Bruxelles, 30/03/2009 (Agence Europe) - Un débat, présidé par Gilles Merritt, directeur du « Security and Defence Agenda » (SDA), coorganisé avec le HCSS « La Haye Centre d'études stratégiques » jeudi 26 mars à Bruxelles, a cherché à répondre à la question posée par l'étude « New Horizons »: « La crise de solidarité au sein de l'OTAN est-elle réparable ? ». Parmi les intervenants figuraient: Rob de Wijk, directeur du HCSS ; Sven Biscop, directeur du programme Sécurité et gouvernance mondiale de l'Institut royal des relations internationales d'Egmont ; Cristina Gallach, porte-parole du Haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'Union européenne, Zoltan Martinusz, ambassadeur de la Hongrie auprès de l'OTAN ; et Jamie Shea, directeur de la Politique et de la planification au sein du cabinet du secrétaire général de l'OTAN.
À la question: « À quoi sert l'OTAN ? », la réponse était autrefois: « Pour se protéger de la Russie, pour garder l'Allemagne sous contrôle et pour garder les États-Unis abord », a rappelé M. Merritt. Aujourd'hui, les choses ont changé et il existe plusieurs courants qui demandent « quelle taille devrait avoir l'OTAN et à quoi devrait servir l'Alliance ainsi que la manière dont les Européens et les Américains voient son avenir ».
Les résultats de l'étude « New Horizons » publiés ce mois-ci démontrent qu'un nouveau consensus stratégique de l'OTAN est « absolument nécessaire », a dit M. de Wijk. Cette étude a été réalisée par le HCSS sous la forme d'une « consultation active faite par internet ». Selon cette étude, « plus de deux tiers des participants de l'OTAN, 70% des experts de think-tanks, trois des planificateurs nationaux sur quatre, pensent que l'Alliance avait besoin de réévaluer son but et sa base stratégique », indique M. de Wijk. Cependant, souligne-t-il, « le débat est politiquement sensible et représentera un défi important ». Le directeur de HCSS en tire la conclusion qu'il faudrait renforcer le noyau de l'Alliance par des partenariats afin de pouvoir affronter les divers défis qui se présentent et se présenteront dans le monde entier. « La raison d'être de l'OTAN est claire mais il y a des problèmes », qui sont politiques plutôt que militaires et il faut réussir à « trouver un équilibre entre ces deux dimensions », conclut M. de Wijk.
Rem Korteweg (HCSS) a présenté les huit défis issus des 1 800 commentaires reçus sur Internet: (1) la crise financière et le déplacement du pouvoir au niveau mondial ; (2) la pénurie de ressources et d'énergie ; (3) les tendances clefs en matière de sécurité ; (4) la prolifération, plus particulièrement nucléaire ; (5) la mission en Afghanistan ; (6) les régions instables ; (7) l'élargissement, qui est « inévitable mais indésirable » selon M. Korteweg ; et (8) la Russie.
Il faut appuyer la « solidarité parce qu'il y a plus de défis à l'heure actuelle ; les alliés ont des sens différents de l'urgence ; des degrés variés de volonté politique ; et une inégalité au niveau de leurs capacités », a dit M. Shea. À l'heure actuelle, le consensus est plus facile à obtenir pour lancer des campagnes militaires mais celles-ci deviennent de plus en plus longues et difficiles. « L'Alliance a quitté le 20ème siècle mais n'a pas encore fini de se connecter au 21ème siècle ». L'OTAN doit « distinguer la politique du militaire en développant une conscience transatlantique ; rassurer les alliés qui ont peur pour leur propre sécurité car, s'ils ont peur, ils ne voudront pas entreprendre de nouveaux défis ; entreprendre une politique plus engagée vis-à-vis de la Russie ; et être plus actif dans la transformation en matière de défense de ses membres », a expliqué M. Shea. L'OTAN n'est plus une institution mais un réseau donc il faudrait renforcer les liens entre les institutions plutôt que de valoriser les institutions individuellement.
M. Martinusz ne partage pas l'opinion que l'OTAN traverse une crise de solidarité. Il souligne que l'on oublie que « l'agenda politique de l'OTAN s'est étendu: il y a 20 ans, la défense était définie par la sécurité européenne alors qu'aujourd'hui elle est définie par la sécurité en dehors des États de l'Alliance ». Le centre de gravité politique est en train de changer car « c'est au niveau de l'Union européenne que les États membres développent leurs capacités », a dit M. Biscop. Il faut qu'il y ait un consensus entre les 27 avant de discuter avec l'OTAN. Un partenariat renforcé entre les États-Unis et l'Union européenne est nécessaire.
L'Union européenne n'emploie pas les mêmes outils que l'OTAN, a dit Mme Gallach qui souligne que « les instruments militaires sont utilisés seulement dans des cas très particuliers, en dernier recours ». Elle estime aussi que les relations de l'Europe avec la Russie constituent un problème fondamental pour la sécurité. Ces relations doivent être gérées « à travers un partenariat entre l'OTAN, les États-Unis et l'Union européenne et ne peuvent pas être réglés simplement au niveau de l'Alliance ».
La révision du concept stratégique de l'OTAN, qui date de 1999, doit être lancée sur la base de la déclaration sur la sécurité de l'Alliance qui sera adoptée par les alliés lors du Sommet de Strasbourg-Kehl en fin de semaine. (E.M.)