter le projet ITER et inciter les industriels tchèques, entre autres, à répondre aux appels d'offres publiés sur le site Internet de F4E. « ITER représente une opportunité pour beaucoup d'entreprises européennes, et pas seulement pour les grosses entreprises des grands États membres. Nous aimerions voir davantage de PME tchèques parmi nos contractants, à condition qu'elles aient les compétences requises », a-t-il lancé aux industriels. Certains d'entre eux se sont montrés plutôt soucieux quant au niveau d'expertise technique requis pour remplir les critères d'éligibilité des appels d'offres publics, dont les règles souvent strictes sont établies par la Commission. « Nos exigences techniques restent ouvertes, dans la mesure du possible, afin d'encourager la créativité et l'innovation industrielles », a toutefois rassuré Philippe Corréa pour qui « il ne faut pas sortir du jeu les PME qui rencontrent beaucoup de difficultés avec la crise actuelle ». Dans le contexte du Small Business Act, « l'agence tente depuis 6 mois de se rendre plus visible auprès des PME qui disposent souvent de compétences pointues mais cachées, en matière d'ingénierie, de mécanique de précision ou de design», a expliqué à EUROPE l'analyste économiste de l'agence, Benjamin Perier. Si les PME veulent proposer leurs services de sous-traitance, elles peuvent, par exemple, consulter la liste des gros partenaires industriels du projet (les primo-contractants sélectionnés pour la phase finale d'un appel d'offres), désormais disponible sur le site de l'agence. Des agents de liaison industriels (Industrial liaison officers, ILO) sont également au service des industriels. Les PME sont donc à la fois indirectement (dans le cadre d'un contrat de sous-traitance) et directement (via les appels d'offres notamment), concernés par le projet ITER puisque l'agence se fixe comme règle d'inviter au moins un tiers de PME pour toutes les consultations inférieures à 250 000 euros. « Notre budget annuel de 400 millions d'euros est difficilement divisible en appels d'offres suffisamment petits pour s'adapter aux finances des PME », reconnaît néanmoins Benjamin Perier. En 2009, 70 contrats ont été signés par des PME (surtout des PME espagnoles et françaises) pour des montants inférieurs à 250 000 euros. Dans un contexte de crise économique, l'accès à ces marchés publics est une aubaine pour les PME: « Pour les entreprises sous-traitantes qui ont perdu des contrats avec l'industrie automobile, c'est l'opportunité pour elles de se diversifier et de conserver un niveau de chiffre d'affaires suffisant », affirme-t-il. D'autant, qu'il existe une véritable « plus-value intellectuelle », pour ces entreprises de collaborer à un projet expérimental comme celui de l'énergie de fusion. « Nous avons une politique de partage de la propriété intellectuelle qui garantit à nos partenaires de conserver leurs droits de propriété intellectuelle pendant 10 ans », assure Benjamin Perier. Les opportunités industrielles créées par le projet ITER seraient donc un bel exemple d'« effet multiplicateur » - vanté jeudi 7 mai par l'économiste américain Jeremy Rifkin lors de l'inauguration de la conférence sur la recherche à Prague - que la R&D peut avoir sur le reste de l'économie. Toutes les informations liées aux procédures d'appel d'offres ou d'appel à propositions sont disponibles sur le site de l'agence (http://www.fusionenergy.europa.eu ).(Y.P.)